Les brèves de Jeanne Vernay

UN CONGRES BIENVENU

Dijon, en octobre 2022, accueillera le congrès européen des confréries œnogastronomiques qui rassemblera 600 personnes venant de huit pays : Belgique, Espagne, Italie, France, Grèce, Hongrie, Luxembourg et Portugal. En 18 ans, ce sera la troisième fois que cette manifestation se tiendra en France. Evidemment, le choix de la Cité des Ducs est la reconnaissance de sa légitimité gastronomique et du dynamisme de sa Foire internationale, maintenant centenaire. Pour preuve, le président des confréries était à Dijon Congrexpo pour la conférence de presse lançant cet événement. Les confréries ne peuvent trouver meilleur endroit pour défendre leur produit, sa fabrication, sa saveur, sa couleur… Sa force, son terroir… Elles font partie de la Gastronomie. En la présentant, l’expliquant, la défendant, la valorisant. En lui donnant une audience dépassant largement les frontières de ses lieux de gestation… Parions que Dijon avec sa Foire et sa Cité de la Gastronomie naissante sauront tirer grand profit de ce rassemblement à l’envergure européenne.

 

UNE PERTE

Il est fort dommage, en revanche, que la Cité des Ducs ait perdu les Rencontres Cinématographiques de l’ARP (société civile des Auteurs, Réalisateurs et Producteurs) parties pour d’autres rivages. Présentes en terres dijonnaises depuis 2006, en octobre ou novembre, leur absence pèsera… Au plan économique déjà, puisque plus de six cents professionnels devaient être accueillis sur la ville pendant trois jours. Au niveau culturel surtout… Avec la disparition des projections en avant-premières, gratuites, ouvertes au grand public, en présence des équipes de comédiens… La fin des échanges captivants au palais des Expositions puis au Grand Théâtre où les professionnels du 7e art débattaient de l’avenir du Cinéma français. Avec un objectif : le maintien de sa qualité, dans un scénario visant à toujours vouloir plus de diversité… Pour encourager l’appétence de tous les publics. En apportant, dans un monde où des appétits de plus en plus puissants risquent de mettre à mal la vitalité créative, des réponses solides : défendre le droit d’auteur, conforter notre modèle d’exception culturelle, mettre en place une régulation salutaire au moment de l’explosion du numérique. Exiger une politique publique à forte ambition culturelle... Bref, à Dijon, la réflexion a toujours été, pendant ces quinze années, fructueuse et, loin des paillettes, placée sur la recherche permanente du chemin de l’excellence. Une route dont il ne faut pas s’écarter, même si les difficultés s’exacerbent, surtout après la crise sanitaire qui a gravement impacté le monde du cinéma. Aussi, laissant de côté notre nostalgie dijonnaise, nous souhaitons à l’ARP, bon vent… Et pleine réussite aux premières Rencontres Cinématographiques du Touquet-Paris-Plage…

 

BRASSENS NOUS MANQUE

Brassens, dont je me réjouis que l’on souligne tant le talent, avait pris le chemin de Dijon. En poète… Dans sa « Route aux quatre chansons », sortie en 1964 au sein de l’album « Les Copains d’abord ». Dans laquelle, il revisite avec humour le vieux chant populaire « Sur la route de Dijon ». Transformant sa sage Marjolaine qui pleurait près de la fontaine comme une madeleine… en prostituée avide de ducatons. Elle « avait ainsi changé de ton » et perdu ses « nobles façons »… Une métamorphose où l’on retrouve l’œil sans concession de Brassens sur la vie. Autant que l’orfèvre du langage qui manie les mots les plus simples avec justesse, invention, esprit… C’est d’ailleurs avec cette même verve que le compositeur poursuit son voyage dans les chansons anciennes pour se les approprier et les transformer : après la Cité des Ducs, voilà le pont d’Avignon où les danseurs, eux-aussi, changent de ton… « Faisant fi des rigodons », ils sont devenus xénophobes en pourchassant l’étranger. Plus tard, dans les prisons de Nantes, la geôlière n’a plus de cœur et souhaite la pendaison du prisonnier. Qui, pourtant, s’est fait incarcérer pour elle. Quant à la quatrième mélodie, « Auprès de ma blonde », elle abandonne son ton originel enjoué pour se ternir par un amour finissant. Avec une peine si profonde, chez l’auteur, que « l’chagrin lâcha la bonde »… Par bonheur, de ces quatre désillusions, nous sont restées « les quatr’ chansons » de « La Route aux quatre chansons ».

