« Vercingétorix, c’est comme Poulidor : dans notre cœur, c’est le vainqueur »

On connaissait le préfacier de catalogues d'expositions, on va désormais découvrir l'auteur de fiction. François Nédellec présente, en cette rentrée littéraire, un ouvrage original qui s'appuie sur une rencontre peu banale... Vercingétorix, avec lequel l'auteur et le lecteur vont faire une belle balade avec beaucoup de chemins de traverse pour étayer le plaisir de la discussion.

François Nedellec a passé sa vie dans les musées (1). Rien d'anormal donc -ou presque- à ce qu'il y fasse la rencontre du plus célèbre des Gaulois après Astérix et Obélix. Et le résultat ne manque pas de panache. Et on s'y rallie vite d'ailleurs... « Vercingétorix et la petite fabrique du patrimoine », c'est une bien curieuse épopée, un récit allégorique avec une morale inventée même si les « pièces à conviction » sont des faits réels, une navigation à vue et bien désordonnée dans le monde des idées où le chef de la tribu des Arvernes est omniprésent dans les méandres du patrimoine. Une balade qui n'est pas répertoriée dans nos chemins de randonnée mais qui pose un regard spécifique et originale sur le concept de patrimoine qui s'ouvre à nous grâce, en quelque sorte, à la clé d'ivoire que l'auteur garde toujours précieusement au fond de sa poche.

« Par nature, le patrimoine apparaît toujours comme une chose en décalage avec le temps présent même si ce décalage est infime. A ce titre, il ne peut être et avoir été. Il acquiert un statut déjà ancien dès que le mot est prononcé. Il apparaît comme la présence d'un temps passé et souvent révolu. Quand il est reconnu, le patrimoine fonctionne comme une relique, au sens latin du terme. Il relie au passé avec les fantasmes qui le gèrent » explique doctement François Nedellec qui reconnaît que s'il était le maire d'une commune qui borde la Nationale 6, son choix serait vite fait entre un bureau de poste du XVIIIe siècle comme il y en a beaucoup et une station service des années 50 à l'abandon. C'est cette dernière qu'il sauvegarderait sans la moindre hésitation. « Je ferais donc un choix. Ce n'est pas l'objet qui fait le patrimoine mais l'angle sous lequel on le regarde. Ce qui n'est plus forcément le cas aujourd'hui où on préfère mettre sous perfusion tout et n'importe quoi... ». Et pan ! Une flèche qui aurait bien plu au chef gaulois.

On l'a bien compris, Vercingétorix, est un prétexte sympathique car comme le dit l'auteur : « Il passe du box office au box des accusés. Le mythe marche encore ». Vercingétorix, c'est le guide d'une balade qui commence en bon élève, dans les sociétés savantes, les mouvements utopiste et romantique... qui se poursuit sur une réflexion sur le concept de patrimoine, passe par les musées et s'achève tout naturellement à l'auberge du Cheval blanc, à Alise-Sainte-Reine, pas loin du siège de la célèbre bataille, pour siroter un petit vin blanc d'Alésia, connu des seuls amateurs, qui possède la rigueur et la vie des fantassins gaulois et déguster une terrine d'alouettes.

François Nedellec aime explorer nos mémoires. Et avec « Vercingétorix et la petite fabrique du patrimoine », il donne libre cours à son sens aigu de la formule et sa forme d'humour bien particulière qui fait parfois sourire un peu jaune.

Dernière chose : Vercingétorix a lu le bouquin et l'a trouvé plutôt sympa.

Jean-Louis Pierre

En vente chez Gibert, à Dijon.

(1) François Nédellec a commencé sa carrière comme conservateur adjoint à Metz puis comme conservateur à Lille, Cannes, avant de rejoindre le Département de la Côte et la Région Bourgogne avant de terminer au musée Buffon de Montbard.

Vercingétorix et la petite fabrique du patrimoine. 17 €. En vente chez Gibert, à Dijon.