Denys Chevillon : « Servir, réunir et dynamiser ! »

Avant qu’il ne passe la main lors de l’assemblée générale le 27 mai prochain, nous avons demandé à Denys Chevillon, président de la Chambre des notaires de la Côte-d’Or, de revenir sur son mandat… qui a été, évidemment, placé sous le sceau de la pandémie. Aussi le notaire beaunois achève-t-il une présidence… sans précédent !

Dijon lHebdo : Votre présidence a été extraordinaire. Je veux bien évidemment parler de la pandémie de Covid-19…

Denys Chevillon : « Je ne peux pas résumer deux années de présidence sans malheureusement revenir sur ce terrible virus qui, d’ailleurs, ne semble pas totalement s’achever. Tous les projets, toutes les actions ont en effet été impactés par cette pandémie. Il a fallu appréhender une situation inconnue, d’une ampleur sans précédent. Il a fallu s’organiser très très vite, pratiquement du jour au lendemain. Souvenez-vous : l’annonce est tombée le 15 mars et le 18 mars nous étions fermés. Il a fallu expliquer à tous – en premier lieu aux notaires de la Côte-d’Or, puis à nos interlocuteurs et surtout nos clients – les entraves au travail habituel que nous allions rencontrer. Je rappelle que les études ont été dans un premier temps entièrement fermées. Les signatures ont été reportées, suspendues puis annulées. Il a fallu s’organiser, développer la visio-conférence, la signature à distance, mettre nos collaborateurs en chômage partiel ou en télétravail… Cette crise sanitaire aura été un accélérateur du développement du numérique qui était déjà entré dans nos études. Je dois remercier l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs de nos études ainsi que mes confrères qui ont su réagir et rester solidaires dans l’application douloureuse des décisions prises. Tous se sont adaptés à une situation garante du monde de demain… le tout sans faillir à la mission de service public qui nous tient au corps et au cœur et qui est substantielle à notre profession de notaire ».

DLH : Lors du premier confinement, vous en appeliez à l’auteur de La Comédie humaine pour expliquer que « dans ce monde balzacien, les notaires n’étaient pas au-dessus des nuages ». Et vous annonciez une baisse de l’activité moyenne de l’ordre de 30%… Qu’en a-t-il été, in fine, sur l’année 2020 ?

D. C : « Nous avons, en effet, à l’origine enregistré une baisse de - 20, -30% des études. Il a fallu revoir les budgets, développer la solidarité et les aides financières de soutien importantes par l’ensemble des instances notariales, non seulement des chambres, du conseil régional, du conseil supérieur du Notariat. Cela est passé par une baisse des cotisations. Finalement et de manière surprenante, je pourrais dire qu’heureusement l’année 2020 n’aura pas été si mauvaise. Et ce, sans doute, grâce au premier déconfinement… Il faut nuancer mais tout de même, les -30% n’auront pas été au rendez-vous. Et cela aurait pu être une année sans précédent si nous n’avions pas eu cette pandémie ! »

DLH : N’est-ce pas inhérent au fait que l’activité immobilière s’est maintenue ?

D. C : « C’est bien sûr l’investissement ou le refuge dans l’immobilier, dans la pierre, qui apparaît toujours pour les Français comme une valeur importante sur le plan économique mais aussi avec un volet nouveau en terme d’humanité. Avec une vie, peut-être, pensée autrement… Le télétravail a mis les gens à distance. Il les a mis aussi à distance de la ville pour être à la campagne. Là aussi, il faut se garder des idées générales et voir ce qui se passe sur les différents territoires. Nous rencontrons peut-être une désaffection des grands centres immobiliers parce qu’il y a moins de logements et qu’ils sont plus chers. Cela fait déjà des années que les gens des grandes agglomérations rejoignent les différentes couronnes. A l’instar du numérique, la pandémie aura également accéléré ce phénomène. Mais il ne faut pas oublier non plus que l’on ne va pas s’enterrer à la campagne-campagne, ces territoires un peu défavorisés par les transports, le manque de commerce, les réseaux informatiques. Si vous me permettez l’expression, le « bobo » citadin n’a pas perdu ses réflexes citadins ! Mais il est vrai que la pierre conserve sa capacité, son refuge. C’est une double protection : elle est capitalistique mais elle permet d’avoir aussi son toit, ce qui correspond à une forme de liberté ».

DLH : Les grands projets ont-ils pu réellement avancer malgré la pandémie ?

