Le commerce dijonnais reprend des couleurs

En prenant en charge la délégation du commerce après l'élection municipale de 2020, Nadjoua Belhadef ne s'attendait pas à un tel baptême du feu. La pandémie a mis à mal l'activité économique et la nouvelle adjointe de François Rebsamen n'a pas eu d'autres choix que de monter au front pour apporter son soutien aux acteurs de l'activité commerciale mais surtout trouver des solutions efficaces pour la pérennité de leurs établissements. Rencontre avec une jeune élue qui déborde d'énergie et d'idées.

Dijon l'Hebdo : Quel est votre état d'esprit en cette rentrée ?

Nadjoua Belhadef : « Plus que jamais positive. Plus que jamais combative. C'est dans ma nature, dans ma personnalité. Face à l'adversité, je me dis toujours qu'il y a toujours des solutions même si ce ne sont pas celles auxquelles on a forcément pensé au départ. A force de dialogue, de discussions et d'échanges, on finit toujours par trouver ce qui convient le mieux au plus grand nombre ».

DLH : Quel bilan tirez-vous de l'été qui vient de s'écouler ?

N. B : « Un bilan positif. Bien sûr l'été aurait pu être meilleur avec une météo plus favorable. Mais on vient de traverser une crise dramatique sans précédent. On en sort tout juste et on croise les doigts pour que la situation sanitaire s'améliore. Durant cette période estivale, on a mis en place un programme d'animations très ambitieux qui a maintenu les événements existants mais en y ajoutant d'autres. Toutes ces animations avaient pour objectif de promouvoir le savoir-faire et les talents locaux, mais également de répondre présent aux côtés des commerçants dès la reprise de leurs activités. Mais je dois reconnaître que ce sont d'abord les commerçants qui, par leur inventivité et leur capacité d'adaptation, qui nous ont communiqué l'énergie et la force d'être là pour défendre leurs intérêts.

Concrètement, les Dijonnais et les touristes ont pu profiter des animations sur les places tout au long de la période estivale. Parmi ces animations qu'on a maintenues figuraient le festival « Garçon la Note ! », le « Brunch des Halles », « Place en musique »...

DLH : Et il y a eu des nouveautés ?

N. B : Oui. C'était indispensable. « Les Jeudi'jonnais », par exemple, ont été un véritable succès. Cet événement s'est imposé suite à un certain nombre de remarques de commerçants qui ont souligné une concentration des flux autour des Halles et manifesté leur souhait de profiter, eux aussi, de toutes ces animations. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé l'organisation, tous les jeudis, en simultané, de concerts sur les cinq grandes places de la ville. Cela a formidablement fonctionné et c'est un vrai public qui s'est attaché à ces « Jeudi'jonnais ». Au total, ce sont 153 concerts gratuits qui ont été proposés durant tout l'été. Tout cela a pu se concrétiser grâce à un travail partenarial des plus efficaces avec l'UMIH Côte-d'Or, Shop in Dijon et le brasseur La Bourgogne. Pour moi, c'est essentiel de travailler avec les acteurs et les forces vives du territoire. J'aime bien faire... mais j'aime bien faire avec ».

DLH : Qu'est ce qui fait aujourd'hui la vitalité commerciale d'une ville comme Dijon ?

N. B : « D'abord je voudrais dire que j'ai grand plaisir à siéger au sein du bureau de l'association « Centre-ville en mouvement » et je suis toujours très fière de présenter à nos différents interlocuteurs le tissu commercial local, la diversité commerciale que présente Dijon, la gastronomie, la culture... Nous avons une ville magique et c'est un honneur de porter la voix de nos commerçants et artisans qui l'animent.

Les clés de cette vitalité reposent notamment sur la dimension humaine de Dijon, attractive pour les touristes, et sur le fait que c'est une ville étudiante en expansion. L'hyper centre-ville est dynamique avec une faible vacance commerciale, inférieure à 5 % et sa vraie force réside dans sa diversité avec un nombre de commerces indépendants majoritaires. Aujourd'hui, on compte 1 200 commerces actifs sur le centre-ville qui en font le premier pôle commercial de la Métropole. La piétonisation du cœur de ville, les projets tels que la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin, les animations, la composition commerciale alliant parfaitement les grandes enseignes et les indépendants rendent Dijon commercialement attractive. Pour preuve, les contacts réguliers que j'ai avec des groupes qui ciblent Dijon et souhaitent s'y installer. Et les indépendants ne sont pas en reste. Ca bouge partout ! ».

DLH : Et la reconstruction du Centre Dauphine va dans ce sens...

