L’ONU du Vin s’implante à Dijon : champagne !

Voilà un vote qu’il faut déguster sans aucune modération. C’est à l’unanimité que les États membres de l’Organisation internationale de la Vigne et du Vin (OIV) ont entériné le déménagement prochain de leur siège dans la capitale de la Bourgogne Franche-Comté. Le projet de l’Hôtel Bouchu d’Esterno, porté par la Ville de Dijon, a reçu l’aval de cette organisation majeure.

Le consensus fait le bonheur… C’est un peu comme le Montrachet dont Alexandre Dumas louait le bonheur qui était le sien lorsqu’il le dégustait par cette formule : ce nectar se boit « à genoux et la tête découverte ! » Salle des Etats, lundi aux environs de 16 h 30, personne n’était à genoux (les têtes étaient tout de même découvertes) mais le bonheur pouvait se lire sur les visages du maire et président de Dijon métropole, François Rebsamen, ainsi que du secrétaire d’État en charge du Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, qui avait fait le déplacement pour participer à l’assemblée générale de l’OIV. L’Organisation internationale de la Vigne et du Vin, qualifiée souvent comme l’ONU du Vin, tenait en effet une réunion au cours de laquelle les représentants de ses États membres devaient se prononcer sur l’implantation future de leur siège dans la capitale de la Bourgogne. Dans un de ses joyaux patrimoniaux plus précisément, l’Hotel Bouchu dit d’Esterno, avec lequel la Ville de Dijon s’était mise sur les rangs depuis le mois de janvier pour accueillir cette institution d’envergure internationale…

Et, pour que la candidature dijonnaise soit retenue, il fallait que le vote soit unanime. Ce qui fut chose faite (des 43 des 48 représentants des États membres participant à cette AG), comme l’a annoncé officiellement le président de l’OIV, Luigi Moio. Et c’est cette unanimité qui a auguré de la formule consensuelle… et donc du bonheur partagé.

«  Vous avez donné un avenir à notre histoire. Je souhaite partager cette formule avec vous à cet instant que je n’hésite pas à qualifier d’historique. Vous avez donné un avenir à l’histoire de Dijon mais aussi à vos histoires respectives. Nous allons pouvoir avec confiance, avec sérénité et avec efficacité, continuer d’avancer main dans la main », s’est félicité François Rebsamen, avant de développer :« Le choix de Dijon représente un enracinement durable. Cette décision est un honneur pour Dijon et l’ensemble des acteurs institutionnels, universitaires et viticoles ayant porté la candidature de notre ville. Avec le transfert du siège de l’ONU du vin au cœur de notre cité, Dijon devient une vitrine mondiale du patrimoine vitivinicole et accueille une organisation internationale pour la première fois de son histoire. C’est une grande et belle nouvelle et une reconnaissance du travail accompli ! ».

« Un secret de famille »

Montrant que l’État était aux côtés de la capitale régionale dans cette quête du Graal… vineux, Jean-Baptiste Lemoyne s’est lui aussi laissé griser par ce consensus : « C’est un grand moment d’espoir. 48 états viennent de se mettre d'accord de façon unanime sur une décision importante. Cela prouve que le multilatéralisme permet d'affronter les défis auxquels nous faisons face. Je veux remercier François Rebsamen pour la très grande qualité du dossier qu’il a monté avec ses services, ceux de la Ville et de la Métropole, mais aussi avec les services de l’Etat. Je veux remercier toutes celles et tous ceux qui ont permis d’en arriver à ce consensus ».
Et le représentant du gouvernement de glisser, avec le sens de la formule et un trait d’humour : « Je vais livrer un secret de famille. Le président de l’OIV a étudié dans sa jeunesse à Dijon et forcément en garde un souvenir impérissable. Tout cela pour dire que tous les chemins ne mènent pas à Rome. Tous les chemins mènent à Dijon… »

Cette déclaration enthousiaste illustrait, une chose est sûre, le soutien des plus hauts sommets de l’État (pour ne pas dire le président de la République, Emmanuel Macron) pour le projet dijonnais. Rappelons qu’à l’origine deux autres grandes métropoles, dont le nom était aussi synonyme d’excellence dans les bulles (Reims) et le vin (Bordeaux), s’étaient inscrites dans la course et que le bras de fer (politique) avait été rude. Nous nous étions au demeurant fait l’écho de ce combat des chefs au mois de juin dernier.

L’environnement universitaire et académique, avec l’Institut de la Vigne et du Vin Jules-Guyot mais aussi et surtout la Chaire Unesco « Culture et traditions du vin », la seule au monde dans ce domaine, ont pesé. Tout comme le classement des Climats de Bourgogne au Patrimoine mondial…

Dégusté comme il se doit !

Après s’être imposée à l’échelle nationale, la Cité des Ducs a remporté sa bataille au niveau international. Et là ne doutons pas que, même si le site prestigieux de l’Hôtel Bouchu d’Esterno et son projet de rénovation proposé, à 10 mn seulement à pied de la gare TGV, avait tout pour convaincre les États membres, la France a dû faire preuve de diplomatie, la géopolitique n’étant pas un long fleuve tranquille, comme les contrats des sous-marins avec l’Australie nous l’ont tristement rappelé il y a peu.

En tout cas, ce sera pas à proximité d’un fleuve mais d’une rivière (l’Ouche), et plus précisément à quelques pas des rues où étaient installés les vignerons dans les siècles passés (comme quoi l’histoire est un perpétuel recommencement), que l’ONU du Vin a jeté son dévolu pour son prochain siège. Cette organisation, qui, rappelons-le, pèse 85% de la production et 80 % de la consommation de vin dans le monde, cherchait en effet de nouveaux locaux dans une cité vineuse après plusieurs déménagements successifs dans la capitale parisienne.

Et c’est ainsi qu’après une belle fermentation du projet dijonnais depuis plusieurs mois le consensus a été dégusté comme il se doit ce 25 septembre. Il ne reste dorénavant plus qu’à chaque État membre d’entériner la décision dans ses propres instances et l’OIV pourra alors préparer ses valises pour une installation à l’horizon 2024. Une arrivée qui coïncidera au 100e anniversaire de l’organisation. D’ici là, les travaux, pour un investissement estimé à 8 M€, devront battre leur plein pour que l’Hôtel Bouchu d’Esterno, l’un des plus importants hôtels particuliers du XVIIe siècle, retrouve une prime jeunesse particulièrement fonctionnelle. Selon nos informations, son secrétariat, d’une quinzaine de personnes, pourrait arriver en septembre 2022 et bénéficier de locaux provisoires.

En tout cas, ce grand cru consensuel est intervenu à quelques mois de l’Ouverture de la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin, dont l’OIV sera pratiquement voisine à terme. Que nos amis de Reims n’y voit aucun chauvinisme (encore que…), mais nous ne pouvions que titrer : Champagne pour Dijon !

Camille Gablo