La « cuvée du redressement » : Benjamin Noirot déguste, pour nous, la saison

Après une entrée en matière difficile en Nationale, véritable antichambre de la Pro D2, et des résultats délicats, le Stade dijonnais a su redresser la tête pour finir en beauté. Faisant même à nouveau de Bourillot un terroir imprenable… Si bien que les Rouges et Bleus ont réussi à sortir de la zone rouge et à se hisser à la 11e place avec 41 points. A l’heure de dresser le bilan, nous avons proposé à Benjamin Noirot, conseiller du président, une interview digne d’une troisième mi-temps… bien méritée ! Ce grand connaisseur du monde de Bacchus s’est prêté au jeu de nos questions rugbystico-vineuses, Bourgogne oblige. Ses réponses sont à consommer sans modération… Mais avant nous vous proposons une mise en bouche sur la « cuvée du redressement ».

Arnaud Montebourg ne nous en voudra pas de reprendre son expression sur « la cuvée du redressement » et de l’appliquer au terrain vert des stadistes dijonnais, lui qui, désormais, évolue dans le monde bio des abeilles. Souvenez-vous, avant qu’il ne fasse son miel des sentinelles de l’environnement, alors ministre de l’Economie, Il avait proposé à François Hollande une « cuvée du redressement » lors de la Fête de la Rose à Frangy de 2014. Cela n’avait pas été du goût ni du Président socialiste ni du Premier ministre de l’époque, Manuel Valls (c’était avant que celui-ci ne tente l’aventure de l’Auberge espagnole à Barcelone) puisque les deux l’avaient (ex)filtré du gouvernement.
On touche du bois (ce n’est malheureusement pas encore le bouclier de Brennus – pour cela il faudra patienter encore quelques années) en espérant que les supporters des rouges et bleus apprécient, quant à eux, cette fois-ci l’utilisation de cette expression. Il faut dire qu’elle illustre parfaitement la première saison de leur équipe préférée en Nationale. Et nous n’écrivons pas cela uniquement parce que nous sommes en Bourgogne.

Après un début de saison on ne peut plus compliqué, où l’apprentissage de ce championnat s’est fait dans la douleur, les poussant à la cave du classement, le club présidé par Philippe Verney a su relever la tête. Et il a même eu à cœur de la sortir de l’eau alors que, situation covidienne oblige, aucune relégation n’était à craindre. Les joueurs, qui n’entendaient pas bénéficier d’un maintien immérité, ont prouvé qu’ils pouvaient se l’offrir sur le terrain. Pas administrativement mais ballon en main… Et c’est ce qu’ils ont fait en réussissant une superbe fin de saison. Les Dijonnais ont même redonné au stade Bourillot des allures de citadelle imprenable, avec une belle série de victoires à domicile. Suresne (35-18), Blagnac (39-15), Tarbes (17-12) et Massy (37-35) en ont fait les frais. La Der à Bourillot, le 8 mai dernier, fut une belle apogée, avec un succès arraché dans les derniers instants face à l’ex-pensionnaire de Pro-D2, Massy, d’un gabarit encore taillé pour l’étage supérieur.

Bouquet final

Si le public avait pu être là, il aurait dégusté, dans la ferveur, l’aboutissement en terre promise du talonneur Lucas Marijon, poussé par ses camarades qui ont puisé, jusqu’au bout, dans leur réserve. L’une des images qui restera de ce cru 2020-2021, illustrant parfaitement les progrès d’un collectif qui a appris à se souder dans l’effort et à se dépasser. Un véritable bouquet final ! C’est ce jour-là que les Dijonnais ont réellement montré de la plus belle des manières que leur place en Nationale n’était pas usurpée, même si, lors de la journée précédente, la victoire à l’extérieur, à Chambéry (20-26), augurait déjà du meilleur…

Aussi le dernier déplacement face à Nice (l’équipe qui a terminé première du championnat) ne pouvait-il être que du plus… et leur défaite (31-24), avec le bonus défensif, n’est pas venue inverser la tendance. Bien au contraire : les Stadistes ont achevé leur saison la tête haute, réussissant même parfois à bousculer le géant niçois. Le géant qui a eu, rappelons-le, les honneurs de la chaîne L’Equipe 21 ce dimanche pour sa demi-finale d’accession en Pro D2 face à Narbonne.

