Frédéric Imbert : « Un territoire connecté, protecteur et dynamique ! »

Après la fusion réussie du Val de Norge et Plaine des Tilles, le président de la nouvelle communauté de communes, Norge et Tille, Ludovic Rochette, a confié, au maire de Clénay, Frédéric Imbert, le pilotage d’un projet capital. Un projet destiné à écrire l’avenir de ce territoire qui a la particularité d’être en périphérie de la métropole de Dijon tout en étant une EPCI (Etablissement public de coopération communale) indépendante. Avec, comme objectif de « partager une vision mais aussi et surtout d’améliorer la qualité des services apportés aux habitants ». Le 9 octobre dernier, ce Projet de Territoire a fait l’objet d’une présentation détaillée à l’ensemble des conseillers municipaux des 14 communes. Un moment fort… Frédéric Imbert, le grand artisan de ce travail fédérateur, nous détaille les ambitions majeures de ce projet pas comme les autres.

Dijon l’Hebdo : La crise sanitaire et les confinements successifs ne vous ont-ils pas empêché d’avancer au rythme prévu sur ce dossier majeur pour l’avenir de votre territoire ?

Frédéric Imbert : « La complexité de la formalisation, les rencontres, le contexte nous ont fait perdre un peu de temps et ont rendu difficiles les rencontres en présentiel. Nous avons tout de même souhaité maintenir le cap, aussi avons-nous réalisé des réunions en visioconférence. Ce n’était pas tout à fait satisfaisant mais cela nous a permis d’avancer. Et ce projet a pris également une importance particulière. Concomitamment, l’Etat a lancé, en effet, les contractualisations autour des CRTE (contrats de relance et de transition écologique) et notre projet de territoire nous a permis d’avoir un temps d’avance pour la signature de ce contrat avec l’Etat. C’est ce qui servira de corps à ce conventionnement. C’était effectivement une démarche innovante qui est tombée à point nommé par rapport au contexte ».

DLH : Vous avez présenté ce projet de territoire à l’ensemble des conseillers municipaux de la communauté de communes. A-t-il recueilli l’assentiment général ?

F. I : « La démarche qui a été la nôtre a permis de trouver un véritable consensus. Et la présentation à l’ensemble des conseillers municipaux de toutes les communes des grandes orientations de ce projet fut un moment fort. Un rendez-vous qu’il était légitime que nous appréhendions. Sur différents points, certains auraient pu nous dire que nous allions trop loin, d’autres pas assez. Des désaccords auraient pu ainsi être possibles sur la manière dont nous envisagions la transition énergétique. Finalement nous avons pu nous apercevoir que cela faisait consensus. La présentation que nous avons faite sur l’ensemble du projet a été reconnue de qualité et a été saluée unanimement. Cela été à la fois un grand soulagement, une vraie satisfaction mais surtout cela a accentué notre envie d’avancer. Nombre de conseillers municipaux sont venus me voir à l’issue me précisant qu’ils prenaient plaisir à participer à cette démarche, qu’ils avaient une expertise sur tel ou tel domaine et qu’ils souhaitaient la mettre au service du projet de territoire ».

DLH : Norge & Tille a une particularité au sens où elle n’a pas de ville centre. N’est-ce pas votre handicap majeur ?

F. I : « C’est en effet d’une grande complexité à gérer pour nous. Lorsque nous avons rencontré avec le président Ludovic Rochette les 14 conseils municipaux pour de vrais temps d’échanges, que ce soit sur les propositions mais aussi sur les forces et les faiblesses du territoire, il en fut question. Comment articuler l’absence de ville centre avec notre volonté d’avoir une vraie proximité des services ? Nous devons avoir une réflexion sur leur implantation. Les implante-t-on dans les villes portes, autrement dit celles qui sont des points de passage pour la plupart des habitant allant travailler sur la métropole ? Ou orientons-nous vers une autre solution ? L’absence de ville centre peut apparaître comme un handicap mais c’est aussi une force car aucune ville ne prédomine sur les autres. Si bien que c’est là un gage d’équilibre… »

 

DLH : Comment ce projet peut-il s’articuler avec le Schéma de cohérence territoriale du Dijonnais ?

