Gilles Platret : « La sécurité, c’est la première des libertés »

Respect de l'identité des territoires, sécurité, santé, emploi, économie et environnement sont les piliers sur lesquels Gilles Platret mène une campagne sans complexes pour les prochaines élections régionales. Très actif sur le terrain, le maire Les Républicains de Chalon-sur-Saône a composé des listes de rassemblement autour de son parti dont il est le vice-président national, avec le Mouvement des Ecologistes Indépendants fondé par Antoine Waechter, des centristes et Debout la France, parti que préside Nicolas Dupont-Aignan.

Dijon l'Hebdo : Quel bilan tirez-vous de la présidence de Marie-Guite Dufay à la tête de la Région-Bourgogne-Franche-Comté ?

Gilles Platret : « C'est un bilan, hélas, assez sombre. La fusion des deux régions n'a pas été une réussite. C'est le moins qu'on puisse dire. Je pense qu'aujourd'hui peu de Bourguignons et de Francs-Comtois sont en mesure d'exprimer une véritable satisfaction sur le sujet. La région s'est éloignée des citoyens. Notre objectif, c'est de la rapprocher.
Mon grand reproche, c'est que le région n'est plus gouvernée. Elle est administrée. Le directeur général des services est sans doute celui qui a le plus de poids dans cette région car Mme Dufay n'a pas imprimé de direction politique au sens le plus noble qui soit. Et ce n'est pas bon parce que ce n'est pas à l'administration -même si les fonctionnaires sont compétents- de remplacer les élus qui sont devenus en quelque sorte des chefs de service n'assumant pas leurs responsabilités. Mme Dufay ne tient pas la région. On l'a vu à maintes reprises dans la façon, par exemple, dont sont pilotées les assemblées plénières. Elle ne fait pas preuve d'autorité, les débats ne sont pas synthétisés, les dossiers traînent en longueur.

Force est de constater aussi que la région est en train de décrocher. Depuis le début du mandat de Mme Dufay, nous sommes les seuls à perdre des habitants. Nous sommes la seule région française à perdre de l'attractivité touristique. On a aujourd'hui une faiblesse intrinsèque en terme d'offres d'emploi pour les jeunes qui quittent la région. Dès le départ, dans cette nouvelle grande région, on n'a pas réussi à définir les priorités pour éviter la pente du déclin. On a préféré saupoudrer plutôt que de tracer des axes pour savoir où dépenser l'argent, pour déterminer où cela serait le plus favorable au destin du territoire. Il est temps de mettre un terme à ce déclassement national et européen ».

 

DLH : Qu'est-ce qui, dans les grandes lignes de votre programme, est de nature à séduire les électeurs ?

G. P : « Nous proposons aux électeurs de Bourgogne-Franche-Comté 5 grandes priorités qui s'imposent aujourd'hui comme des directions majeures : le respect de l'identité des territoires, la sécurité, la santé en pleine crise épidémique mais pas seulement, l'emploi et l'économie d'une façon générale et l'environnement ».

 

DLH : Qu'est-ce qui vous pousse à mettre l'identité en avant ?

G. P : Précisément parce que la fusion est un échec. Nous ce que nous voulons demain, et je crois que nous sommes les seuls à le proposer en France, c'est une région décentralisée. On considère que BFC ça ne veut rien dire. Et ce n'est pas parce qu'on a un cadre administratif commun depuis 2015 qu'on doit gommer l'identité propre de la Bourgogne d'un côté et de la Franche-Comté de l'autre. Nous voulons que les élus bourguignons et francs-comtois soient en capacité de gérer leurs territoires respectifs. Il y a des enjeux communs mais aussi des spécificités très fortes. Demain, nous ne dirons plus Bourgogne – Franche-Comté mais Bourgogne et Franche-Comté ».

 

DLH : Concrètement, ça veut dire quoi ?

