De Vinci, toujours

A la fin de sa vie, Léonard revendiquera une triple compétence : à celle de peintre, il ajoute celles d'ingénieur et d'architecte. Dans un remarquable essai paru en 2013 chez Alma, « Léonard de Vinci , homme de guerre », l'expert en histoire des sciences et des techniques, Pascal Brioist, montre que De Vinci fut le premier à développer une pensée technologique. En 2019, année du cinq centième anniversaire de la mort du génie toscan, Brioist, dans un nouvel ouvrage captivant  « Les audaces de Léonard de Vinci », récidive et éclaire « une pensée héroïque » qui plane encore sur nous aujourd'hui. Et fait toujours tourner les têtes. 

Dans un second article de la « Gazette Drouot » parue le 7 mai dernier (voir l'article consacré à Léonard dans le précédent numéro de « Dijon l'Hebdo »), Vincent Noce assure que le musée du Louvre a bien confirmé l'attribution du Salvator Mundi au peintre florentin comme l'atteste une publication scientifique de 48 pages publiée par les éditions Hazan en 2019, contrairement à ce que laissait entendre le documentaire télévisé diffusé par France 5 mi-avril assurant que le Louvre aurait classé le tableau comme oeuvre d'atelier. 

Jean-Luc Martinez, président du Louvre écrit clairement dans la préface de cette publication : « Les résultats de l'étude historique et scientifique présentés dans cet ouvrage permettent de confirmer l'attribution de l'oeuvre à Léonard de Vinci » (vous reporter pour une lecture détaillée des analyses du Louvre au passionnant article de Vincent Noce pages 168 à 171 du numéro de la « Gazette Drouot » en date du 7 mai 2021).

Le feuilleton n' est pas, à l'évidence, près d'arriver à son terme. « La résurrection de cette oeuvre », indique Vincent Delieuvin, conservateur du patrimoine au musée du Louvre et historien de l'art spécialiste de la peinture italienne du 16e siècle, « est à n'en pas douter l'une des découvertes les plus remarquables des dernières décennies. Il faudra sans doute des années encore pour convaincre toute la critique, comme ce fut le cas il y a près d'une siècle pour « L'Annonciation » des Offices, la « Ginevra de'Benci » de Washington ou la « Dame à l'hermine » de Cracovie.

Dommage que cet ouvrage publié chez Hazan, et que Vincent Noce a pu se procurer, ne semble plus disponible à la vente.

En attendant, il n'est pas interdit de s'intéresser aux autres facettes du travail de Léonard : architecte , anatomiste, écrivain...

Comme architecte, un projet l'obsède et marque la fin de sa vie : bâtir un gigantesque palais à Romorantin, à la fois cité idéale de la Renaissance et nouvelle capitale du royaume de France. Le chantier implique de creuser de nombreux canaux pour relier la Sauldre au Cher. Convaincu, François 1er ordonne le commencement des travaux préliminaires interrompus définitivement par la maladie puis la mort du génial concepteur .

Vinci s'est voulu aussi anatomiste mais il n'eu pas le temps de mener à bien le traité qu'il projetait d'écrire. Martin Clayton, spécialiste de Vinci, et Ron Philo, expert en sciences de la santé, l'ont fait pour lui aux éditions Actes Sud. L'ouvrage est somptueux et passionnant.. En associant leurs compétences, les auteurs mettent en parallèle les milliers de notes très développées et les dizaines de planches gravées et dessinées de Léonard pour les confronter aux connaissances actuelles. On sait que De Vinci avait pu disséquer près de trente cadavres humains et des dizaines de dépouilles animales et l'on ne peut que s'extasier devant 87 reproductions parmi les plus belles planches retrouvées exposant les muscles, les os, les organes, les mains ou encore les visages aux expressions inégalées.

La cartographie de nos admirations esthétiques s'est modifiée au 20e siècle grâce à la redécouverte et à la réévaluation d'oeuvres anciennes oubliées ou ignorées qui eurent un effet bouleversant sur la création contemporaine elle-même. On pense, notamment parmi des centaines d'autres oeuvres remarquables et étonnantes arrachées à l'oubli, au « Cavalier de l'apocalypse » de Honoré Fragonard (le cousin), exposé en 1946 au Palais de la Découverte à Paris et dont le couple d'écorchés formé par le cheval et le cavalier semble surgit tout droit de l'horreur qui vient cinq années durant de bouleverser les hommes et les consciences .

Gageons qu'avec leur (re)découverte, les planches anatomiques de Léonard de Vinci traceront un sillage exceptionnel de l'histoire de la pensée et de l'émotion au début du 3e millénaire. 

Cela revêt à l'évidence autant d'intérêt pour la sensibilité moderne et l'histoire de l'art que l'attribution du Salvator Mundi ou encore du dessin sur velin dénommé « La belle princesse ».

Pierre P. Suter 

 

« Léonard de Vinci anatomiste »

par Martin Clayton et Ron Philo

Editions Actes-Sud

256 pages illustrées. 39 euros

 

« Les audaces de Léonard de Vinci »

par Pascal Brioist 

Editions Stock

280 pages - 23,50 euros