Pierre Pribetich : « Faire ville, c’est faire société »

Pierre Pribetich, 1er vice-président de Dijon Métropole, adjoint au maire de Dijon en charge des questions d'urbanisme, analyse cette rentrée dont on dit qu'elle pourrait être socialement compliquée. L'occasion aussi de revenir sur les dernières élections régionales et départementales, d'évoquer le Parti socialiste, la Présidentielle et les législatives qui suivront. Sans oublier l'urbanisme... Et agir dans ce domaine pour l'homme de gauche qu'il est, « c’est faire en sorte que chacun ait un toit sur la tête et combattre le mal-logement ».

Dijon l'Hebdo : Cette rentrée, vous la sentez comment ?

Pierre Pribetich : « Il est clair que nos concitoyens vont se heurter à des difficultés. Nous ne sommes toujours pas sortis de cette crise sanitaire que nous subissons depuis mars 2020 et qui conduit à des situations de stress et de divisions. L'entrée en vigueur du pass sanitaire s'est heurtée à des incompréhensions qui risquent de générer des tensions sociales et politiques. Il y a aussi d'autres effets de la pandémie sur l'économie : on note une raréfaction d'un certain nombre de matières premières qui pèse dans de nombreux secteurs d'activités et cela pourrait aussi avoir des répercussions sur l'emploi ».

DLH : Vous n'êtes donc pas très optimiste ?

P. P : « Nous vivons une période compliquée. 18 mois après le début de cette crise sanitaire, la situation du pays et des Français, notamment les plus fragiles d’entre eux, est plus qu’inquiétante, que ce soit en milieu urbain, périurbain ou rural : la précarité s’aggrave, les inégalités sociales se creusent, les indicateurs sociaux s’affolent, les structures notamment associatives d’aide alimentaire sont prises d’assaut… »

DLH : Et pourtant la cote de popularité d'Emmanuel Macron augmente. Comment l'expliquez-vous ?

P. P : « Il est indéniable que le choix de la fermeté convient à une partie de la population. Après, cette fermeté engendre aussi de l'impopularité et de l'animosité de la part de ceux qui considèrent qu'Emmanuel Macron ne cesse de diviser les Français et fracturer la société. Et là, je pense sincèrement que c'est une véritable source d'inquiétude ».

DLH : Cette rentrée marque aussi les débuts véritables de l'élection présidentielle. Les socialistes sont-ils capables de se mettre en ordre de marche d'ici au 10 avril, date du premier tour ?

P. P : « Oui, ils le sont à condition de désigner le candidat ou la candidate autour d'un projet capable de fédérer toutes les sensibilités de notre parti. Un projet qui prendra en compte non seulement cette vision social-démocrate que nous avons de la société mais aussi l'écologie avec une approche réaliste, sans tomber dans des extrémités qui la condamnent à terme à être qualifiée de punitive ».

DLH : Au PS, les regards se tournent vers Anne Hidalgo. Est-ce la meilleure candidature ?

P. P : « La meilleure candidature, ce sera celle désignée par les militants. Une candidature ne doit pas être imposée. Je fais référence à celle de Benoît Hamon, vainqueur d'une primaire élargie à des publics et des électorats n'appartenant pas à la sphère social-démocrate. Et on a vu le résultat... ».

DLH : Est-ce le rôle d'Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, que d'apporter un soutien exclusif à Anne Hidalgo ?

P. P : « C'est une manœuvre tactique du Premier secrétaire actuel qui ne le grandit pas. C'est la confusion entre la désignation d'une candidature pour l'élection suprême de nos institutions et la prolongation de sa responsabilité au sein du Parti socialiste. Cela ne s'inscrit surtout pas dans notre tradition qui veut que l'on discute du programme et du projet avec les militants. Je ne suis pas sûr que ce mélange des genres profite à Anne Hidalgo si elle venait à être désignée ».

DLH : Pas question donc d'abandonner le système des primaires ?

P. P : « Evidemment non. Je le répète : ce que nous souhaitons ardemment, c'est la désignation d'un candidat ou d'une candidate par les militants. Je n 'aime pas le mot « primaire » avec son côté connoté. Je préfère parler d'une désignation interne du Parti socialiste permettant d'avoir une candidature social-démocrate et social-écologiste à la Présidentielle ».