G. P : « Nous poursuivrons le principe des séances plénières pour voter le budget et définir les grands axes de structuration du territoire. Il y aura toujours des réflexions communes à la Bourgogne et à la Franche-Comté mais l'essentiel des dossiers, les demandes d'aides, les soutiens aux entreprises, au monde associatif... sera traité par une commission décentralisée. Une en Bourgogne et une autre en Franche-Comté qui colleront ainsi au plus près du terrain et des habitants. Nous prévoyons d'ouvrir dans chaque département une « Maison de la Région ». Ce sera un espace où les particuliers pourront rencontrer des agents et des élus de la Région. Aujourd'hui, même si elle gère presque 2 milliards d'euros, la Région est absente du paysage. C'est là un déni démocratique terrible. Qui représente la Région aujourd'hui ? Un siège à Dijon... Un siège déserté à Besançon et, en dehors de ça, sur les autres départements, rien ! Notre idée, c'est de trouver un interlocuteur personnalisé quelque soit la demande et abandonner ainsi ces pratiques qui consistent actuellement à remplir un formulaire sur internet et attendre des mois et des mois qu'on veuille bien traiter les questions posées. Notre volonté, c'est d'être au plus près des gens et donner de la personnalisation aux dossiers. Demain, quand une association, un chef d'entreprise, un usager des TER, un parent de lycéen... voudront contacter les services de la Région, ils iront à la « Maison de la région » pour y trouver le bon interlocuteur et des élus qui tiendront permanence. Nous mettrons en place régulièrement, ce qui n'existe pas aujourd'hui, une conférence des départements avec le président de région. J'irai même au-delà avec des réunions annuelles avec les maires des départements. C'est une erreur fondamentale que d'avoir négligé les maires jusqu'à présent ».

 

DLH : En tant qu'élu local, quel regard portez-vous sur la gestion de la crise Covid ?

G. P : « La santé, dans sa globalité, constitue le troisième thème de notre programme. La première urgence, c'est la lutte contre l'épidémie. Je fais le constat que l'Etat a montré sa désorganisation en la matière et la Région n'aura été qu'un supplétif très mou. Je préconise une accélération pour permettre à nos concitoyens une vie normale le plus rapidement possible.

Cela passe par l'achat très rapide de purificateurs d'air pour tous les lycées de Bourgogne et de Franche-Comté. Laurent Wauquiez l'a déjà fait en Rhône-Alpes et ça fonctionne. L'idée sera de proposer aux communes une aide financière pour faire la même chose pour leurs écoles maternelles et primaires. Et pourquoi pas les départements pour les collèges ? Il faudra aussi « armer » de nouveaux lits de réanimation ».

 

DLH : Sur ce point, l'acquisition de matériel n'est pas le plus compliqué. Ce qui pose problème, semble-t-il, c'est la formation des personnels autour des patients placés en réanimation ? Dès lors comment faire ?

G. P : « La région est en capacité de financer des formations. Cela fait partie de ses compétences. Si demain, il y avait un retour épidémique -ce qui n'est pas du tout exclu-, nous ne serions plus sous le couperet du nombre maximum de lits de réanimation à ne pas dépasser.

En matière de santé, il y a d'autres thèmes qui nous tiennent à cœur. L'égalité d'accès aux soins, par exemple, qui est menacée par la désertification médicale. Nous avons des tas de secteurs géographiques dans notre région où on ne trouve plus de médecins généralistes et encore moins de spécialistes parfois à des dizaines de kilomètres à la ronde. L'idée, c'est d'abord de retenir ce qui s'est fait de bien dans les départements. Si je prends la Saône-et-Loire, elle a pratiquement réglé son problème de démographie médicale en créant un centre départemental de santé avec des médecins salariés là où il y a carence d'initiatives libérales. Pourquoi ne pas imaginer un essai de régionalisation des bonnes pratiques ? Il existe aujourd'hui des unités mobiles de télé-médecine capables d'intervenir dans les villages les plus reculés avec une infirmière à bord reliée à un médecin qui peut faire une télé-consultation dans les meilleures conditions. Il faut développer ces pratiques car il n'est plus acceptable que des Bourguignons et des Franc-Comtois perdent des chances de soigner des pathologies en raison de la distance qui les sépare d'un médecin traitant. Et, puisque la loi nous en offre la possibilité, la Région financera des équipements hospitaliers ».

 

DLH : Le vieillissement de la population est une véritable « lame de fond ». En 2020, la Côte-d'Or comptait 150 000 personnes de plus 60 ans, soit 26 % de sa population. Envisagez-vous une politique particulière en direction des seniors ?

G. P : « J'ajouterai que la moyenne d'âge de notre région est plus importante que celle des régions limitrophes. Le défi des années qui viennent, c'est l'accompagnement de la perte d'autonomie pour maintenir le plus longtemps possibles nos aînés chez eux et leur éviter d'aller dans des établissements spécialisés du type EHPAD ».

 

DLH : Très bien, mais là nous sommes sur le terrain du conseil départemental ?

G. P : « C'est vrai sauf que la Région peut aujourd'hui apporter une aide à l'équipement des foyers. On sait bien qu'un ancien qu'on déracine, c'est l'accélération de sa perte d'autonomie. Très concrètement, j'ai commencé à le faire à Chalon-sur-Saône. Il y a des tas de solutions et l'intelligence artificielle nous aide beaucoup. Le maintien à domicile, c'est la meilleure solution financière et humaine. Nous aurons des règlements d'intervention en soutien des départements ».

