Les brèves de Jeanne Vernay

Des yeux de Chimène

J’ai des yeux de Chimène pour le chanteur Grand Corps Malade (au Zénith ce jeudi 25 novembre à 20 heures). Dès ses premiers pas, je me suis intéressée à cet artiste singulier qui porte en lui comme dans son nom de scène le grave accident l’ayant handicapé. Et sa lutte courageuse pour revenir à une existence normale… Une bataille âpre imprégnant l’œuvre atypique de cet interprète auquel on peut accoler les titres de poète et d’auteur-compositeur. En prise avec son temps, jongleur de mots simples, passeur de sensibilité, de tendresse, de réflexions. Engagé car « il ne chante pas pour passer le temps ». Chez lui, le texte, souvent dit et non chanté, est roi en se mariant à une mélodie minimaliste d’arrière-plan qui souligne les idées émises. Ce qui ne veut surtout pas dire que la musique soit le parent pauvre de l’exercice… Elle est bien là, à sa juste place, constamment au service du message. Dont les pieds sont enracinés dans l’actualité : au Zénith, Grand Corps Malade puisera sans aucun doute dans la réédition de son septième album « Mesdames », centré sur les femmes et fondé sur des duos avec Louane, Laura Smet, Véronique Sanson, Julie et Camille Berthollet, Camille Lellouche, présentes fictivement sur la scène de Dijon. Avec un éclairage appuyé sur le récent morceau : « Des Gens beaux » et le titre : « Pas essentiel », consacré aux difficiles conséquences de la pandémie de Covid-19. Avec, vraisemblablement, des rythmiques plus musclées grâce à la présence du Dj Mosimann aux platines et claviers.

Buren, rue des Godrans

L’œuvre de Daniel Buren, « Point de vue ascendant, travail in situ 2021 », ne passe pas inaperçue dans les jardins de la Banque de France et fait stopper la plupart des passants en haut de la rue des Godrans. Dans la lignée des créations de l’artiste, inattendue, mais finalement en harmonie avec le parc et la façade-arrière de l’Hôtel Marie de la Toison, elle répond à la focale du regard depuis le point de vue de la rue fort fréquentée puisque piétonne. Et, en s’appuyant sur ce « cône de vision », Buren propose la forme, au premier plan, d’un long plancher évasé sur l’herbe, courant horizontalement sur plus de trente mètres, dans la profondeur du parc, de sorte que l’observateur a l’impression d’un chemin qui vient vers lui pour le conduire au bâtiment du fond… Avant de se redresser, avec solennité, dès le milieu du jardin, en oblique le long de la façade centrale, selon la même inclinaison que la pente de la toiture… Comme s’il s’agissait de rendre un hommage appuyé à l’architecture de l’hôtel particulier. Les losanges imbriqués se combinent avec des bandes alternées et renforcent l’harmonie générale. Bref, il s’agit là d’un ajout qui bouscule les habitudes mais possède le mérite d’utiliser une originalité, maîtrisée, pour mettre en valeur l’un des endroits les plus beaux de la ville.

A quelle heure on ment ? 

De la ville à la campagne, l’art est partout. J’ai assisté, dans la mairie de Corberon, mercredi dernier à la répétition hebdomadaire des « comédiens de l’Etoile » qui projettent de jouer en février prochain la pièce : « A quelle heure on ment ? » Reposant sur le principe du Théâtre dans le Théâtre, celle-ci présente une troupe d’amateurs qui, sous la houlette d’un metteur en scène impulsif et incapable, doit jouer son spectacle le lendemain soir. Il faut donc travailler dur car l’on n’est pas du tout prêt et, surtout, une seconde histoire totalement imprévue, celle vécue par les acteurs au moment de cette générale, va venir s’imbriquer dans la première, avec beaucoup de rires à la clé mais un fiasco dans la répétition… De difficultés aussi pour rendre avec clarté ces deux intrigues superposées. Ainsi, la trame originelle qu’il faut répéter tourne autour d’une femme qui, dans les années 1920, croyant son époux, propriétaire d’une filature, mort à la guerre, s’est remariée avec un associé, mais le premier mari, à l’image du colonel Chabert chez Balzac, réapparaît… Plusieurs acteurs devront donc réussir leur dédoublement, d’où la somme des efforts rigoureux produits mercredi qui atteindront à coup sûr leur objectif dans quelques semaines… Et qui sont à l’honneur du Théâtre amateur, réalité vivante, notamment dans le milieu rural… Un Jeu, essentiellement collectif, une Fête s’appuyant sur la complicité du public et presque un… Art. Mais un Art difficile : le chemin du comédien amateur se veut long, parsemé d’embûches, de travail, d’inventions, de patience, d’enthousiasme, d’humilité avant tout. Avec, au final, le spectacle… Et un succès que je souhaite ample pour fin février à ces artistes de Corberon, qui, lors de leurs précédentes représentations, avaient attiré nombre de Dijonnais !

