(Re)découvrir Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)

Au XIXème siècle, le gouvernement de la Russie se montra tyrannique et cupide, serrant dans ses griffes des petits pays sans défense comme la Finlande, étouffant dans l’œuf toute tentative d’éveil des nationalismes.

Ce qui n’empêcha pas ce pays d’avoir quelques compositeurs soucieux d’écrire une musique inspirée de leurs racines culturelles.

Mikhaïl Glinka (1804-1857) fut celui qui introduisit le premier le folklore russe dans sa musique. Peut-être avez-vous déjà entendu l’ouverture de Rousslan et Lioudmila, son œuvre la plus connue ?

C’est une des pièces du répertoire de base de tous les chefs d’orchestre, qui apprécient son caractère contrasté, ses effets sonores et les passages mélodieux des violons et des violoncelles.

Glinka fut acclamé comme un héros par les compositeurs russes de l’époque romantique.

Il inspira à Balakirev la création du groupe des Cinq (dont il ne fit pas partie).

Ce groupe était constitué par la réunion de cinq compositeurs ayant résolu de bannir toute influence étrangère (lisez : « de l’Europe de l’Ouest », et même « de l’Allemagne ») de leur musique et de s’attacher à la mise en valeur du folklore slave.

Le groupe se composait de Mily Balakirev (1837-1910), César Cui (1835-1918), Modest Moussorgski (1839-1881), Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) et Alexandre Borodine (1833-1887).

C’étaient tous de bons musiciens, mais des autodidactes : ils avaient refusé l’enseignement officiel trop germanisé à leur goût.

Seul Balakirev avait débuté dans la vie comme musicien.

Cui était professeur de génie militaire ; Borodine, chimiste ; Moussorgski, militaire et Rimski-Korsakov, officier de marine.

Mais le « meilleur » des compositeurs russes n’appartient pas au groupe des Cinq.

Il s’agit de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1804-1893). C’était un homme égocentrique, névrosé, vulnérable et émotif dont la vie ne fut qu’une longue souffrance.

Ses parents avaient remarqué ses dons de musicien mais, sachant très bien que ce n’était pas là un métier qui nourrit son homme, ils le dirigèrent vers une carrière de juriste.

Et Piotr ne manqua pas à la tradition en interrompant rapidement ses études pour se diriger vers le conservatoire de musique de Saint-Pétersbourg.

A l’âge de 26 ans, on lui offrit un poste de professeur de théorie de la musique au conservatoire de Moscou. Plus tard, il fut élu à l’un des postes de directeur de cette estimable institution.

Le tour du monde

A 27 ans, il épousa une de ses anciennes élèves mais cette union ne fut pas heureuse, car la conception qu’avait Tchaïkovski du commerce avec le beau sexe ne dépassait pas le cadre de relations platoniques. C’est ainsi que, plus tard, il entretiendra pendant une quinzaine d’années une correspondance avec une de ses admiratrices, Nadejda von Meck, qu’il ne rencontrera jamais mais qui lui versera néanmoins une rente substantielle grâce à laquelle il pourra s’adonner entièrement à la composition.

Il lui dédiera d’ailleurs sa Symphonie n°4 avec la dédicace « A ma meilleure amie ».

En Russie, à l’époque de Tchaïkovski, l’homosexualité était un crime puni de l’exil en Sibérie, ce qui explique en grande partie l’état d’esprit inquiet et tourmenté du compositeur.

Cette perpétuelle angoisse, ce mal d’être n’apparaissent généralement pas dans sa musique (symphonies, ballets, opéras, ouvertures), qui est vive et très chantante. C’est sans doute ce qui explique sa grande popularité. Le nom de Tchaïkovski devint vite célèbre dans le monde entier et il fut invité à diriger le gala d’ouverture du Carnegie Hall à New York en 1891.

Le plus grand don de Tchaïkovski fut celui de la mélodie. C’est pour cette raison que vous avez certainement entendu de la musique de Tchaïkovski sans le savoir. Au cinéma, Chaplin a emprunté un thème du Concerto pour violon pour son film Limelight (les Feux de la rampe).

Et la télévision américaine utilise très régulièrement le thème de Roméo et Juliette pour tous les duos d’amour de ses shows. Quant aux principaux airs du ballet Casse-Noisette, ils ont depuis longtemps fait le tour du monde.

Mais Tchaîkovski n’a pas composé que de la musique brillante. Sa Symphonie n°6, justement appelée « Pathétique », est une longue plainte déchirante sans doute proche de ses véritables états d’âme. Le dernier mouvement, en particulier, est un douloureux renoncement.

Tchaïkovski mourut à peine plus d’une semaine après la création de l’œuvre. Sa mort est, aujourd’hui encore, entourée d’un certain mystère : les uns disent qu’il est mort de maladie ; d’autres prétendent qu’il se serait suicidé à la veille qu’éclate une affaire de mœurs.

La vérité tient peut-être des deux : il serait mort d’un choléra qu’il se serait volontairement inoculé en buvant de l’eau croupie pendant une épidémie.