Jean Battault : « C’est la Foire qui a donné à Dijon sa légitimité gastronomique »

Jean Battault, le président de Dijon Congrexpo, a le sourire. La Foire internationale et gastronomique aura bel et bien lieu cette année du samedi 30 octobre au jeudi 11 novembre. Et elle fêtera ses 100 ans.

Dijon l'Hebdo : La Foire internationale et gastronomique va fêter ses 100 ans. On peut donc s'attendre à une célébration particulière ?

Jean Battault : « Pour les 100 ans, on revient aux racines. A savoir la gastronomie. La prochaine édition de la Foire sera toujours basée sur deux grands principes : la gastronomie et la convivialité. L'offre sera un peu différente mais les fondamentaux seront là. La table de Lucullus, par exemple, sera profondément modifiée pour devenir un spectacle en tant que tel. Le restaurant de la Foire sera lui aussi renouvelé avec une succession de chefs avec des menus qui changeront quotidiennement. On fera également la démonstration de nos nouvelles capacités numériques avec un plateau de télévision. Même s'il n'y aura pas d'hôte d'honneur cette année, la dimension gastronomique étrangère sera également très présente. Il y aura plein de surprises que je ne peux pas évoquer aujourd'hui ».

DLH : 100 ans mais pas 100 éditions...

J. B : « La Foire a 100 ans mais il n'y a effectivement pas 100 éditions au compteur. Il y a eu une césure de 1940 à 1945. Il n'y avait évidemment rien à exposer à cette époque noire de notre histoire et les Allemands n'auraient certainement pas autorisé une telle manifestation. Et il aura fallu 5 ans pour retrouver une activité économique quasi-normale et relancer l'événement dans les années 50.
La Foire a été créée en 1921 par des chefs d'entreprises de l'agro-alimentaire qui voulaient mettre en valeur leur production et en faire la promotion. Ce qui est intéressant de souligner, c'est que 60 % d'entre eux ont participé à la création de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin. Ces deux entités ont véritablement transcendé le temps en Bourgogne parce qu'elles ont été gérées comme des entreprises. L'une et l'autre sont devenues des passages incontournables en Bourgogne, en général, et en Côte-d'Or, en particulier ».

DLH : Gastronomie et convivialité sont-elles indissociables ?

J. B : « Complètement. La Foire, c'est deux choses : la gastronomie et la convivialité. Et l'une ne peut pas aller sans l'autre. En 1921, quand a été créée la première Foire il n'y avait en Bourgogne que deux restaurants de référence sur le plan national. Racouchot, à Dijon, qui faisait son fameux pâté de bécasse avec tous les becs qui sortaient... et Dumaine, à Saulieu. Dijon n'avait aucune légitimité gastronomique. Ce sont mes prédécesseurs qui l'ont créée et c'est nous qui maintenons aujourd'hui cette belle réputation gastronomique.

La Foire, c'est un grand moment de convivialité. C'est comme ça que la vivent les Dijonnais, les Côte-d'Oriens et tous les visiteurs des départements alentour. C'est l'endroit où on se rend en famille, où l'on retrouve les copains ou des gens qu'on connait avec qui on va partager un verre. On y fait du « picking ». On va d'un stand à un autre. Le temps passé par un visiteur se compte en heures. Ce qui rassure évidemment l'ensemble de nos exposants.

J'ajoute aussi toutes animations qu'il peut y avoir. Des femmes et hommes à qui on donne un podium pour mettre en avant leurs passions exprimer leurs talents. C'est l'amicale des cuisiniers, la fédération des chasseurs de Côte-d'Or, le grand prix de la gourmandise... tout un ensemble de confréries qui portent haut les valeurs de la gastronomie. Il n'y a que la Foire qui peut leur offrir cet espace privilégié ».

DLH : Au regard des autres foires françaises, en quoi celle de Dijon est-elle particulière ?

J. B : « Pour connaître d'autres foires en France, on peut dire que celle de Dijon est complètement atypique. L'appropriation qu'en ont faite les Dijonnais est particulièrement forte. On est très largement au-dessus de l'habitude liée à la redondance de l'événement. La Foire est inscrite dans le paysage. A tel point que fin octobre, début novembre, on parle de « temps de foire » pour décrire un ciel gris, bas, humide, avec du brouillard... C'est une formule qui est passée dans le langage courant.

L'attachement de nos exposants est tout aussi important car à Dijon ils font des affaires. Sachant que toute la ceinture de Dijon est bien occupée par une noria de magasins de meubles, je suis toujours surpris de voir les visiteurs acheter du mobilier à la Foire. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce qu'ils peuvent comparer et prendre une décision en famille. Il y a toute une ambiance favorable aux achats ».

DLH : Et vous ne manquez pas d'insister sur le poids financier qu'elle représente ?

J. B : « La Foire a une importance économique que personne ne peut contester. Un congressiste dépense en moyenne 200 € par jour entre l'hôtel, les repas, le transport, les achats en ville. Pour la Foire, on compte quatre personnes par stand. Si vous faites la multiplication par 640 -le nombre de stands- on arrive à 2 560 personnes qui vont séjourner sur la métropole dijonnaise pendant une douzaine de jours. Cela représente plus de 6 millions d'euros qui vont profiter à l'économie locale ».

DLH : 2020 n'est plus qu'un mauvais souvenir ?

J. B : « Un très mauvais souvenir ! La dernière édition a été annulée pour les raisons que l'on sait. Personne n'est venu à notre secours. Je dis bien personne. Y compris dans l'entourage politique. Personne n'a défendu la Foire... jusqu'à ce que le préfet nous l'interdise très peu de temps avant son inauguration. Nonobstant au passage le fait qu'une telle foire induit la participation de 640 exposants, la présence de 160 000 visiteurs... Tout un travail préalable qui commence des mois avant et qui correspond à des dépenses, à des investissements... Aussi avoir arrêté la machine au dernier moment aura été particulièrement inconséquent ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre