Jean Battault : « Un plaisir partagé ! »

Cette Foire internationale et gastronomique de Dijon a une saveur particulière pour le président de Dijon Congrexpo. C’est à la fois celle du centenaire mais c’est aussi celle du retour au présentiel, au vivant, après l’annulation de l’année dernière liée à la pandémie. Jean Battault a choisi de placer cette édition pas comme les autres sous le signe de la gastronomie et de la convivialité populaire. Interview appétissante…

Dijon l’Hebdo : Le retour de la Foire à Dijon, après l’annulation de l’année dernière, inhérente au Covid, c’est un peu comme remettre l’église au milieu du village…

Jean Battault : « C’est exactement cela. Nous lui conférons déjà la place qui lui a manqué l’an dernier. Ce qui intéressant, c’est de constater la réalité de ce manque, de cette frustration. Tous les témoignages qui me remontent le montrent : les gens sont ravis que nous puissions à nouveau organiser la Foire. Beaucoup s’inquiétaient de savoir si cette édition allait avoir bel et bien lieu, ils sont heureux qu’elle se déroule et la mobilisation de tous est au rendez-vous. Nous nous apercevons d’un phénomène équivalent chez ceux qui sont nos vrais clients, à savoir les exposants. Ils viennent. Certes nous n’atteignons pas encore le plein de 2019, ce qui est tout à fait normal, mais ils seront très nombreux à être présents. J’y crois… Il y a eu une période où rien ne s’est passé. Aucun événement équivalent à la Foire n’existe, où les gens communient aux mêmes plaisirs, au même moment. La Foire est attendue ! »

DLH : La gastronomie et la convivialité populaire sont les deux ingrédients majeurs de votre recette pour ce 100e anniversaire…

J. B : « Absolument. La gastronomie, c’est quelque chose qui se partage. C’est un plaisir partagé et non un plaisir solitaire ! Lorsque je dis que les fondamentaux de la Foire sont la gastronomie et la convivialité, j’évoque deux choses qui s’interpénètrent, qui vont ensemble. Le meilleur exemple est le suivant : une personne va à la Foire, elle tombe sur un ami. L’un invite l’autre à aller boire une coupe de champagne et l’autre le convie à aller ensuite manger des escargots. La Foire représente un grand lieu de rencontres entre ceux qui se connaissent mais pas seulement. Toutes les générations, tous les milieux sociaux et professionnels se retrouvent en même temps au même endroit. Certains me le reprochent mais son aspect populaire est essentiel. Je n’ai pas dit populacier mais populaire ! Et des événements populaires, il n’en existe pas beaucoup… et la Foire représente le premier événement populaire et économique de la grande Région. Selon moi, c’est l’une de ses lettres de noblesse ! »

DLH : Dijon ne serait plus tout à fait Dijon sans la Foire ?

J. B : « Il y a une dizaine d’années, nous avons sorti un livre où l’on racontait l’histoire de la Foire. Mais, en réalité, c’est l’histoire de Dijon que nous avons présentée au travers de la Foire. L’une de ses originalités, contrairement à toutes les autres foires de France qui ont lieu au printemps ou en été, c’est qu’elle se tient au mois de novembre. Le mois le plus triste en général, et plus particulièrement en Bourgogne où le temps est plus que désagréable, au moment de la Fête des morts, du 11 Novembre… C’est un rayon de soleil durant cette période triste. D’ailleurs, pour qualifier un mauvais temps, avec de la pluie, du froid et du vent, dans l’expression dijonnaise, ne dit-on pas : «  C’est un temps de Foire ! » Cela prouve bien que c’est passé dans le langage commun. C’est un événement incontournable ».

DLH : Ce sera la première Foire hybride. Pensez-vous que les salons virtuels représentent réellement l’avenir ?

J. B : « Ce n’est pas le virtuel pour le virtuel. Nous avons su développer les moyens et notre volonté est de réaliser du présentiel, quel que soit le type de salon. Le numérique apporte un plus à nos exposants et à nos visiteurs. Ceux-ci peuvent avoir toutes les informations dans les meilleures conditions et nos exposants peuvent élargir leur zone de chalandise par la communication, les réseaux sociaux. Nous avons choisi ce principe d’événement hybride où le virtuel n’est pas une fin en soi mais vient renforcer le présentiel. C’est notre démarche ».

