Dans la famille Barbier, je voudrais… Clémentine

Dans la famille Barbier, je voudrais... Clémentine, la fille de Rémi, courtier en vins, petite-fille de Bernard, sénateur-maire de Nuits-Saint-Georges et négociant en vins, nièce de Vincent, Grand Maître de la Confrérie du Tastevin. Pas surprenant donc de retrouver cette Dijonnaise de 31 ans à la tête d'une société joliment baptisée « Prosper Wine ». Pas surprenant non plus qu'elle n'ait pas eu besoin de convaincre sa famille que le métier du vin était fait pour elle.

On le sait, le vin est un milieu de tradition et d’histoire, parfois un peu conservateur. Si les femmes ont longtemps été éloignées de la vigne, c’est de moins en moins le cas aujourd’hui. Il est bien loin le temps où l'on menaçait de mort celles qui consommaient du vin dans les empires grecs et romains. Désormais 1/3 des œnologues sont des femmes, près de 30% des chefs d’exploitations viticoles sont des femmes et près de 50% des promos dans les écoles de viticulture sont des étudiantes. Ce qui nous ramènerait presque à ces femmes de l'Egypte ancienne qui avaient toute leur place dans la production, le service et la consommation du vin. L'Histoire n'est-elle pas un éternel recommencement ?...

Clémentine Barbier, personne éminemment sympathique et attachante, au regard vif et intense, cache une personnalité bien trempée. Derrière la jeune femme bien éduquée, on sent une bonne vivante proche du terroir... et surtout de la vigne. C'est à se demander d'ailleurs si son premier biberon n'était pas coupé avec du bourgogne. Et justement le bourgogne, elle ne pouvait pas faire autrement que de tomber dedans. Pas dans la marmite mais dans la cuve, là où est situé le berceau de la famille, à Pommard où l'arrière-grand père élaborait déjà un crémant de belle facture.

Etudiante appliquée, elle décroche une licence en commerce et distribution des vins à l'Institut Jules Guyot, à l'Université de Bourgogne. Elle rêve de partir à l'étranger, de grands larges... un peu comme le poète qui voit dans les rangs des ceps alignés les vagues de l'océan ou encore Gaston Roupnel qui n'hésite pas à comparer sa région à la proue d'un bateau sur une mer de vignes. Mais la réalité familiale la rattrape et elle fait le choix de rester au chevet d'un de ses frères gravement malade. A défaut de lointains horizons, la voilà, en septembre 2011, au domaine Faiveley comme attachée commerciale. Elle travaille plus particulièrement au développement de la marque sur les réseaux sociaux naissants et s'occupe des salons sur l'hexagone.

Durant l'été 2013, elle rencontre le négociant beaunois Olivier Bernstein qui l'enrôle pour gérer l'agenda de l'entreprise, les relations avec les importateurs et toutes les questions -et elles ne manquent pas- qui touchent à l'administration des Douanes. « Passionnée de cuisine, c'est même moi qui m'occupait de la réception de nos clients » se souvient-elle.

Le temps passe et lui permet d'acquérir une belle expérience. Janvier 2019, la bonne nouvelle : «  Mon frère allait beaucoup mieux. Je me suis dit que c'était le moment de partir ». Adieu veau, vache, cochon... et vignerons. En moins de temps qu'il n'en faut pour faire prendre une bonne mayonnaise, on retrouve Clémentine et son sac à dos au nord de Sidney chez un importateur-caviste australien, dans cet immense pays où le cabernet sauvignon et la syrah règnent en maîtres. « J'y ai vécu une expérience incroyable. Un an m'aura suffi pour couper le cordon familial, sortir de ma zone de confort. Un an plus tard, je quitte les incendies australiens pour revenir au bercail... et me retrouver confinée en raison de la pandémie ».

Jamais à court de projets

Clémentine Barbier raconte sa vie comme une aventure joyeuse. C'est avec fierté qu'elle reconnaît que son savoir remonte à ses ancêtres. La Bourgogne est dans son sang et dans son cœur. Côte de Beaune et côte de Nuits sont pour elle ce que le mont Ventoux est pour le cycliste. Incontournables. A l'écouter, on retomberait presque en enfance, avec ces grandes vacances passées en Bourgogne où l'on côtoyait des femmes et des hommes qui roulaient les mots à leur manière comme les tonneaux dans les caves.

Elle met le confinement à profit pour finaliser un projet professionnel. Car Clémentine n'est jamais à court de projets dès qu'il s'agit de promouvoir son terroir natal, ses produits d'exception... et bien sûr ses vins. « Je voulais être commissaire priseur. Jouer du marteau et vendre des bouteilles de vin. C'était mon rêve de petite fille » reconnait-elle dans un large sourire. « En fait, j'avais une profonde envie de monter ma société dans l'univers du vin. Mettre à profit tout ce que j'ai pu apprendre avec cette volonté d'aider les vignerons, de les accompagner sur le terrain des exportations, dans le domaine du marketing, des relations douanières, de leur faire gagner du temps sur le plan administratif, de mettre en place une politique de communication. Je fourmillais d'idées et cette période m'a permis de les mettre en place, de bien les organiser ».

Et c'est comme ça qu'est née en juillet dernier « Prosper Wine », société de conseil au sein de laquelle elle s'efforce de trouver des importateurs sur toute la planète pour les vignerons bourguignons. Cela nécessite bien sûr de bien connaître les domaines, leur histoire, leur philosophie, leur gamme de vins. C'est elle qui prend en charge l'envoi des échantillons, la rédaction des contrats et des nombreux documents administratifs inhérents à ces transactions.

Et grâce à sa ténacité et à des rencontres déterminantes, elle complète son activité, toujours dans le vin, avec la société Wid, à Marsannay-la-Côte, qui assure la traçabilité des grands vins en apposant une micropuce RFID derrière l'étiquette et qui s'impose également comme un outil logistique qui facilite les inventaires sans manipuler les bouteilles. « Cette micropuce va également permettre d'obtenir des informations, diverses données (histoire du domaine, cartographie, présentation de la parcelle, de la cuvée au travers d'une application dont j'assure la gestion ».

Créer une relation entre les générations

Cette hyperactive avoue son mode de fonctionnement, sans en donner la clé : « Je travaille tout le temps. Cela me plaît ». Et le peu de temps libre qui lui reste, Clémentine l'occupe dans le bénévolat.

« C'est ma grand-mère, 94 ans, en pleine forme mais cloîtrée à son domicile, qui m'a donné l'idée de mettre les générations en contact, en relation au travers d'une plateforme sur internet. En cette période de crise sanitaire, je pense aux jeunes qui vivent une scolarité compliquée mais aussi aux personnes âgées qui n'ont guère d'autres choix que de se réfugier chez elles. J'aimerais que les plus jeunes donnent un peu de leur temps pour proposer leurs services à un senior : donner un coup de main pour réparer, bricoler, planter un clou, faire un peu de jardinage, faire des courses, bavarder tout simplement au téléphone... L'objectif de cette plateforme serait de mettre en relation aidant et aidé ».

On n'en saura pas plus. Si ce n'est que cette initiative devrait bientôt voir le jour en ce début de printemps sur le centre ville de Dijon.

Clémentine Barbier est à l'écoute du monde qui l'entoure, toujours sur le qui-vive. Cette affamée des sens et du bon sens ne veut s'imposer aucune limite. Comme le bon vin, elle s'épanouit au fil des années.

Jean-Louis Pierre

 

Prosper Wine

18 rue du Château. Dijon.

clementine@prosper-wine.com