Musée Magnin : samouraïs et dragons pour compagnons

Rêves en porcelaine, pandemonium de dragons… Jusqu’au 27 juin (une prolongation est envisagée), le Musée Magnin propose une échappée à la Pierre Loti ou à la manière d’Agatha Christie : embarquement immédiat à bord du Venice Simplon-Orient-Express, l'un des trains les plus anciens et prestigieux au monde. Au rez-de-chaussée, le visiteur séjournera dans la Chine des Empereurs. Enfin, fleur sur le cerisier, les amateurs d’art se verront offrir une escale dans le Japon des années 1860 - 1930 et une plongée dans le monde artistique de l’Europe des 18ème, 19ème et 20ème siècles piégé par un Extrême-Orient et donc sous influence… Raffinement, luxe et beauté garantis !

Même si leur intérêt pour les univers artistiques chinois ou nippon fut assez superficiel, les Magnin cédèrent quelque peu à l’engouement qui saisit toute l’Europe du XIXe siècle. D’où les objets, mobilier, vaisselle, tableaux et documents d’archives qui leur ont appartenu et se trouvent réunis aujourd’hui pour cette exposition enrichie par différents prêts ou des documents provenant de la Bibliothèque Municipale, du Musée des Beaux-Arts de Dijon ou du Musée Guimet.

Suzanne et Maurice Magnin, à l’instar de leurs contemporains ont fait l’acquisition de céramiques, de porcelaines diffusées par les compagnies commerciales qui les importaient depuis les comptoirs répartis dans tout l’Extrême-Orient. Le visiteur ne manquera pas d’apprécier la beauté d’un grand bassin polychrome probablement exécuté en Chine vers 1870. C’est une pièce typique inspirée des porcelaines réalisées sous la dynastie des Qing (1644-1911). Les couleurs associées aux poissons qui en tapissent le fond avaient valeur de talisman et protégeaient des mauvais esprits. Voire - pourquoi pas - du Covid !

Le 19ème occidental, fortuné, s’était littéralement entiché de secrétaires, de paravents, d’armoires en amarante et panneaux laqués. Par le jeu d’achats ou d’héritages, les Magnin –l’exposition en témoigne- en ont été les heureux possesseurs. Parmi les pièces les plus notoires, il faut absolument s’attarder devant une sculpture en bronze d’exception : un lion –alias un chien de Fô– qui passait pour être symbole de l’énergie ying… Au-dessus de ce magnifique représentant du bestiaire mythologique, on se prendra d’intérêt pour une divinité chinoise et un guerrier. L’attrait de cette exposition –petite par la taille mais propice à mille et un éveils de l’esprit-, c’est de traiter également de l’influence des arts chinois et japonais qui ont fait sauter les verrous –le trait n’est pas trop fort– de la peinture européenne, de l’ameublement ou de la littérature des occidentaux d’alors. Il n’est pas exagéré de parler de « triomphalisme japonais » dans le fameux tableau de James Tissot prêté pour la circonstance par le Musée des Beaux-Arts de Dijon. La présence d’un masque du Théâtre No acquis par les Magnin fascinera tout amateur ou non de manga, tout lecteur de l’œuvre de Théophile Gauthier et de Pierre Loti.

Minute papillon, n’omettez pas de fredonner un des airs de Madame Butterfly à la sortie !

Marie-France Poirier

 

Musée Magnin. Hôtel Lantin
4 rue des Bons Enfants. 21000 Dijon
03 80 67 11 10
Courriel : 
contact.magnin@culture.gouv.fr
Renseignements, visites-conférences, ateliers : 03 80 67 11 10

Il convient de se renseigner au Musée pour s’inscrire à des visites commentées programmées dès le 27 juillet.