L’éthique et... la Covid

L’éthique à l’épreuve de la crise sanitaire ? Vaste question… Le Centre Universitaire Catholique de Bourgogne (CUCDB) a décidé de la poser et d’y répondre lors d’un colloque universitaire qu’il organise les 8 et 9 décembre prochains à la Cité départementale Henry-Berger à Dijon. Son objectif : amener une véritable réflexion sur la place de l’éthique dans trois champs spécifiques qui ont été particulièrement soumis à la crise pandémique : l’éducation, l’exercice de la médecine et les libertés publiques. Le CUCDB accueillera de nombreux intervenants dont Quentin Wodon, Lead Economist à la Banque mondiale à Washington, Deborah Arnold, doctorante en éducation et technologies de l’Université Oberta de Catalogne ou encore Thierry Magnin, vice-recteur de l’Université catholique de Lille… Un événement de portée dijonnaise, nationale et internationale !

Le vin et les femmes

J’ai remarqué dans le discours du président du Directoire des Hospices civils de Beaune prononcé à l’ouverture de la 161e Vente des Vins des propos visant à mettre en valeur les femmes. En mettant déjà à l’honneur celles qui ont fait ou font l’institution : Guigone de Salins, sans qui rien ne serait arrivé, Marie-Cécile, une aide-soignante victime récente du Covid, les sœurs hospitalières des diverses époques et les 1277 femmes qui travaillent aujourd’hui dans les quatre établissements du groupe. « Toutes ont soigné le peuple de Bourgogne durant des siècles et cette Vente leur rend justice », poursuivit le discours avec une solennité convenant parfaitement à l’engagement salué. En allant bien sûr plus avant pour souligner le travail et la volonté des Hospices civils de Beaune dans les soins apportés, aujourd’hui, aux femmes qui s’adressent à eux. Les revenus de la 161e Vente permettront par exemple d’achever la reconstruction de l’hôpital beaunois et d’acquérir un nouveau mammographe. Par ailleurs, Jeanne Balibar, césar de la meilleure actrice en 2018 et coprésidente de la Vente cette année, a rappelé tout au long des trois journées l’engagement des Hospices de Beaune pour la cause des femmes.

France-USA

Un chêne et un pacanier ont désormais leur place dans le jardin convivial du lycée Montchapet, un espace de protection de la nature et de la diversité placé au cœur de l’établissement. Deux plantations effectuées récemment par une cinquantaine d’élèves et le consul des USA à Lyon, Christopher Crawford, en vue de symboliser les liens entre la France et les Etats-Unis. Une initiative intéressante qui met les lycéens au rang d’acteurs : ils ont voté et décidé le financement de la double plantation effectuée par eux-mêmes, lors d’une activité pédagogique conduite par le professeur d’histoire-géographie. Dans la droite ligne des principes d’une école active, la meilleure garantie de découvrir et comprendre l’histoire croisée de l’Hexagone et des USA.

Les oiseaux ne se retournent pas

« Les oiseaux ne se retournent pas » est le titre du roman graphique que Nadia Nakhlé présentera à la médiathèque de Longvic le samedi 27 novembre de 10 heures à midi. Une œuvre qui a reçu le Prix Atomium de la Bande Dessinée et celui des lycées à Angoulême. Bâtie autour d’une très jeune fille, Amel, une orpheline de douze ans, contrainte de quitter son pays en guerre pour aller en France… Malheureusement, rien ne se déroule comme prévu : à la frontière, l’héroïne perd la famille chargée de l’accompagner et se retrouve seule. Sur sa route, elle rencontre Bacem, déserteur. Ensemble, le soldat et l’enfant vont apprendre à se reconstruire…Une histoire développant le thème de l’exil d’un enfant en concordance avec l’histoire familiale de l’auteur qui met, on le sent, de la révolte dans ses dessins. Avec une visée universelle pleine de sensibilité. De poésie… Pour élargir la réflexion, passer de l’exemple personnel au général… Avec beaucoup de subtilité et de scènes dhumanité rendant hommage à ces enfants forcés d’échapper à la guerre, de grandir trop vite. A ceux qui tombent, les ailes brisées, à ceux qui réapprennent à voler…

MuséoParc Alésia : Vivement la suite…

Avant de refermer ses portes pour l’hiver, le MuséoParc Alésia fait son show les 27 et 28 novembre. Au programme notamment un atelier festif : la cuisine grecque pour les plus gourmands. Petits et grands pourront s’initier aux recettes de l’Antiquité. Au menu : mana (galette à la farine d’orge) et Epityrum (ancêtre de la tapenade d’olives). Mais également une superbe représentation du Théâtre des Monstres intitulée « Alesia Freaks Murder Party Show ! » Nous ne savions pas que les Gaulois maîtrisaient déjà la langue de Shakespeare mais, une chose est sûre, distraction garantie… Ajoutons à cela que le MuséoParc s’associe cette année encore au Téléthon et propose, le 4 décembre de 10 h à 17 h, des animations pour sensibiliser à cette grande cause. L’entrée sera gratuite… C’est ainsi de fort belle façon que le MuséoParc clôturera cette saison où il a écrit une nouvelle page de son histoire (et de l’Histoire) avec une scénographie entièrement revisitée. Vivement la suite !