DLH : Vous vous êtes attaqué également à un symbole, la Table de Lucullus, qui existait depuis l’origine et qui glisse dans une nouvelle dimension numérique anti-gaspillage…

J. B : «  Il faut déjà bien la resituer. Elle était à l’entrée principale de la Foire du temps de son ancienne orientation. C’était la première chose que l’on voyait lorsque l’on arrivait. Aujourd’hui, nous arrivons dans les meubles et les institutionnels. La Table de Lucullus était l’endroit où les gens se donnaient rendez-vous, elle changeait tous les jours, elle avait une vraie attractivité et on y présentait le menu de la Foire que l’on pouvait retrouver à la fois dans le restaurant de la Foire et dans les restaurants dijonnais. C’était une chose intéressante. Cela a été abandonné bien avant moi. Je veux refaire de la Table de Lucullus quelque chose qui ait une véritable attractivité. Et les moyens numériques permettent de réaliser un superbe décor en mouvement, un véritable show. De la même façon, j’ai souhaité redonner de l’attractivité au restaurant de la Foire. Jusqu’à maintenant, il était surtout destiné aux personnes âgées, qui voulaient s’asseoir, manger dans le calme, etc. Il faut en faire un élément de développement fort et lui faire retrouver ses valeurs d’avant. Quatre chefs dijonnais composeront son menu. Et ceux-ci exercent dans des établissements particulièrement connus (La Cloche, Le Central, le Château Bourgogne, le Klub) qui ont chacun leurs spécialités et que les visiteurs pourront rechercher. Par exemple, ils pourront trouver du gâteau Concorde, que tout le monde connaît, sur le plateau de desserts. Et tout cela, dans un cadre un peu moins soviétique que ce que l’on avait. Cela devrait être un endroit très sympa où sera servi le cocktail du Centenaire que j’ai inventé ».

DLH : Pourquoi ne retrouvera-t-on pas, cette année, le traditionnel hôte étranger ?

J. B : «  La dimension internationale est relativement récente à la Foire. Elle date d’une quarantaine d’années. Pour pouvoir utiliser l’attribut d’international, il faut avoir un certain pourcentage de stands étrangers. Nous avons supprimé le principe de l’hôte d’honneur étranger afin de pouvoir focaliser cette 100e édition sur la Gastronomie. L’hôte d’honneur, cette année, c’est la gastronomie. Mais nous ne voulons pas détourner notre regard de l’étranger, si bien que nous aurons un village international, regroupant des villages thématiques : un canadien, un ukrainien, un italien, un irlandais, peut-être un indien…Et qui tous proposeront des produits, de la restauration de leur pays respectif. Le monde sera encore présent chez nous mais sous une forme différente ».

DLH : Vous avez choisi un parrain de renom avec le chef lyonnais Christian Têtedoie, président des Maîtres cuisiniers de France…

J. B : « C’est un chef réputé qui porte l’ensemble d’une profession qui est dirigée vers la qualité. Nous sommes ravis de l’accueillir et sa présence est la reconnaissance de ce que l’on fait. Cela a du sens et c’est flatteur. Mais je rappelle aussi que nous aurons des grands chefs locaux, dont la prestigieuse Maison Loiseau, avec la présence de Patrick Bertron. Il y aura une journée Loiseau, le 1er novembre, qui sera sympathique et, comme je leur avais suggéré, ils apportent cette année leur boutique avec toutes une série de produits sélectionnés par leur soin. Les visiteurs pourront repartir avec un souvenir typé d’une grande maison… »

DLH : Le lien avec la Confrérie des Chevaliers du Tastevin est-il toujours aussi fort ?

J. B : « Bien sûr. Elle est inscrite dans nos gènes car, je le rappelle, 60% des gens qui ont créé la Foire ont aussi participé à l’avènement de la Confrérie. C’est à double dessein. Nous accueillons beaucoup de congrès et Dijon n’est pas Cannes avec la mer, ou encore Mégève avec la montagne. Dijon n’a pas l’attractivité de Paris. Dans un congrès, il y a toujours une soirée de gala. Et pouvoir la faire au Clos Vougeot, dans cet endroit prestigieux, c’est un attrait de notre offre. Au-delà de cela, le combat que mène la Confrérie pour la gastronomie, les vins, est le même que le nôtre. Et il y aura toujours le Chapitre de la Gastronomie où la Foire de Dijon sera mise en valeur. Cela nous permet de recevoir nos amis et c’est très sympathique ! »

DLH : La Foire a 100 ans et, vous, combien d’années encore souhaitez-vous diriger la destinée de cette grande maison . ?

J. B : « Mon prédécesseur a présidé plus de 30 ans. Tant que je suis en bonne santé, mais surtout tant que j’aurai la confiance des administrateurs de cette Maison, je reste volontaire pour présider à son destin. Je suis rentré dans cette association en 1985 et j’ai une vraie passion pour cette Maison, pour ce qu’elle représente, pour son engagement, pour son souci de l’intérêt collectif, pour tout ce que l’on peut faire pour la promotion des métiers de la restauration, du bâtiment, pour l’aide que l’on a apportée à la Banque alimentaire, etc. A travers tout cela, je peux faire passer ma sensibilité, mon intérêt de la cause commune. C’est la raison pour laquelle je dis : nous sommes légitimes avec ces 100 ans mais mon regard est tourné vers l’avant et non pas dans le rétroviseur ».

Propos recueillis par Camille Gablo