 

DLH : Il ne se passe quasiment plus une journée en France sans que des policiers soient agressés dans les quartiers que l'on désigne sensibles ? Quelles seraient les solutions les plus efficaces à mettre en place pour lutter contre ces attaques qui, on l'a vu à Rambouillet et Chambéry, peuvent tourner au drame ?

G. P : « Triste coïncidence : au moment où l'attentat terroriste survenait dans le sas non sécurisé du commissariat de Rambouillet, je visitais le poste de police des Grésilles. J'ai constaté avec dépit l'absence de sécurisation du lieu. Il y a énormément de commissariats en France qui ne sont pas protégés au moment où on doit faire face à une nouveauté depuis quelques années : l'armement dans les cités. La triste campagne des tirs de mortiers a débuté l'automne dernier contre le commissariat de Champigny-sur-Marne. Le commissariat a tenu face à ce véritable bombardement parce que Valérie Pécresse avait mis de l'argent pour le rénover. Pécresse va même jusqu'à financer des places de prison et l'Etat a accepté. C'est une honte que l'Etat en soit réduit à ne pas faire son travail. Si nous sommes élus, je proposerai la même chose car ce qui importe à nos concitoyens c'est que les problèmes soient réglés.

On voit bien qu'on a dépassé le manque de respect. C'est l'uniforme qui est pris pour cible et ce sont les symboles de la République qui sont attaqués. Il ne faut pas être naïfs. On ne peut pas continuer aujourd'hui avec une justice qui relâche les malfrats. La loi existe. Il faut que les juges l'appliquent. On peut la durcir à condition que le Conseil constitutionnel ne s'y oppose pas. Ajoutons à cela qu'il manque 20 000 places de prison ».

 

DLH : Qu'est-ce qu'un président de Région peut faire concrètement sur ces questions de sécurité sachant que c'est un domaine qui ne relève pas de la compétence des Régions ?

G. P : « La sécurité, c'est le deuxième grand thème de notre programme. Je déplore l'aveuglement dogmatique de la majorité sortante et de sa présidente sur les enjeux de sécurité. A Chalon-sur-Saône, après l'attentat contre Charlie Hebdo, j'ai doté la police municipale d'armements et équipé la ville de vidéo-protection. Je passe sur les accusations de la gauche, à l'époque, qui qualifiait ma démarche de liberticide. Reconnaissons que cela ne porte atteinte qu'à la liberté du renard dans le poulailler... En 2015, au moment des menaces de Daech, j'ai pris la décision de vidéo-protéger toutes mes écoles. J'ai proposé la même chose au Département pour les collèges : acceptation immédiate. Par contre, j'ai essuyé un refus obstiné de la Région pour les lycées. Face à cette mauvaise foi et ce tabou sécuritaire, j'ai quand même vidéo-protéger les lycées à Chalon mais sans l'aide du conseil régional. Nous créerons un fonds d'intervention d'urgence qui aidera les communes, tant urbaines que rurales, ou les départements qui le souhaitent à s'équiper de vidéo-protection. Tout comme nous les aiderons dans le financement de la formation des polices municipales pour utiliser au mieux leurs nouveaux équipements. Tout comme nous aiderons aussi les socio-professionnels, entreprises, commerces -victimes de vols et de braquages- et les exploitations agricoles. On a tous encore en mémoire cette campagne de mutilation des chevaux ou bien encore des incendies volontaires. La sécurité deviendra une compétence régionale. J'y tiens absolument. Il ne peut pas en être autrement. On aura beau me dire qu'elle n'est pas inscrite dans la loi, comme la santé, je répondrai que toutes les régions qui se respectent l'ont déjà inscrite dans leurs compétences. La violence existe dans la société. Il ne faut pas la nier, il faut la réduire. Pour moi, la sécurité, c'est la première des libertés ».

 

DLH : Sécurité également accrue dans les TER ?

G. P : « Elle le sera également dans les transports. La vidéo-protection n'équipe aujourd'hui que les nouvelles rames. Il va de soi que nous équiperons les anciens rames. Je déplore aussi que les agents de sécurité ferroviaire soient de moins en moins présents. Parfois, le seul agent public dans un train, c'est le conducteur... Ce n'est pas parce que la situation est moins menaçante que dans d'autres régions qu'il faut pour autant abandonner les usagers qui aspirent à voyager tranquillement

 

DLH : Quelle sera votre politique en matière d'économie ?