 

LE BON CHOIX

Le DFCO a fait un bon choix en prolongeant le contrat de Sénou Coulibaly jusqu’en juin 2024, plus une année optionnelle en cas d’accession en Ligue 1. S’il est un joueur qui, dans le terrible chemin de croix de la précédente saison, n’a jamais capitulé, se battant jusqu’au bout, pour éviter la relégation, sortir les siens de l’ornière, c’est bien le défenseur malien. A chaque sortie, y compris dans les rencontres les plus ardues, il gagnait en épaisseur, imposait sa vitesse au centre de la défense dijonnaise. Dans les pieds autant que dans les airs… Puisant souvent au fond de ses ressources physiques et mentales, il avait su relancer son équipe en marquant face à Strasbourg à Gaston-Gérard ou en expédiant de la tête un ballon imparable sous la barre du but de Montpellier à La Mosson. Cette année, en Ligue 2, même s’il a connu un début de saison difficile, il reste un guerrier… Qui a retrouvé sa sérénité défensive depuis quelques semaines. Enchaînant les bons matches. Affirmant sa volonté de victoires… Son but marqué sur corner dans les filets dunkerquois, alors qu’il venait juste d’entrer en jeu, a été un modèle de détermination. Le DFCO pourra sans nul doute encore compter sur l’international malien.

 

UN SAUVETAGE PATRIMONIAL

La ville de Dijon vient de faire une acquisition originale : la statue en plâtre ayant servi de modèle pour la réalisation, en 1899, de la sculpture de Sadi Carnot adossée au monument érigé place de la République en l’honneur du président assassiné. Cette ébauche de 1,5 m de hauteur, retrouvée dans les pièces du château de La Rochepot, présente déjà un intérêt patrimonial : classée aux Monuments historiques, elle rejoindra les collections publiques, après restauration de sa main tombée par le musée des Beaux-Arts. Elle rappelle par ailleurs le talent de son créateur, le sculpteur Mathurin Moreau qui suivit à la lettre son modèle pour construire en marbre cette fois la statue définitive de la place de la République. Et, au-delà, le retour à Dijon de cette épreuve appelle à se pencher sur le passé : sur Félix Vionnois, l’architecte qui a réalisé l’ensemble du monument définitif. En le voulant imposant avec son pylône central supportant la statue en pied et renforcé en haut par La Renommée de Paul Gascq. Latéralement par deux allégories, l’Histoire et la Douleur qui complètent harmonieusement la composition. C’est aussi l’occasion de se pencher sur la Troisième République, sur Sadi Carnot, sa présidence, son assassinat à Lyon, ses liens avec Dijon…

 

UN PASSE POUR UN PRESENT

Demeurons sur le terrain artistique pour signaler l’ouverture au musée des Beaux-Arts, à partir de novembre prochain, de l’exposition « Arts de l’Islam. Un passé pour un présent ». Une initiative nationale organisée sous la direction du Louvre et du ministère de la Culture dans 18 villes de l’Hexagone. Concernée, la Cité des Ducs accueillera dix œuvres issues de collections publiques. Constituant chacune un véritable trésor pictural. Dans l’objectif de valoriser le lien culturel entre l’Islam et l’Histoire de France. Une initiative hautement culturelle qu’il faut soutenir : à l’heure de dangereuses tentatives visant à nous opposer les uns aux autres en nous entraînant dans un choc de civilisations, nous avons besoin d’expositions comme celle-ci pour approfondir la connaissance de la Culture de l’autre. En effet, témoins artistiques et historiques, les œuvres exposées seront capables de montrer la diversité culturelle, confessionnelle, au sein du monde islamique depuis plus de 12 siècles. De refléter la circulation des idées, des hommes, mais aussi l’héritage pluriel du patrimoine français. D’aider à comprendre des passés croisés afin de construire un présent et un avenir solides !

 

De LOS ANGELES A DIJON

L’enseigne hôtelière Mama Shelter, réputée pour sa convivialité, son esprit de fête et son design affirmé va s’installer à Dijon. Déjà présente à Los Angelès, Rio de Janeiro ou encore Dubaï, elle ouvrira en 2023 son 14e établissement dans le monde au bas de la rue du Docteur Maret… A la place de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie. Un projet d’envergure prévoyant 120 chambres, 5 étages, un cinéma de 250 m2 et la création d’une cinquantaine d’emplois…Plus qu’un hôtel-restaurant, ce sera une expérience à vivre dans une ambiance moderne et atypique… Proposant un lieu de vie populaire et chaleureux, propice aux retrouvailles entre amis ou en famille. Et tournée surtout vers un jeune public. Avec une originalité pour l’implantation dijonnaise qui prendra une saveur locale, avec un espace de dégustation de vins… à quelques pas de la future Cité internationale de la Gastronomie et du Vin !

 

SYMPHONIE AUTOMNALE

Et comme il est souvent question de vins, je ne peux m’empêcher de vous conter la beauté d’un petit coin de la Côte, noyé dans le soleil matinal. Bordé, au-dessus de Marsannay, par un épaulement rocheux en fond… Et deux murets en pierre anciennes disjointes, sur les côtés. Un encaissement où la vigne passée à l’heure d’automne, dans ses rangs parfaitement parallèles, tend ses nouvelles teintes enchevêtrées… Superposées, variées, nuancées, additionnées… Où les jaune-orange étouffent les verts mais plient devant les rouge foncé qui dominent et brillent sous la lumière du matin. Avec ces couleurs aussi généreuses, la marcheuse en vient à penser au tableau de Claudot « Clocher de Couchey. Symphonie automnale » peint quelques centaines de mètres plus loin… Dans les années trente…Sans doute à partir d’une parcelle identique. Emotion…