Enfin ! La vie reprend des couleurs

Ce n’est pas encore le retour du « monde d’avant » où les cafés, bars et restaurants peuvent recouvrer leur activité d’antan. La marche vers le « monde d’après » passe le 19 mai par la réouverture des terrasses… et encore pas n’importe comment. Il faudra attendre les prochaines étapes du déconfinement – les 9 et 30 juin – pour que les professionnels fermés depuis tout de même 7 mois puissent enfin (re)mordre dans la vie à pleines dents !

En guise de mise en bouche, nous ne pouvions que faire appel à François Rabelais. L’écrivain humaniste de la Renaissance qui a popularisé Gargantua, l’adepte des fastueux banquets, aurait, à n’en pas douter, sourit, s’il avait été notre contemporain, en constatant que les cafés, bars et restaurants étaient mangés à la même sauce que les musées et cinémas. Comme quoi, dans l’Hexagone, pays de la gastronomie par excellence, la culture du ventre rejoint la culture en général. Seul (gros) problème, la démocratisation de la culture (et là nous parlons à la fois du ventre et du reste), chère à André Malraux, n’est plus d’actualité dans le pays des Lumières depuis les premières heures de la nuit du Covid-19.
Mais venons-en au plat principal : la réouverture de nos établissements (préférés) que nous avons tous appelée de nos vœux – et pas seulement à l’heure de l’apéro à distance, qui représente, vous en conviendrez, avec le terme distanciation sociale, l’un des oxymores les plus indigestes de la période pandémique ! Le 19 mai prochain, comme vous l’avez bien évidemment coché sur votre agenda du Déconfinement, les clients des cafés, bars et restaurants retrouveront leurs habitudes… en terrasse et par groupe de six maximum (avec interdiction de la consommation debout). Les restaurants d’hôtel pouvant quant à eux accueillir que leurs seuls clients dans leurs salles.
Une liberté, de facto, qui ne concerne que les établissements bénéficiant d’une terrasse (là c’est un pléonasme !). Autrement dit, 40% seulement de la totalité des enseignes à l’échelle nationale. Pour la grande majorité, donc, pas question le 19 mai d’ouvrir aux sons de la chanson de Michel Fugain : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire, c’est une romance d’aujourd’hui ». Ceux-ci pourront seulement entonner cet air libératoire le 9 juin où toutes les salles pourront à nouveau accueillir du public (mais avec une jauge de 50%). En attendant de véritablement chanter le 30 juin, date à laquelle la majorité des restrictions (la limitation des capacités en salle comme le couvre-feu) devrait prendre fin.

Au pain sec

Enfin, le conditionnel est de mise puisque nous prenons toujours avec prudence le menu des annonces gouvernementales, susceptible d’être chahuté par les vagues de la Covid-19 ou par le débarquement de nouveaux variants. Mais la vaccination progressant enfin, tout porte à croire que, dans le cas présent, le temps fasse (bien) son œuvre…

Certes, beaucoup restent sur leur faim mais la réouverture des terrasses, pour nos amis restaurateurs et cafetiers, sans lesquels la France ne serait pas la France – et la Côte-d’Or pas la Côte-d’Or – (Dijon l’Hebdo a lancé dès le mois de mars 2020 une campagne intitulée Sauvons nos Restaurateurs qui a été particulièrement relayée sur les réseaux sociaux) – est déjà une première entrée. A déguster à sa juste valeur après le régime au pain sec subi par les professionnels du secteur qui ont été, il faut le reconnaître, bien épaulés à la fois par l’aide sans précédent de l’Etat (le « quoi qu’il en coûte », selon la formule du président Emmanuel Macron) mais aussi par le Fonds de relance économique de Dijon Métropole (avec plus de 1,5 M€ pour 122 enseignes en ce qui concerne les aides directes).

Sans compter les exonérations des droits d’occupation de l’espace public (plus communément appelés les taxes sur les terrasses) qui se sont étendues sur 14 mois au total sur 2020 et 2021. Et, tout en remettant au goût du jour la piétonnisation des Halles, la Ville de Dijon a prolongé son dispositif d’extension temporaire des terrasses. Ainsi que la gratuité de celui-ci ayant profité, rappelons-le, à 200 établissements l’année dernière. La commission municipale, réunie récemment en urgence par l’adjointe déléguée au commerce et à l’artisanat, Nadjoua Belhadef, avait ainsi pour objectif de prolonger les autorisations pour les anciens bénéficiaires et d’analyser les nouvelles demandes (une trentaine environ).

Clémence des cieux

L’emblématique patron du Café Gourmand, place de la Libération, Guillaume Bortolussi, profitera, par exemple, de 40 m² supplémentaires, ce qui portera sa surface à 120 m2 et lui permettra d’augmenter sa jauge de 20 personnes. Il s’en félicite évidemment, tout comme ses (nombreux) clients fidèles qui lui ont déjà adressé des réservations. Mais, comme tous, il va regarder chaque jour le ciel, non pour constater que l’épée de Damoclès du Covid-19 plane toujours au dessus de nos têtes mais pour… la météo. Car sans clémence des cieux… point de salut !

Cependant, ne vous y trompez pas, les terrasses vous accueillant ne devraient pas être aussi nombreuses que lors du précédent déconfinement car, avec une jauge fixée à 50 %, certains professionnels estiment qu’ils ne s’y retrouveront pas économiquement parlant – ils auraient préféré revenir au protocole d’octobre dernier. Ceux-ci n’ouvriront pas leur terrasse et attendront la prochaine étape du 9 juin, voire, pour certains, le 30 juin.

Ceux qui ont des terrasses inférieures à 10 tables se réjouissent, en revanche, que l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) ait obtenu satisfaction auprès du ministère de l’Economie : ils n’auront pas à respecter la jauge de 50% s’ils placent des paravents ou du plexiglas entre les tables, à hauteur, comme il est écrit dans le nouveau protocole, d’« homme assis ».

Certes, d’ici à ce que toute la profession soit enfin totalement debout, vous devrez composez avec cette liberté que nous qualifions de conditionnelle. Mais, en guise de dessert, nous vous laissons digérer cette formule de Rabelais comme il se doit : « Le vin est ce qu’il y a de plus civilisé au monde ! » (il voulait évidemment parler du bourgogne !) Alors, même si ce n’est qu’un début, après 7 mois d’abstinence totale (enfin dans les établissements), nous ne pouvons que trinquer et vous dire : Santé !

Camille Gablo