G. P : « Il y a deux grands enjeux. L'orientation professionnelle abandonnée par la Région qui lui consacre des budgets dérisoires. La majorité socialiste a peur des entreprises. Elle ne veut pas les mettre en capacité de rencontrer les lycéens. Il y a un vivier économique qu'on ne met pas à la disposition des jeunes. Conséquence : on a un taux de chômage des jeunes de 20 % dans notre région avec, parfois, des pics à 26 / 27 % dans certains secteurs.

Autre enjeu, le soutien à un certain nombre de filières : l'industrie, l'agriculture, la viticulture. Si on est élu, on créera un parlement des agriculteurs et des viticulteurs. Je veux que, régulièrement, on réunisse au conseil régional toutes les filières et représentants syndicaux pour faire le point avec eux et leur demander de quoi ils ont besoin.

On doit être en accompagnement de porteurs de projets. Je voudrais qu'on arrive à créer un guichet unique comme l'a fait la région Ile-de-France que préside Valérie Pécresse. Quand une entreprise, qu'elle soit industrielle ou autre, vient prospecter dans le secteur, elle va trouver, aujourd'hui, une multitude d'interlocuteurs. Je plaide pour qu'il n'y en ait plus qu'un seul capable de répondre à toutes les questions et sollicitations.

 

DLH : Ne va-t-on pas dès lors vers la disparition de structures comme les chambres de commerce ?

G. P : « Pas du tout car elles seront forcément associées. La région est chef de file en matière de développement économique. Ca doit être elle qui coordonne l'action de chacun. Les chambres de commerce seront un des interlocuteurs de cette chaîne énorme qui conduira au développement des entreprises locales et à l'arrivée de nouvelles entreprises. L'enjeu, c'est bien de simplifier les démarches administratives. En la matière, il faut être aussi compétitifs que nos voisins qui ont pris beaucoup d'avance. Précision importante : nous instaurerons une préférence régionale dans nos appels d'offres. Il y aura aussi l'instauration de la clause Molière. Je l'ai fait à Chalon. Pour assurer la sécurité de chacun, il faudra qu'on sache parler français sur les chantiers que la Région donnera. Ce sera une manière de lutter contre le travail détaché. Je veux que les impôts des Bourguignons et des Francs-Comtois servent à l'emploi des Bourguignons et des Franc-Comtois ».

 

DLH : Après ce long épisode pandémique, comment voyez-vous évoluer le tourisme dans notre région ?

G. P : « Je vais vous donner un exemple emblématique : la région Ile-de-France bénéficie en temps normal d'une masse exceptionnelle de touristes. Valérie Pécresse, la présidente, veut être en capacité de leur proposer, s'ils disposent de temps libre, un certain nombre de circuits. C'est ainsi que se monte un circuit touristique avec le Grand Est et les Hauts de France sur Charle de Gaulle. Paris, Lille, Colombey-les-deux-Eglises... Elle a pris contact avec la Bourgogne – Franche-Comté pour proposer un circuit oenotouristique au départ de Paris. Elle n'a jamais eu de réponse ! Du coup, elle a conventionné avec le Bordelais... C'est un exemple parmi d'autres ».

 

DLH : Sous quelle forme l'environnement trouve-t-il sa place dans votre programme de campagne ?

G. P : « Pour nous épauler dans la lutte contre le changement climatique en Bourgogne et Franche-Comté, le Mouvement écologiste indépendant et son co-président fondateur Antoine Waechter font alliance avec nous. Plusieurs de nos candidats porteront ainsi ses couleurs. Ce soutien marque le signe qu’un large rassemblement se fait autour de nous, autour de notre projet pour les Bourguignons et les Francs-Comtois. Droite, centre et écologistes indépendants unissent leurs forces pour faire gagner notre Région en juin prochain.

A l’écologie politique, punitive et dogmatique d’Europe Ecologie les Verts, alliés naturels de Mme Dufay, le Mouvement écologiste indépendant oppose une écologie pragmatique et de terrain, s’opposant notamment à l’implantation des éoliennes et soutenant la filière nucléaire. Nous voulons ainsi stopper l'implantation de toute nouvelle éolienne en Bourgogne et Franche-Comté afin de préserver l’identité de nos paysages. Qui plus est nous ne sommes pas une région particulièrement venteuse. Certains projets aujourd'hui dépassent 235 mètres de haut. La ruralité, que nous voulons absolument protéger, n’a pas vocation à faire les frais des implantations anarchiques d’éoliennes. Nous voulons éviter la pollution des paysages.

