Pierre Guez : « Il faut dorénavant du concret et du réel »

Lancée en 2016 dans le cadre de la FrenchTech, la FoodTech de Dijon Bourgogne Franche-Comté, se définissant comme « la communauté de ceux qui rendent l’innovation utile à l’alimentation », vient de changer de président. Le comité exécutif de l’association a élu à sa tête Pierre Guez, qu’il n’est pas besoin de présenter tellement l’ancien directeur général de la coopérative Dijon Céréales rayonne dans l’univers de l’agriculture et de l’alimentation. De la fourche à la fourchette (une expression dont il est, au demeurant, à l’origine) ! Et celui qui est également président de Vitagora et d’AgrOnov entend creuser véritablement le sillon de cette structure. Interview d’un président… qui, comme à son habitude, ne mâche pas ses mots.

Dijon l’Hebdo : Après Vitagora et AgrOnov, vous devenez président de la FoodTech. Quelle est votre ambition pour cette association qui a pour but de « valoriser et d’accompagner l’émergence de solutions innovantes de la production à la consommation » ?

Pierre Guez : « Mon ambition est de développer la FoodTech à l’instar de ce que nous avons fait avec Vitagora et AgrOnov. Je veux rappeler l’importance de ces structures. Aujourd’hui, Vitagora représente un budget de 2,5 M€, 25 salariés, un territoire qui s’étend sur la Bourgogne Franche-Comté et l’Ile de France, une présence à l’international, avec la Chine, la Russie, l’Afrique et un bureau à Tokyo. Spécialisée dans la R & D en matière agroalimentaire, Vitagora est une vraie réussite. Certes, AgrOnov est plus modeste avec 400 000 € de budget, 6 personnes, mais représente un pôle tourné vers l’innovation et la recherche en agriculture en lien avec les territoires. Même si on en parle beaucoup médiatiquement, la FoodTech ne représente que 300 000 €, 3 salariés, avec une dépense importante des subventions des collectivités. Et mon souci est d’être économe avec les deniers publics, notamment dans la période de crise sanitaire que nous traversons. Il faut dorénavant du concret et du réel derrière cette structure qui ne doit plus être seulement dans la communication ».

DLH : Jusqu’à quel point pourrait aller le rapprochement de la FoodTech avec Vitagora et AgrOnov ?

P. G : « La FoodTech a été créée grâce à Vitagora et aurait pu être en son sein. Mais avec l’équipe dirigeante de l’époque, et notamment le groupe Seb et Philippe Crevoisier, nous avons partagé l’idée qu’il valait mieux une structure indépendante. En partant du principe que la créativité est supérieure lorsqu’il y a plusieurs organismes que lorsque tout est concentré dans un seul ! Je ne suis pas pour la fusion mais pour faire travailler ensemble ces différentes structures. Les maîtres mots seront l’osmose, la symbiose et la synergie ! »

DLH : Quels seront vos grands axes de travail ?

P. G : « Notre objectif est de développer la FoodTech dans le créneau d’approche des consommateurs. Je prends un exemple concret : le soutien au Territoire d’innovation de grande ambition de la métropole dijonnaise (ndlr : le projet TIGA pour une alimentation durable à l’horizon 2030), avec un Living Lab qui débouchera sur l’avènement d’une communauté de citoyens. Ceux-ci pourront ainsi donner leur avis sur ce qu’ils souhaitent demain dans leur assiette. Nous allons dupliquer ce champ expérimental et le développer avec, notamment, Didier Livio, Dijonnais d’expérience qui a été à l’origine de Vitagora, entre autres, et qui apportera encore son concours. Pour qu’elle existe réellement, la FoodTech doit aussi se réemparer de l’échange avec le monde agricole afin que l’on travaille la production. C’est bien beau de dire que l’on veut faire des circuits courts mais ce n’est pas avec les 20 maraîchers de Côte-d’Or que l’on approvisionnera le marché de Dijon. Il faut recréer de la production et la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin se devra elle aussi d’être dans la production. Nous nous appuierons sur le Village by CA du Crédit agricole. Tout en apportant notre contribution à la CIGV et à TIGA, nous voulons aussi créer une passerelle avec la FoodTech de Lyon, de manière à rapprocher les deux capitales de la Bourgogne Franche-Comté et de l’Auvergne-Rhône-Alpes, sur un axe très important au niveau de la production agricole, du maraîchage, du pain, du vin et des fromages… »

Propos recueillis par Camille Gablo