Pierre Pribetich : « Nous voulons renforcer l’attractivité de la métropole »

Avec la 2e Tour Elithis sur le quartier Arsenal, Dijon prend de la hauteur. Avec l’opération Belles Houses, programmée à proximité, la capitale des Ducs se développe de façon horizontale. Quel que soit le plan, la ville se reconstruit sur elle-même. Le premier vice-président de Dijon Métropole, « Monsieur urbanisme », Pierre Pribetich nous explique la philosophie qui sous-tend la politique de l’habitat depuis les années 2000 afin de faire de Dijon une capitale régionale attractive.

Dijon l’Hebdo : Vous venez de poser la première pierre de la 2e Tour Elithis de Dijon à énergie positive. Celle-ci fera 16 étages et culminera à 57 m au cœur du quartier Arsenal. soit à proximité de la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin, où là aussi des projets de logements, porté par Eiffage, ont vu le jour à deux pas du cœur de ville…

Pierre Pribetich : « Cela répond à un double objet : en premier lieu la tour à énergie positive Elithis est une manière de construire en hauteur, de façon verticale. Dans le même temps, nous aurons prochainement le lancement et la concrétisation des permis de construire de l’opération les Belles Houses, également à Arsenal, constituant du logement individuel horizontal. Nous avons ainsi la volonté d’avoir une densité compatible avec celle d’une ville qui souhaite offrir du logement de proximité en centre-ville. Ce sont deux volets, vertical et horizontal, qui permettent de remplir la double fonction de la diversité de produits et de la mixité des occupations, puisqu’il y a à la fois du logement à loyer modéré mais aussi de l’accession abordable sur ces deux opérations permettant un parcours résidentiel à nos concitoyens ».

DLH : La Tour Elithis propose des logements mais aussi des bureaux. Est-ce là aussi une façon de dessiner l’habitat du futur ?

P. P : « C’est l’une des concrétisations de nos stratégies urbaines avec la volonté d’avoir de la mixité fonctionnelle, c’est à dire d’avoir à la fois du tertiaire mais aussi du logement. Mais c’est aussi une forme d’affichage totémique de la volonté de construire en ville et de donner envie de vivre la ville. Cela illustre la volonté de répartir la ville dans toutes ses dimensions et notamment dans la dimension logement. Cette Tour Elithis représente un symbole de la Ville de se propulser dans le XXIe siècle entamé avec le souhait d’avoir des logements à la hauteur des plus grandes ambitions écologiques ».

DLH : Le lancement du chantier « Terrot Town », boulevard Voltaire, sur l’une des friches industrielles de Dijon, n’est-il pas la meilleure illustration de votre politique de reconstruction de la ville sur elle-même ?

P. P : « Cela illustre la volonté d’utiliser des tènements fonciers – les terrains qui ont été construits par le passé – de manière à ne pas s’étendre. Nous respectons notre souhait de supprimer l’extension urbaine consommatrice de terres agricoles qui ne s’inspire pas des principes et des canons du développement durable. C’est, en effet, la reconstruction de la ville sur elle-même en essayant de prendre en compte l’histoire du site tout en se projetant dans une nouvelle façon d’habiter la ville, au plus proche de la centralité ».

DLH : Ce nouveau quartier sur l’ancien site de l’usine Terrot s’articulera autour d’un jardin central de 5 600 m2. Le bâtiment emblématique du projet comprend également une terrasse extérieure au dernier étage, appelée la « Serre du vivant », qui sera dédiée aux innovations en construction et paysage. L’éco-responsabilité est capitale dans ce projet ?

P. P : « Oui. Et n’oublions pas la désimperméabilisation des sols puisque une partie d’entre eux va retrouver le côté naturel. Nous allons reconquérir les sols et c’est une partie importante. Désimperméabilisation, biodiversité, reconstruction de la ville sur elle-même, diversité du logement, respect patrimonial – avec la conservation de la façade de l’usine Terrot emblématique du XXe siècle… voici autant d’éléments qui ont pesé dans ce nouveau chantier. Sans omettre l’accueil d’un des fleurons de l’enseignement supérieur que sera l’École spéciale d’architecture qui va se délocaliser de Paris à Dijon… »

DLH : Vous avez cherché à conserver l’historique des lieux. C’était une condition sine qua non pour que cet ambitieux projet puisse voir enfin le jour ?

P. P : « Pour chaque éco-quartier, le choix a été fait de le constituer autour d’un noyau. Là, nous sommes partis de l’histoire industrielle du site. Nous avons décidé de maintenir ce côté patrimonial avec la façade Art Déco mais en la détournant en fait de sa destination initiale et en lui conférant une nouvelle approche, notamment une approche architecturale, avec l’installation de l’École spéciale d’architecture qui a formé les plus grands architectes du monde. C’est une manière également de replacer Dijon dans ce courant culturel artistique avec des professions liées à l’enseignement supérieur qui permettront de faire rayonner Dijon et de renforcer l’attractivité que l’on essaye de développer sur différents champs. Je pense notamment au champ touristique international, à la santé avec des usines et de l’innovation symbolisées par Urgo, à l’Université pluridisciplinaire avec des écoles d’ingénieurs. Je tiens ainsi à souligner l’arrivée ce mois de novembre de l’ESCP et d’ESEO sur le Campus métropolitain. Tout cela participe au renforcement de l’attractivité de la Métropole… dans un rôle assumé de capitale régionale de Bourgogne Franche-Comté ».

DLH : Le chantier du campus métropolitain, ce bâtiment on ne peut plus ambitieux en matière de connectivité et de développement durable, n’a ainsi pas été trop impacté par le Covid ?