Notre volonté est également de promouvoir un mix électrique visant l'autonomie de notre région sur la base d’énergies pilotables : nous soutiendrons la filière nucléaire et nous développerons des filières d'énergie renouvelables comme la méthanisation raisonnée. Nous investirons également dans la recherche sur la production décarbonée d'hydrogène. Et parce que nous croyons aux modes de transports respectueux de l’environnement, nous rétablirons certaines liaisons ferroviaires délaissées et développerons le fret ferroviaire et fluvial dont l’empreinte carbone est plus réduite.

Dans le même esprit, nous réorienterons vers les produits locaux l'approvisionnement des cantines de nos lycées afin de soutenir les filières agricoles de Bourgogne et de Franche-Comté et d’assurer la sécurité alimentaire des lycéens. A la fin du prochain mandat, nous nous engageons à ce que 80% des produits consommés dans nos lycées soient produits dans notre région ».

 

DLH : Vous avez fait le choix de vous associer avec Debout la France, le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan, ex-allié de Marine Le Pen, provoquant par la même l'ire de vos partenaires de l'UDI qui ont retiré leurs candidats de votre liste en Côte-d'Or. N'est-ce pas une balle dans le pied que vous vous êtes tirée avec un tel soutien ?

G. P : « La réponse est non, évidemment. J'ai souhaité ardemment cet accord régional qui n'engage pas Les Républicains au niveau national. Il est essentiel de faire l'union dès le départ en rassemblant la droite, le centre et les indépendants autour d'un projet d'alternance après 20 ans de gouvernance socialiste. Il est grand temps de proposer une autre offre politique qui ne soit pas une offre d'extrémistes car ce serait absolument terrible si M. Odoul arrivait aux affaires. Les électeurs de M. Dupont-Aignan ne sont pas des extrémistes. Ce sont des électeurs qui représentent une droite souverainiste dans laquelle je vois une déclinaison du gaullisme. Autant dire que ça ne me gêne absolument pas. Au nom de quoi devrait-on les ostraciser ?

Nous travaillons également et naturellement avec le centre. Nous avons des valeurs humanistes qui nous rapprochent. L'UDI de Côte-d'Or a décidé de jouer cavalier seul mais elle s'inscrit à contre-courant du reste de la région. MM. Sauvadet et Grappin ne sont pas du tout en phase avec Michel Zumkeller, le député de Belfort qui est le référent UDI pour la Bourgogne-Franche-Comté. Ceci dit, nous travaillons aussi avec des centristes en Côte-d'Or, en l'occurrence le Nouveau Centre. On voit bien qu'on opère aujourd'hui en France le rassemblement le plus large à droite et au centre et j'en suis très fier ».

 

DLH : Pour ce qui vous concerne, une alliance avec la macronie est-elle possible ?

G. P : « Non. Notre liste du premier tour sera notre liste du deuxième tour. On est les seuls à pouvoir le dire. Les gouvernements successifs de M. Macron n'ont pas fait de bien à notre pays. Je suis en désaccord avec eux sur la politique migratoire, sur la conduite de la politique sanitaire, sur une grande partie de la politique judiciaire... Je ne vois pas ce qu'ils ont apporté de plus en matière économique. Je ne peux pas le matin, nationalement, en tant que vice-président des Républicains, combattre le gouvernement qui tourne le dos au bon sens et revenir tranquillement en Bourgogne-Franche-Comté en disant « je vais travailler avec les soutiens de M. Macron ». J'aurais le sentiment de me trahir moi-même et donc mes électeurs si je faisais régionalement l'inverse de ce que je dis nationalement. L'offre que nous proposons localement est cohérente avec nos idées. Il n'y aura pas de tripatouillages. Je regrette qu'en certains endroits des membres de notre famille politique aient pu s'y livrer. C'est une erreur fondamentale. C'est une absence totale de clarté dans les convictions. Il n'y aura pas d'accord entre les deux tours, sur un coin de table, sur le dos des électeurs ».

 

DLH : Si vous êtes élu président de Région, quelles seront vos premières décisions marquantes ?

G. P : « Le retour des indemnités des élus au niveau de 2015. Mme Dufay les avaient augmentées et nous avons été le seul groupe au sein de l'assemblée à s'y être opposé. Sur le plan de la fiscalité, je ramènerai le niveau de la taxe sur les cartes grises pour l'ensemble de la région à ce qu'il était en 2015 en Franche-Comté. Ce sont deux erreurs que nous réparerons. Plus globalement, il n'y aura aucune augmentation des impôts durant le mandat ».

 

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre