Wagner : Tout savoir (ou presque) sur Parsifal

Parsifal se situe à mi-chemin entre paganisme et christianisme, opéra et oratorio. L’histoire est celle du parcours initiatique de Parsifal (le père de Lohengrin), un jeune homme naïf qui deviendra rien de moins que le sauveur du Graal. Sorte de figure christique, il est celui qui rachète l’humanité de ses fautes.

En plus du christianisme, les influences sont nombreuses et très variées. Pétri de références aux légendes médiévales, il fait aussi allusion aux philosophies de Schopenhauer et de Nietzsche, ainsi qu’au bouddhisme.

Entre tensions chromatiques et recours aux leitmotive, c’est-à-dire à des motifs musicaux associés à un personnage ou à une idée…toutes les caractéristiques de la musique de Wagner se trouvent ici réunies.

Encore une légende médiévale !

Tristan, Lohengrin, Siegfried… Avec Parsifal, Wagner forge à nouveau son héros à partir de légendes médiévales. Trois récits principaux lui inspirent son intrigue. La source la plus ancienne n’est autre que

Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, roman inachevé de la fin du XIIème siècle. Parsifal a donc aussi des origines… françaises ! Même si bien entendu le héros, surnommé « Perceval le Gallois », provient lui directement des légendes arthuriennes et donc de Grande-Bretagne.

Rien d’étonnant quand on sait qu’à l’époque, le français se parle de chaque côté de la manche et que la conquête de l’Angleterre par les Normands est encore toute fraîche. Comme le note Claude Lévi-Strauss, les poètes de cour passaient régulièrement d’un pays à l’autre aux côtés de leurs seigneurs.

Wagner puise également du côté de la littérature allemande avec le Parzifal de Wolfram von Eschenbach, rédigé en 1204, et dans un manuscrit du XIVème siècle intitulé Mabinogion.

Quarante ans plus tard…

C’est vers 1840 que Wagner découvre la légende du Graal, mais la création de Parsifal n’aura lieu qu’en 1882. Comme bien souvent chez le compositeur allemand, la genèse de l’opéra s’étale sur des décennies.

Le projet débute véritablement en 1857. Nous sommes le jour du Vendredi-Saint. Absorbé dans la contemplation des miroitements à la surface du lac de Zurich, Wagner reçoit le « choc décisif », comme le rapporte le musicologue Jacques Chailley. « Baigné par cet atmosphère, je me dis brusquement que nous étions Vendredi-Saint et me rappelai l’importance que prend cette exhortation dans le Parzival de Wolfram… »

Mais encore une fois, il faut laisser reposer. A vrai dire, Parsifal n’est pas le seul chantier en cours ; en parallèle, Wagner avance sur Siegfried et Tristan. Ce n’est qu’en 1877 que le travail s’intensifie. Le livret est écrit en à peine trois mois et l’orchestration suit en 1880. La première a lieu le 26 juillet 1882 à l’occasion de la deuxième édition du Festival de Bayreuth. Six mois plus tard, Wagner est emporté par une crise cardiaque à Venise.

Une symbolique chrétienne

Parsifal est-il oui ou non un drame sacré ? Le sujet prête à débat chez les musicologues. Quoiqu’il en soit, les symboles religieux abondent dans cet ultime opéra, en particulier à travers les objets présents. Placés au cœur de l’intrigue, le Saint-Graal n’est autre que la coupe qui a recueilli le sang du Christ, tandis que la Sainte Lance est l’arme avec laquelle un soldat l’a transpercé lors de la crucifixion.

Plus encore que les objets, les personnages empruntent leurs traits à des figures christiques. Parsifal apparaît comme le Rédempteur, celui qui éprouve tour à tour la compassion et la souffrance à la suite d’une série d’épreuves initiatiques. Prenant conscience de la douleur de la sauvageonne Kundry, puis de celle du roi Amfortas, il parvient par son propre rachat à apporter le salut à l’Humanité entière. Le simple d’esprit qu’il était peut dès lors devenir roi des Chevaliers du Graal, comme l’illustre la scène finale, le « miracle du Vendredi-Saint ».