DLH : Et la candidature d'Arnaud Montebourg, l'ancien ministre et député PS, qui était pourtant censé avoir quitté la scène politique en 2017 pour se consacrer à la production de miel ?

P. P : « Arnaud Montebourg, que nous connaissons bien ici en Bourgogne – Franche-Comté, souhaite être candidat en dehors de son ancien parti. Il porte une vision politique de la société. L'avenir dira quelle sera la suite de cette candidature, à gauche certes, mais sur de nouveaux champs qui s'adressent à des électorats différents de ceux du Parti socialiste ».

DLH : Un retour de François Hollande serait-il envisageable ?

P. P : « Seule une situation exceptionnelle pourrait amener une partie de la population à souhaiter le retour d'un ancien Président de gauche aux responsabilités ».

DLH : Qu'est-ce que vous attendez du congrès du Parti socialiste qui se tiendra les 18 et 19 septembre à Villeurbanne ?

P. P : « Le congrès est le moment le plus important de la vie d’un parti quel qu’il soit. C’est un moment d’échanges et de confrontations d’idées entre les militants, dans les sections, dans les fédérations et à travers tout le pays. C’est LE moment de la discussion, de l’échange, du dialogue, voire même parfois de débats houleux, et d’engueulades entre nous ! Qui plus est alors que nous entrons dans la séquence la plus essentielle de la vie démocratique française : celle de l’élection du Président de la République au suffrage universel. Aussi ne faut-il être surpris que parfois le ton monte entre nous. J’ai toujours considéré que c’est ce qui faisait la vivacité de notre réflexion et du projet que nous avons à proposer ensuite aux Français. C’est le principe même de notre congrès depuis plus de 100 ans puisqu’au Parti Socialiste, des courants et des sensibilités se sont exprimés de tous temps. Nous partageons des valeurs et des principes qui nous fédèrent, mais tenons à ce que chacun puisse exprimer son point de vue au travers du débat d’idées qui enrichit nécessairement la réflexion initiale. C’est une méthode de travail, une exigence même, à laquelle nous n’avons jamais renoncé.

Quand on est socialiste, notre héritage, c’est avant tout la démocratie au sein de laquelle, je le rappelle, la souveraineté appartient au peuple. Et cette démocratie nous nous la devons à nous-même. C’est pourquoi depuis des mois je défends l’idée selon laquelle au-delà de la seule désignation de notre premier secrétaire, le premier d’entre les socialistes, nous devons débattre et désigner la candidature de celui ou celle qui représentera notre parti, notre histoire, notre combat, nos valeurs, et un projet pour la France à l’élection Présidentielle. Comme nous l’avons toujours fait jusqu’à maintenant, les militants, et eux seuls, doivent décider de celui ou celle qui les représentera dans 7 mois face à la droite et à l’extrême-droite ».

DLH : Après la présidentielle, les législatives qui se dérouleront les 12 et 19 juin 2022. Votre nom revient régulièrement quand on évoque la 3e circonscription de Côte-d'Or. Avez-vous l'intention d'être candidat ?

P. P : « J'habite Dijon dans la partie concernée par la 3e circonscription. Je suis militant du Parti socialiste depuis 1986, toujours fidèle et loyal à mes valeurs de gauche et à mes engagements, sans jamais avoir cherché à renier ou à cacher quoique ce soit ce pour quoi je m’étais engagé, mes valeurs de gauche. Une gauche ouverte, tolérante, humaniste, universaliste, laïque. J’ai été élevé par des parents communistes, et une grand-mère membre de la SFIO. Ils m’ont tous, à leur manière, transmis le sens du partage et de la lutte pour une société plus égalitaire. Aussi, comme à chaque fois que nos valeurs et nos couleurs sont engagées, je les défendrai et les porterai à Dijon et en Côte-d’Or. Au plan national, j’assumerai en tant que membre du Bureau national la mission que l’on souhaitera me confier, toujours dans le même esprit.

Faire gagner la gauche et porter son projet est ce qui m’anime et je dois le dire ce qui rythme ma vie depuis 35 ans. D’un point de vue plus personnel, je constate malgré tous les efforts que nous réalisons à Dijon depuis 20 ans, que c’est au plus haut niveau national que l’on peut changer aussi les choses.