P. P : « C’est une prouesse et nous ne pouvons que féliciter l’ensemble des équipes et des corps de métier qui ont mis un point d’honneur de répondre à la fois au cahier des charges et aux délais pour réaliser ce bâtiment ultra-connecté, qui est, je tiens à le rappeler, une grande première en France ! »

DLH : Avec les Vergers du Sud, pour ne citer que ce projet, l’axe Sud de la Métropole fait également l’objet de toute votre attention…

P. P : « C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ! Et là nous allons vers la Méditerranée. Le développement pour les années 2030-2040 de la métropole de Dijon passe par cet axe et une urbanisation qui va être maîtrisée car publique, ou para-publique. Les deux communes, celles de Dijon et de Chenôve, ont délibéré de manière à pouvoir confier à la SPLAAD l’aménagement de cet axe important qui représente la porte sur le Sud et la connectivité avec la côte des vins et l’ensemble de la déclinaison des Climats de Bourgogne. Cet urbanisme maîtrisé verra l’arrivée de logements mais aussi d’activités, en maintenant les fleurons industriels qui sont présents sur cet axe Dijon-Chenôve-Marsannay-la-Côte ».

DLH : Où en êtes-vous de l’Écocité les Jardins des Maraîchers ?

P. P : « Nous sommes en voie de finalisation. Il ne reste quasiment plus du tout de terrains puisque tout a été signé. Il demeure une portion de terre qui sera offerte à bail de manière à pouvoir être cultivée soit par des associations soit par des maraîchers. Cela permettra d’intégrer l’agriculture urbaine dans ce projet ».

DLH : Au moment où ils ont découvert le coefficient de biotope par surface dans le PLUI-HD (Plan local d’urbanisme intercommunal – Habitat Déplacements), certains ont souri (pour ne pas dire plus). C’était sans compter l’appétence actuelle – et c’est un doux euphémisme – pour la sauvegarde de la planète…

P. P : « Ceux-ci se rendent compte aujourd’hui de l’efficacité de ce coefficient qui va permettre d’intégrer beaucoup plus d’arbres de pleine terre, de favoriser la biodiversité… tout en ayant des projets équilibrés répondant à la nécessité de produire du logement pour loger les gens – je me répète, faire ville c’est faire société – et d’offrir à nos concitoyens un logement décent. Cela s’inscrit pleinement dans notre volonté d’ouvrir la ville à tout le monde. Nous voulons permettre à tout un chacun d’habiter en ville et non pas rejeter une partie de la population à 20 ou 30 km, générant à terme le mouvement des gilets jaunes qui, pour partie, prend sa source dans la nécessité d’avoir des mobilités onéreuses entre le lieu de travail et le logement. Cette reconstruction de la ville sur elle-même répond aussi à une volonté de recentrer les choses. Nous offrons une diversité de produits digne d’une véritable capitale régionale susceptible d’accueillir tous les revenus ou toutes les formes de structure familiale souhaitant vivre en ville. C’est vraiment une stratégie globale avec une impulsion forte donnée par François Rebsamen sur l’ensemble des politiques publiques, à la fois de logement, d’aménagement et de structuration des filières économiques pour avoir une attractivité, un développement à la hauteur de nos ambitions ».

DLH : Redonner envie de vivre la ville, tel est l’un de vos leitmotivs. La crise sanitaire et les confinements successifs sont venus, j’imagine, conforter votre idée de départ…

P. P : « Nous étions anticipateurs parce cela fait plusieurs années que nous œuvrons à la construction de la ville sur elle-même et que nous donnons, par là-même, envie de vivre la ville. Depuis le début des années 2000, c’est cette stratégie que nous avons mise à la place. Cela avait valu à la ville de concourir à un programme de jeunes architectes avec Europan en Ville. C’était une préfiguration de l’utilisation des terrains – pour certains d’entre eux pollués, pour d’autres occupés par des friches militaires ou industrielles. C’est une stratégie voulue, souhaitée et développée au cours des deux décennies écoulées. Dans l’analyse qui est faite actuellement et avec la crise sanitaire qui rebat les cartes sur le télétravail, je redis aux Parisiennes et aux Parisiens qu’ils sont les bienvenus. Ils peuvent quitter une ville certes attractive mais aussi polluée, où la qualité de l’air est médiocre par rapport à Dijon. Ils peuvent rejoindre Dijon en 1 h 34 sans difficulté ! Et ils l’ont bien compris, ils commencent à arriver… La pandémie a accéléré ce processus et, à Dijon, on coche toutes les cases. Nous avons une ville attractive avec toutes les activités sportives, culturelles, etc. Ceux qui veulent aller à l’opéra trouvent, par exemple, leur bonheur. Nous avons beaucoup de chance… »

DLH : Tout en changeant le visage de la ville, la politique de logement et d’urbanisme a pour objectif d’accueillir de nouveaux habitants car, comme le dit régulièrement le maire et président de Dijon métropole, François Rebsamen, « une ville qui perd des habitants est une ville qui meurt ! ». Dijon est ainsi une ville bien vivante ?

P. P : « Dijon a reconquis des habitants. C’est déjà une bonne chose dans le quart Est de la France où des villes ont perdu énormément d’habitants. Je pourrais citer Nevers, Besançon ou encore Dole… Cette attractivité est liée aussi à la capacité de pouvoir se loger. Il y a des constructions en nombre raisonné et raisonnable qui nous permettent d’accueillir un supplément d’habitants et conforter notre stratégie démographique avec, notamment, une ville et une métropole qui souhaitent assurer leur rôle de capitale régionale ! »

Propos recueillis par Camille Gablo