N. B : « J'allais bien sûr y venir. Cela va être un vrai plus. Le Centre Dauphine entame sa métamorphose. Commerces, bureaux, restaurant panoramique en toit terrasse, rénovation du parking, création d'un « mail piéton »... La réhabilitation de cet ensemble commercial emblématique du cœur de ville, construit dans les années 70, a débuté en avril dernier par une phase de travaux préparatoires. Les travaux de ce projet d'envergure intitulé « Dauphine Dijon », qui a fait l'unanimité au sein de la CDAC (1), dureront deux ans. La municipalité, comme elle s'y était engagée, soutient la rénovation de cet espace auquel les Dijonnais sont attachés. Très attendue, la réalisation portée par un promoteur privé s'inscrit dans la politique d'attractivité commerciale, économique et touristique de la ville et de valorisation patrimoniale du centre historique de Dijon, en lien avec le classement Unesco. Et les enseignes commencent déjà à se faire connaître pour intégrer ce projet ».

DLH : Faut-il s'attendre à de prochaines bonnes nouvelles quant à l'implantation de nouveaux commerces ?

N. B : « Il y a Burger King qui a commencé ses travaux rue de la Liberté dans un espace qui n'est pas forcément facile à aménager. Les locaux sont sur quatre niveaux avec un loyer important. Burger King occupera le rez de chaussée et le 1er étage. Le second étage verra s'installer une société de gestion immobilière, Oralia Sicov. Burger King respectera évidemment les contraintes liées au secteur sauvegardé et embauchera quand même 60 personnes. C'est une aubaine pour les demandeurs d'emploi et les étudiants qui ont perdu leur job durant la pandémie ».

DLH : Burger King, c'est bon... pour l'image de Dijon ?

N. B : « Ce n'est pas Burger King qui va faire l'image de Dijon. C'est une entreprise française à capitaux français -on a tendance à l'oublier- qui s'installe avec des partenariats avec des filières agricoles locales que ce soit sur les légumes, la viande, les volailles... Moi, ce que je vois surtout, c'est une importante cellule qui se remplit. Le centre-ville et l'activité commerciale subissent des transformations régulièrement car les modes de consommation évoluent. Burger King, c'est un établissement qui draine du flux qui va bénéficier à tout le monde comme peuvent l'être les Galeries Lafayette, Séphora, H et M, la FNAC... D'autres enseignes sont attendues et des indépendants arrivent comme « Chez mes soeurs » et MuiMa, rue Musette. Nous sommes régulièrement sollicités par des porteurs de projet pour communiquer la liste des locaux disponibles même si nous n'avons pas la main pour l'installation des commerces. Nous facilitons les contacts avec les propriétaires ou les structures qui gèrent ces locaux. Et là, je voudrais saluer le formidable travail que réalise le service commerce dans ces mises en relation ».

DLH : En France, la pandémie de Covid-19 a affecté durement l'ensemble des activités commerciales. Lesquelles auront été le plus durement touchées à Dijon ?

N. B : « Flunch, La Halle, Célio, André... ont fermé. Le prêt à porter a beaucoup souffert. Ce sont essentiellement les grandes enseignes commerciales, les grands groupes qui ont le plus subi la crise sanitaire. La pandémie les a amenés à procéder à des restructurations sur lesquelles les villes n'ont eu aucun impact pas plus que les directeurs motivés qui voulaient se battre pour sauver leur magasin. Les uns et les autres n'ont pas eu voix au chapitre... A la différence du commerçant indépendant qui, lui, se bat pour faire vivre son affaire. Raison pour laquelle on a eu peu de fermetures de commerces de ce type pendant la crise sanitaire. Celles qu'on a constatées étaient souvent liées à différents facteurs et le covid a eu parfois un effet accélérateur. Vous remarquerez que le turn over existait avant le covid... et existera encore après. C'est un constat objectif et on ne minimisera jamais les difficultés et on sera là pour aider au mieux ceux qui ont besoin d'être soutenus.

La restauration et l'hôtellerie ont, elles aussi, été durement impactées. Cependant grâce aux aides de l'Etat, au FREM, le fonds de relance métropolitain, aux exonérations et aux extensions de terrasses peu ou pas d'établissements ont dû fermer leurs portes définitivement. Et cela n'a pas empêché de nouveaux points de restauration de se créer en même temps que des boutiques spécialisées telles que des épiceries mettant en avant les produits locaux, la déco ou les accessoires de cuisine...