En effet, c’est le Parlement qui fait les lois, et qui détient le pouvoir de changer fondamentalement la vie des gens, au-delà de ce que nous pouvons faire ici pour le quotidien des habitants. C’est pourquoi je m’interroge quant à l’idée de devenir parlementaire, pour porter au plus haut niveau national la défense de notre territoire, celui de Dijon, de l'ensemble des communes de notre département et des besoins de ses habitants, alliée à mon désir de changement, pour plus de démocratie, pour plus de justice et pour plus de social-écologie ».

DLH : Les résultats des dernières régionales sont plutôt encourageants pour votre parti ? C'est aussi une source de motivation ?

P. P : « Oui, c'est une source de motivation et nous devons oeuvrer pour le rassemblement de la gauche. Politiquement, les résultats des dernières élections départementales et régionales permettent d’observer que le modèle du « en même temps » ou « ni de droite ni de gauche » d’Emmanuel Macron et des colistiers de LREM ne fonctionne pas. La politique, c’est choisir une orientation selon ses valeurs, faire des choix et les assumer !

Je suis aussi très intéressé par les débats chez nos amis écologistes en tant que défenseur de la social-écologie. Comme chez nous, les débats sont parfois mouvementés. C’est le signe d’une démocratie vivante. Je valide leur processus de désignation qui est sain et qui est fondé sur le choix des militants. Je regrette toutefois que nous ne soyons pas encore en capacité de désigner un candidat unique pour la gauche. En effet, entre celui ou celle qui, je l’espère, sera désigné par les militants socialistes, M. Roussel pour le Parti communiste, Mmes Batho et Rousseau, MM. Jadot, Piolle et Governatori pour les écologistes, celui ou celle qui sera éventuellement désigné par le Parti radical de gauche, je pense qu’il y en a malheureusement 3 ou 4 de trop ».

DLH : Pour vous, la gauche doit être plurielle ?

P. P : « Les plus grandes avancées sociales ont été obtenues lorsque la gauche était rassemblée et plurielle. En 1981, avec Pierre Mauroy, la cinquième semaine de congés payés, l’augmentation du SMIC, des allocations familiales et de logement, l’ISF... Puis, en 1995, avec Lionel Jospin, la création des emplois jeunes, le partage du temps de travail, la CMU, le délai de l’IVG porté à 12 semaines... Tant de conquêtes sociales. C’est ce modèle de la gauche que je défends, celui d’une « gauche de combat » et non une « gauche de l'incantation » face à la droite, la droite extrême et l’extrême-droite pour améliorer, et si possible, changer la vie des gens. Particulièrement dans le contexte actuel de crise économique et sociale, je porte ces valeurs concernant cette gauche dite plurielle. Les dernières élections régionales en sont la preuve vivante : avec un rassemblement de la gauche et une ligne claire, nous l’avons emporté en Bourgogne Franche-Comté, comme ailleurs en France et je pense notamment à l'Occitanie ».

DLH : Et les départementales en Côte-d'Or ?

P. P : « Sur Dijon, grâce aux actions des différentes équipes de François Rebsamen, nous avons remporté cinq cantons sur six. La droite a gagné là où elle s'est alliée avec l'extrême-droite ».

DLH : Ces dernières élections régionales ont confirmé cette forte tendance à l'abstention. Qu'est-ce qui pourrait motiver les électeurs à retrouver le chemin des urnes ?

P. P : « C'est en effet très préoccupant pour tous les démocrates et notamment pour les responsables politiques. Cessons les discours incantatoires, flatteurs pour les égos des uns et des autres, et apportons des réponses concrètes aux problèmes que rencontrent les Français. Il n'y a plus suffisamment de proximité avec eux. On le voit bien dans les élections municipales : nos concitoyens veulent des élus qui comprennent les préoccupations des administrés et à même de changer leurs vies ».

DLH : Avant l'été, le Premier ministre Jean Castex a demandé à François Rebsamen, maire de Dijon, de présider une commission chargée d’identifier les obstacles à la délivrance par les collectivités de permis de construire. Une mission qui s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme intitulé « Habiter la France de demain. Comment avez-vous perçu cette nomination ?