Même si son humilité l’empêche de le reconnaître et s’il place toujours la notion de groupe avant tout, l’arrivée de Benjamin Noirot, conseiller du président, est évidemment pour beaucoup dans le nouveau visage des Stadistes. L’ancien talonneur, qui souleva deux fois le Brennus avec le RC Toulon et Biarritz et qui atteignit aussi le toit de l’Europe, a su transmettre à ses hommes sa rigueur, son exigence, sa confiance… Et ce « plaisir du combat » qui était sa marque de fabrique lorsqu’il rivalisait, tout de même, dans la mêlée avec la « Bûche » toulousaine, que tous les amoureux de l’Ovalie ont reconnu (William Servat pour ne pas le citer). Tel un véritable maître de chai, il a su apporter sa patte sur le millésime 2021 du XV de la Cité des Ducs ! Vivement la saison prochaine pour de nouvelles dégustations… Et vivement que nous puissions parler d’ivresse avec une montée en Pro D2 !

Camille Gablo

Le mach grand cru

« Je pourrais évoquer Blagnac à la maison mais je vais dire Massy. Car, dans tous les contenus, on a répondu présent. Il y a eu beaucoup d’essais, un état d’esprit fort, une très bonne conquête. Gagner face une écurie qui était, il a quelques temps, en Pro D2, est toujours agréable. Surtout avec le final que nous avons connu et la victoire dans les derniers instants. Tous les ingrédients étaient réunis pour une belle performance et faire de ce match un grand cru ! »

Le match le plus généreux

« Je dirais celui face à Nice où j’ai trouvé les joueurs particulièrement généreux. Et c’était face à l’équipe qui a terminé première du championnat. Tous les joueurs étaient investis. L’été d’esprit était très fort. Ils se sont battus jusqu’à la fin et nous aurions même pu rapporter plus de points avec un peu plus de discipline ».

Le match bouchonné

« Bourgoin à la maison. Nous étions absents dans le combat, sur les bases. L’agressivité, la communication n’ont pas été au rendez-vous. On a souffert devant alors que l’on a montré, après, qu’en cultivant un meilleur état d’esprit on pouvait rivaliser. Ce fut un match très frustrant et il y avait beaucoup de déception ».

L’adversaire le plus âpre

« Je dirais que c’était nous. Je suis très focus sur nous, sur notre équipe, beaucoup plus que sur les adversaires. C’est important, chaque week-end, d’avoir cette faculté de se remettre en question, de retravailler, peaufiner les lancements de jeu, garder de l’humilité après un match où on était épanoui, recréer encore plus de combativité après une défaite. Face à nous, dans l’ensemble, c’était des équipes à peu près équivalentes… »

L’action la plus étoffée

« Depuis quelques temps, on marque beaucoup d’essais. C’est construit. On crée des décalages, on arrive bien à transmettre des ballons sur les ailes pour aller marquer… C’est un tout, mais si je devais ne retenir qu’une seule action de classe, je me souviens d’un essai, tout à la fin du match à Chambéry, où l’on remonte le ballon sur 60 m ».

Le cru 2020-2021

« C’est un cru où il y a eu de la découverte, du questionnement. Lorsque l’on a réussi à développer notre identité, mettre en place notre jeu, nos bases, nos valeurs, nous nous sommes rendus compte que nous pouvions exister. Tout cela s’est fait aussi avec des résultats. Nous n’avons jamais galvaudé un match. Nous sommes toujours restés collés sur les résultats, il n’y a pas eu de grand écart. C’est quand tout a pu être mis en place que nous avons pu avoir cette fin de saison. Notre objectif était de sortir de la zone des relégables et puis de finir comme nous l’avons fait au stade Bourillot. C’est cela qu’il faut conserver en tête pour le début de la saison prochaine ! »

La nouvelle robe

« Pour la robe et le cru de la saison prochaine, nous allons déjà garder tout ce qui allait très bien cette année. Et l’on va densifier tout cela avec plus de qualité et de polyvalence, avec des recrues qui ont d’ores et déjà signé. Dès que notre nez va se mettre dans le prochain championnat, il faudra que cela sente très bon tout de suite ! »

Le maître de chai

« Mon rôle a été de parler de confiance. Je leur ai apporté ma confiance en leur disant qu’ils étaient de très bons joueurs de rugby. Derrière, il était nécessaire de les écouter, de les aiguiller et de leur redonner un cadre. La notion de plaisir se devait aussi d’être permanente. Je leur ai expliqué que le plaisir n’était pas qu’en marquant mais qu’il était aussi dans le combat, sur tous les facteurs de jeu du rugby, dans la conquête… Lorsque tu gagnes de deux points et que tu fais un contest, que tu récupères le ballon en toute fin de match, c’est du plaisir aussi ! »