F. I : « Des choses fortes ont été remontées par rapport au Schéma de cohérence territoriale. Et notamment l’impression de subir. Deux points de blocage ont été notés par les conseils municipaux qui se sentent un peu démunis. Il s’agit de la densité forte qui nous est imposée et qui casse l’esprit rural de nos villages. Elle modifie la structure et la dynamique de nos communes. C’est une inquiétude portée par l’ensemble des élus. Le second réside dans le maillage économique puisque les zones sont aussi imposées dans le cadre du SCOT. Nous nous rendons compte que l’on manque de réactivité. Je prends un exemple : une entreprise qui souhaite s’agrandir aujourd’hui doit patienter deux ans avant que ne soient modifiés les documents d’urbanisme, etc. Et elle se retrouve parfois dans l’impossibilité de le faire puisque ce n’est pas prévu dans le SCOT et donc pas dans le PLU. C’est une vraie difficulté : sur l’aspect développement économique, nous manquons à certains moments de réactivité afin de répondre aux attentes des entreprises. Le projet de territoire doit être un véritable levier de négociation par rapport à cela. J’espère que nous aurons l’occasion de discuter avec le SCOT, avec Dijon métropole pour faire évoluer les choses sur ces points essentiels. Autant de manière globale, le SCOT donne satisfaction, autant, là, il faut que l’on discute ».

DLH : Pensez-vous réellement que ce projet puisse vous aider à peser dans les discussions avec vos partenaires ?

F. I : « Le Projet de Territoire nous donne de la force car il nous donne une vision mais il doit aussi nous donner de la force pour être en mesure d’échanger avec nos partenaires. Et ce, sur une base de respect global. Le président Ludovic Rochette parle de contrats de réciprocité. Je trouve que c’est une excellente idée. Notre objectif est de construire ces contrats avec nos partenaires, que ce soit Dijon métropole ou les autres communautés de communes alentours. Nous avons par exemple avec la communauté de communes du Mirebellois des enjeux en terme de mobilité car pratiquement tous leurs habitants passent par notre territoire pour aller travailler. Nous avons la base nautique d’Arc-sur-Tille, représentant la plus importante base de baignade de Bourgogne Franche-Comté – jusqu’à 80 000 visiteurs par an – qui est une vraie richesse. Et, en été, 90% de ses utilisateurs proviennent de la métropole. Là aussi, il y a une réflexion à avoir en terme de transport depuis la métropole. Nous rendons service aux habitants de l’agglomération avec ce lac et nous devons être dans la réciprocité ».

DLH : Pouvez-vous nous détailler les ambitions fortes de ce Projet de Territoire ?

F. I : « Nous avons trois ambitions fortes. Nous voulons un territoire connecté. C’est vrai en matière de numérique, de transports mais aussi de relations avec nos partenaires. Nous souhaitons ensuite un territoire protecteur. Aujourd’hui, on pense forcément à la santé mais les problématiques de sécurité, d’emploi, sont aussi primordiales. Tout comme le respect de l’environnement. La qualité de l’alimentation est ainsi ressortie à chaque réunion. Mais je pourrais également évoquer la ressource en eau… Nous prônons enfin un territoire dynamique. Nous sommes attractifs grâce aux atouts dont nous disposons aujourd’hui. Mais, pour le rester, nous devons être en mesure de proposer une dynamique répondant aux attentes en pleine évolution des habitants (commerces et services, vie associative, équipements publics…) ».

 

DLH : Vous avez présenté votre projet à l’ensemble des élus concernés. Maintenant, quelle est la prochaine étape ?

F. I : « Nous avons fixé un cadre et, dorénavant, nous allons entamer la mise en œuvre. L’étape d’aujourd’hui réside dans la rédaction de fiches actions. Pour chaque projet, nous préciserons quelle commission le pilote, quel est son coût, l’échéancier… Nous continuons d’avancer afin que ce projet de territoire ne soit pas un joli document présenté qui reste dans un tiroir. Nous avons une vraie volonté de le décliner et de le mettre en œuvre. La communauté de communes a recruté une personne qui nous accompagne à la fois sur le CRTE et ce projet de territoire. C’est une aide précieuse et un groupe de travail se réunit régulièrement pour poursuivre le travail et rédiger les fiches actions que nous présenterons et qui seront votées en bureau et en conseil communautaire… »

DLH : Avec ce projet, votre communauté de communes montre qu’elle n’est pas qu’une communauté de gestion mais bien une communauté de vision

F. I : « Nous parlons en effet d’une logique de gestion et d’une logique de vision. C’est une vraie force… C’est un travail complexe et passionnant puisqu’il est nécessaire que chacun s’y retrouve. Nous avons une vraie satisfaction d’avoir réussi à élaborer un cadre clair et partagé par tous. La démarche est très intéressante… L’intégration de l’ensemble des conseillers municipaux à notre démarche est capitale. Tout comme le fait d’élargir aux habitants, puisque chaque maire a désigné des administrés pour participer à des réunions de travail. Cette vaste concertation représente une vraie richesse ! »

Propos recueillis par Camille Gablo