P. P : « On peut considérer que c'est une belle reconnaissance du travail effectué à Dijon pour offrir une ville agréable à vivre et une vie décente à chaque habitant dans le respect de nos engagements pour la justice sociale et pour la transition écologique. En France, le droit au logement est un droit constitutionnel, qui découle des alinéas 10 et 11 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946. Le droit au logement est reconnu comme un droit social depuis 1946. Au niveau international, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 reconnaît dans son article 25-1 que le droit au logement fait partie des droits sociaux : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ». C’est pourquoi nous construisons, pourquoi nous bâtissons. Nous construisons, nous bâtissons parce que faire ville, c’est faire société.

A Dijon comme dans toute la métropole avec nos collègues maires et élus, grâce à l'action de François Rebsamen et de l'ensemble de ses équipes, notre politique est un véritable choix, elle ne sert qu’un but : faire en sorte que la ville soit aussi douce à vivre pour tous les Dijonnais, les Longviciens, les Cheneveliers, les Quétignois, les Ougeois, et tous les autres habitants de la métropole, où qu'ils résident, quel que soit leur ville ou leur quartier de résidence, leur origine, leur âge… Cela passe par de nouveaux objectifs : le refus de quartiers ghettos et donc l'acceptation de la mixité sociale en matière de logement, associé à un projet global social et écologique pour ne laisser personne sur le bord de la route ».

DLH : Vous êtes en charge des questions d’urbanisme en tant qu’adjoint dans l’équipe de François Rebsamen depuis 2001. C’est un secteur parfois sensible qui vous amène, on l'a vu tout récemment avec les jardins de l’engrenage et le projet Garden state, à faire face à différentes contestations et polémiques...

P. P : « Faire de la politique, c’est faire des choix et les assumer. Agir dans le domaine de l’urbanisme, pour un homme de gauche, c’est faire en sorte que chacun ait un toit sur la tête et combattre le mal-logement fait pleinement partie de notre action pour la transition écologique qui doit se réaliser à tous les niveaux. C’est notre ligne de conduite avec le Maire-Président François Rebsamen et toute son équipe. A notre arrivée en 2001, nous avons pris les rênes d’une ville endormie, aux nombreux atouts sur lesquels nous avons souhaité agir avec force et détermination, un à un, pour que Dijon s’éveille !

Avec les Dijonnaises et Dijonnais, et tous les acteurs du territoire, et grâce à leur confiance, nous avons réussi notre pari même si nous avons encore à faire. Il n’en reste pas moins que Dijon et notre métropole sont aujourd’hui reconnues comme un territoire attractif, où nous souhaitons continuer à développer la solidarité, l’éducation, la culture, la pratique sportive et les loisirs pour qu’elle continue de rester agréable à vivre ».

DLH : Même si on vous reproche de « bâtir pour bâtir » ?

P. P : « Notre objectif n’est pas, et n’a jamais été, de bâtir pour bâtir. Nous voulons et nous pouvons ainsi améliorer les conditions de vie de chaque habitant, accueillir de nouvelles populations, offrir des logements adaptés à chaque âge de la vie, mais offrir aussi un toit à ceux qui n’en ont pas.

Je rappelle souvent que 4 millions de personnes – soit 6 % de la population – sont mal logées en France, selon le rapport 2021 de la Fondation Abbé Pierre. Quand on est de gauche, on ne peut pas rester indifférent à ces chiffres terribles, et se satisfaire de son petit confort personnel sans faire en sorte en tant qu’élu que des solutions concrètes soient apportées pour combattre cette inégalité. Cela fait partie de mes fondamentaux mais sans que cela nous ait empêché d’engager avec François Rebsamen, dans ce domaine comme à tous les niveaux, une véritable politique de transition écologique, accessible à tous, pour répondre aux défis d’aujourd’hui : développer les pistes cyclables sur notre territoire et les mobilités respectueuses de l’environnement, créer une légumerie et favoriser les circuits courts et biologiques pour la restauration scolaire et nos enfants, lutter contre le gaspillage et les passoires énergétiques (notamment dans le domaine du logement) et préserver les ressources comme la biodiversité, etc... Ce n’est pas incompatible, loin de là puisque l’écologie ne se résume pas au fait de planter un arbre, la transition écologique doit être globale, telle que nous l’enseigne les plus jeunes qui n’arrêtent pas leur engagement pour la planète à un seul domaine ». 

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre

Photo : Jonas Jacquel