Et je voudrais aussi insister sur tous ces commerces indépendants qui ont su résister en s'adaptant avec la vente en ligne, les services livraison, le click & collect... Ils se sont battus. Ils ont innové, ont fait preuve de réactivité, de souplesse, d'imagination, et nous les avons accompagnés financièrement ».

DLH : Quelles ont été selon vous les mesures les plus efficaces que vous avez prises pour atténuer l'impact de cette crise sanitaire sur les commerces ?

N. B : « Le fonds de relance économique métropolitain a été un véritable bouclier. Il a été initié en concertation avec les partenaires économiques du territoire -CCI, CMA, MEDEF, CPME, Fédération des commerçants dijonnais, ordre des experts comptables- mobilisés aux cotés de la collectivité pour trouver des solutions afin d'assurer la survie des plus petites structures et créer les conditions d'une reprise durable. Le dispositif a été organisé avec le soutien de la Région, en complémentarité et en articulation avec les actions économiques déjà engagées, notamment par la Région dans le cadre du Pacte régional pour les territoires ».

DLH : Concrètement, en chiffres, ça a donné quoi ?

N. B : « Au total, 3 572 380 € si on tient compte des avances remboursables. Mais 2 535 000 € d'aides directes ont été attribuées dont 1 936 500 € pour les entreprises dijonnaises. Les aides directes du FREM ont concerné 894 emplois dont 94 % sont issus de TPE de moins de 10 salariés. Bien évidemment, les secteurs professionnels fermés administrativement sont majoritairement représentés. Cela a concerné 136 établissements du secteur des Cafés Hôtels Restaurants.
Pendant la crise, et au plus fort de cette dernière, nous avons répondu présent et nous avons été aux côtés des entreprises. Si on espère tous la fin de cette crise, ses conséquences en matière d'emploi sont à craindre. Nous avons été unis autour de l'activité économique et nous devrons l'être également sur l'emploi pour absorber le choc issu de cette crise sanitaire. J'invite toutes celles et tous ceux qui recherchent un emploi à se rendre au Village des recruteurs que nous organisons le 30 septembre prochain place de la République. L'UMIH Côte-d'Or proposera, par exemple, 120 emplois à pourvoir immédiatement. Il y aura une diversité d'offres dans différents secteurs. Il est temps de remettre en phase et en face les offres et les demandeurs d'emploi ».

DLH : Quelles seront vos principales prochaines actions pour maintenir l'attractivité du centre-ville ?

N. B : « Nous renouvelons un partenariat important avec Shop in Dijon dans le cadre d'une convention d'objectif et de moyen. Je souhaite que les actions se déploient sur l'ensemble de la ville. Je suis très attachée au commerce de proximité et aux commerces de quartier où les difficultés ne sont pas forcément celles rencontrées sur le centre-ville. Il n'est pas question de les oublier. J'ai été particulièrement sensible à une action de Shop in Dijon avec les commerçants des Grésilles où, pendant toute une journée, des jeux pour enfants ont été installés sur la place Galilée. Cette journée a cartonné ! C'est une première et on renouvellera cette opération tous les ans.

Au programme de nos animations, il y aura « Un dimanche en Bourgogne », un marché dominical mensuel, le premier dimanche du mois, place des Cordeliers, et un « Marché 100 % local », un marché de créateurs tous les troisièmes dimanches du mois, place Notre Dame. Nous travaillons sur les fêtes de fin d'année : marché de noël, illuminations, et d'autres surprises... Ce sera une belle, très belle fin d'année à Dijon ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre

(1) La commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) se prononce sur les demandes d’autorisation de création ou d’extension des commerces dont la surface de vente est supérieure à 1 000 m².

 

Extension des terrasses en chiffres

Une extension de terrasse a été proposée aux restaurateurs du 19 mai au 30 septembre.

124 terrasses ont été reconduites à l'identique de l'été 2020.

84 ont été crées.

Au total, la disposition municipale a concerné 208 établissements.

14 étalages covid ont été accordés : mange-debout avec assises (60 m2) pour les établissements n'ayant pas droit à une terrasse.

Soit un total de 3 376 m2 de terrasses et étalages supplémentaires accordés.

 

Des aides complémentaires

En 2020, la ville de Dijon a exonéré les terrasses sur huit mois, les enseignes, les étalages, les loyers des entreprises présentes dans les locaux de la collectivité, les manèges et les commerçants des marchés sur six mois et la Métropole a également exonéré les loyers des établissements locataires de ses bâtiments, soit près de 898 000 € d'exonérations.

En 2021, la ville a poursuivi son soutien financier en direction du secteur Cafés Hôtels Restaurants avec notamment la gratuité des extensions de terrasses.