Claire Despierres : « Construire une passerelle »

Claire Despierres maîtrise avec talent - à la ville comme à la scène - des champs d’intervention aussi divers que d’être une comédienne accomplie ainsi qu’une brillante universitaire. Maître de conférences à l’université de Bourgogne, elle est depuis 5 ans responsable d’une formation de français intensif dédiée aux personnes frappées par l’exil et désireuses d’apprendre notre langue, d’acquérir les clefs permettant d’accéder à notre culture. Rencontre avec une femme au parcours digne d’intérêt.

Dijon l'Hebdo : Jongler avec une scène théâtrale et un amphithéâtre, est-ce complexe ? Où va votre préférence ?

Claire Despierres : « Tout de suite une précision, je fais du théâtre à titre amateur ; mon véritable métier, c’est de diriger une formation universitaire qui me paraît vitale, qui participe à l’avenir car c’est une façon de construire une passerelle avec des personnes issues de cultures différentes de la nôtre. Je dois dire que j’ai des antécédents professionnels qui me servent : j’ai été éducatrice en prévention en Ile de France. D’autre part, il y a dans mon action actuelle à l’Université - outre l’apprentissage à la langue française qui me passionne – tout un aspect créatif : musique, exercices artistiques etc. Voilà qui me comble… »

DLH : Qui vous finance ?
C. D :
« L’aspect économique est assez problématique : nous bénéficions de fonds provenant des Affaires sociales et de l’Agence universitaire de la francophonie. Il demeure que ce financement s’avère insuffisant, et que nous ne sommes jamais certains de pouvoir rendre pérenne cette formation universitaire. D’autant que la pandémie nous a bousculés au même titre que l’ensemble des Facs. Heureusement, nous avons pu maintenir cette année tous les cours en présentiel - sans oublier de sans cesse faire évoluer les cours que nous dispensons ».

DLH : En dehors de votre amour pour le français, quels sont les autres aspects dans votre travail que vous appréciez ?

C. D : « Je suis sensible au fait que les personnes que nous accueillons au sein de l’Université ont dû fuir leur pays, laisser toute une vie et parfois toute une famille derrière elles. Par le biais de l’acquis et de la maîtrise de notre langue, nous leur offrons la possibilité de se reconstruire, de trouver du travail. Je me fais souvent cette réflexion : nous avons beau être différents, nous avons bien des choses en partage. Ne serait-ce que d’être, chacun et chacune, un être humain ! Je garde en moi l’espoir de trouver des soutiens financiers, des organismes qui permettraient de faire que cette formation ne soit pas remise en question… »

Propos recueillis par Mary Isaa