D. C : « La manifestation comme l’Université du Notariat qui regroupe l’ensemble des notaires de la Côte-d’Or et leurs collaborateurs a dû être reportée puis annulée pour finalement se projeter sur l’année 2022. Mais les instances n’ont pas cessé une seule minute d’être présentes et de fonctionner. Elles n’ont eu de cesse de réfléchir et d’avancer sur certains projets qui sont dans les cartons comme, par exemple, l’interdépartementalité. Les commissions ont bien travaillé sur ce grand projet où il faut harmoniser les budgets, les locaux, le personnel. Il faut que les planètes s’alignent pour que les trois chambres – de Saône-et-Loire, de Haute-Marne et de Côte-d’Or –arrivent à se regrouper. C’est mené au niveau du conseil régional avec le soutien et le concours des chambres et l’idée avance bien. Il appartiendra à la base d’entériner tout cela le moment venu ».

DLH : En quelques mots, comment résumeriez-vous l’activité de président des notaires de la Côte-d’Or ?

D. C : « La tâche d’un président, c’est tout d’abord et essentiellement de servir. Ce n’est pas un vain mot. Il faut être au service de tous les notaires de son ressort, être à l’écoute. Et ceci prend beaucoup plus de temps et d’énergie que je ne le pensais. Servir, c’est aussi tenir le cap et veiller strictement à l’application de ce qui fait notre ciment, c’est à dire notre déontologie. Parfois il est nécessaire de rappeler les règles, principalement dans notre société qui est tout de même en perte de repères, avec la tentation du repli sur soi et celle d’édicter ses propres règles. Et, en même temps, il faut réunir et dynamiser. Il faut être force de proposition… Sur ce point, il faut bien reconnaître que la Covid-19 nous a quand même coupé un peu les ailes ! »

DLH : Vous avez dû également faire face à la problématique des nouveaux notaires issus de la loi Croissance. Leur intégration s’est-elle bien déroulée ?

D. C : « Tout à fait. Plus de 20 notaires sont arrivés, ce qui est énorme. Aucune profession n’a subi une telle progression. Nous avions des craintes à l’origine. Nous manquons peut-être encore de recul. Nous nous apercevons que certains décollent et d’autres ont plus de difficultés, mais les chiffres n’ont pas été mauvais. Ils ont baigné dans une activité immobilière qui a été plutôt soutenue. Globalement, les statistiques nationales nous disent que 80% de ceux qui se sont installés sont satisfaits. Mais il y a des secteurs où des créations n’ont pas été pourvues. Aussi, en terme de maillage territorial, ce n’est quand même pas une réussite totale… Ils se sont installés beaucoup dans les grandes métropoles et en périphérie. Des territoires ont été orphelins et nos élus politiques devraient peut-être y réfléchir… »

DLH : A la différence du monde politique, vous ne pouvez pas cumuler verticalement les mandats…

D. C : « La fonction présidentielle ne peut se penser sans la poursuite des actions. Il faut toujours penser l’action dans la durée et la continuité. Ce qui n’a pas pu être fait lors de ces deux courtes années, la nouvelle Chambre le fera. Je fais sur ce point une confiance totale au travail qui sera accompli par la nouvelle Chambre et le prochain président qui sera élu le 27 mai, date de notre assemblée générale. Il est vrai que ce jour-là je cesserai mes fonctions de président ipso facto. Ce fut avant tout un réel plaisir mais si cela passe très vite. Cette périodicité de deux ans, qui est dans le fonctionnement de nos instances jusqu’au plus haut échelon, permet une réelle dynamique. C’est la garantie d’une sagesse politique professionnelle ! J’en appelle à tous mes confrères jeunes ou moins jeunes. C’est une très fructueuse expérience que d’œuvrer dans les instances. C’est une grande satisfaction même si, parfois, le fardeau peut paraître un peu lourd certains soirs. Les équipes étaient bonnes et elles seront encore plus performantes demain… »

DLH : Quels sont à vos yeux les grands enjeux pour l’avenir du Notariat ?

D. C : « Il y a encore des réformes qui nous mènent la vie dure. Je ne sais pas trop ce qu’ils cherchent : faire une ultra-profession du Droit avec des experts mammouths du conseil où le consommateur viendra avec son charriot tirer une consultation d’avocat, une consultation de notaire, une consultation de ceci, une consultation de cela, avec une financiarisation de la profession ? Ce sont des aspects qui me font un peu craindre pour la pérennité et l’esprit de l’institution. Et je ne suis pas persuadé que cet ultra-libéralisme profitera aux clients… Comme disait Lacordaire, entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit ! »

Propos recueillis par Camille Gablo