Université de Bourgogne : le sondage qui dérange

Nous aurions pu nous appuyer sur Zola, l’auteur de L’Assommoir, tellement la crise du Covid-19 pèse sur la tête des étudiants. Mais nous avons préféré les paroles de Charles Aznavour – une musique certes mélancolique mais une musique tout de même – pour cette plongée au cœur de la vie étudiante. Enfin le terme vie n’est pas le plus adapté, eu égard aux privations de liberté mais aussi de cours que les jeunes subissent. Et, paradoxalement, la moitié d’entre eux ne souhaite pas revenir en présentiel. Comme quoi la situation est grave…

« Hier encore »... Nous avons tous fredonner cette chanson dAznavour et beaucoup, quelle que soit leur génération, sont toujours capables de la murmurer : « Hier encore, j'avais vingt ans. Je caressais le temps et jouais de la vie… »

Réécoutez là en parcourant cet article et vous verrez à quel point ce succès, sorti en 1954, qui a participé au mythe dAznavour pourrait illustrer la situation actuelle des jeunes. La mélancolie – à limage de la voix du chanteur franco-arménien est de rigueur lorsque lon aborde lexistence des étudiants depuis que le ciel du Covid-19 leur est tombé sur la tête.

Car, quil est loin le temps où ils caressaient le temps et jouaient de la vie !

Quil est loin le temps où ils pouvaient suivre, senthousiasmer, critiquer, voire sennuyer (ne loublions pas non plus !) devant des démonstrations professorales dans des amphithéâtres pleins à craquer !

Quil est loin le temps où ils pouvaient échanger, débattre ou rattraper leurs cours dans des cafétérias où les idées comme les boissons non alcoolisées sentend coulaient à flot !

Quil est loin enfin le temps où, le soir, ils pouvaient se retrouver chez leurs camarades ou dans les bars pour consommer (toujours avec modération) leur vie nocturne d'étudiants !

Nous pourrions continuer longtemps cette anaphore, à linstar de celle dAznavour, caraujourdhui na plus rien à voir avec hier ! Enfin, nous pourrions ajouter, eu égard au fait que l'épée de Damoclès du Covid pèse encore sur nos têtes, aujourdhui encore

Certes, tous ne sont pas logés à la même enseigne, en terme stricto-sensu scolaire puisque, pour tout le reste, ils sont soumis aux mêmes restrictions de liberté, les classes préparatoires, situées dans les lycées, ayant pu poursuivre, dans une relative normalité, leurs cours.

Il nempêche, la désespérance du monde étudiant est plus que palpable.

« La très grande précarité sociale »

A tel point que le jeudi 21 janvier le président de la République, Emmanuel Macron, sest rendu à lUniversité de Paris-Saclay afin dannoncer différentes mesures. Parmi celles-ci, lextension à à tous les étudiants du repas à 1 dans les restaurants universitaires (midi et soir), dont bénéficiaient précédemment exclusivement les titulaires dune bourse. Dans lobjectif de lutter contre la précarité qui na jamais été aussi prégnante. Ladjoint dijonnais délégué à la solidarité et président du CCAS, Antoine Hoareau, nous confiait, notamment, dans une récente interview : « Je voudrais tirer la sonnette dalarme sur la très grande précarité sociale qui sinstalle dans la population étudiante. Cest très inquiétant et nous travaillons avec lUniversité et le CROUS pour les accompagner ! »

Une précarité accentuée notamment par la rareté des jobs d'étudiants, qui, en situation dite normale, permettaient de mettre du beurre dans les épinardsou, avec une métaphore peut-être plus adaptée, un steak supplémentaire dans les hamburgers. Et nombre de parents ayant vu leurs ressources diminuer pour cause, entre autres, de chômage partiel, les effets domino sur les finances quils allouent à leurs enfants sont aussi dévastateurs.

Aussi nest-il pas étonnant que, depuis le début de la pandémie, plus de 54% des jeunes aient pensé arrêter leurs études, selon un sondage publié fin janvier par Le Figaro Etudiants. Une étude qui révélait également le sentiment dabandon partagé par 66% des sondés. 56% allaient même jusqu'à estimer quils se sentaient « sacrifiés ».

La seconde annonce majeure dEmmanuel Macron a eu pour but de donner un (premier) signe fort contre cette dépression grandissante, en dégageant quelque peu le bout du tunnel. Le chef de lEtat a, en effet, exigé le retour en présentiel une journée sur cinqComme les autres autres établissements de lHexagone, lUniversité de Bourgogne a dû agir dans lurgence afin dorganiser le (premier) grand jour le 8 février dernierpour une partie seulement des étudiants, les adaptations aux contraintes sanitaires pour lensemble des filières ne pouvant être effectives que progressivement. Ainsi seuls 10% des effectifs étaient-ils présents in situ le 8 février.

« Détresse psychologique »

Et cest là où il est de notre devoir d'évoquer un sondage local, qui est pratiquement passé inaperçu. Entre le 28 et le 30 janvier, le président de lUniversité de Bourgogne, Vincent Thomas, a interrogé via ladresse mail institutionnelle de lUB lensemble des étudiants sur leur volonté de revenir suivre leur cours en présentiel ou de poursuivre dans la voie dématérialisée du distanciel. Les résultats sont tombés comme un couperet : alors que lon aurait pu penser que le retour en cours allait simposer haut la main, il nen a rien été puisque, sur les 17 450 ayant répondu (un excellent taux au demeurant en moins de 36 heures), ils ne furent que 50 % à afficher leur volonté de retrouver les bancs de la fac. Ils furent même un zeste moins nombreux que ceux préférant rester à distance : 8 663 contre 8 787 !

 nous sommes véritablement dans la thèse et lantithèsela synthèse des résultats étant parfaitement exposée par le site campusmatin.com qui explique que « les raisons sont multiples ». Le magazine dinformation en ligne, destiné aux professionnels de lenseignement supérieur et de la recherche, souligne, en effet, que beaucoup ont rendu leur logement, insiste sur la peur du virus dans les transports en commun ou dans les locaux de luniversité et noublie pas le fait que « certains se sentent bien en distanciel, pouvant se lever plus tard le matin quand les cours commencent à 8 heure ».

« Génération fracassée »

campusmatin.com évoque également « la problématique de taille pour ceux qui souhaiteraient revenir afin dorganiser la dichotomie entre cours présentiel et distanciel dans une même journée ». Sans omettre il sagit du point de vue du président de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), Paul Mayaux – « la détresse psychologique de ceux qui ont une perte de confiance totale en la formation et en eux-mêmes et pour qui il semble compliqué de se confronter à nouveau au présentiel ! »

Cela rejoint une précédente étude commandée par FAGE auprès dIpsos où 84% des étudiants interrogés avaient avoué avoir décroché de leur formation après le premier confinement. Un score déjà alarmant, montrant, au-delà de la dimension sociale et psychologique, la nécessité impérieuse pour tous les étudiants de créer rapidement les conditions de leur retour en cours.

Parce que, sinon, que lon partage ou non les idées de l'étudiant en Sciences-Politiques et chroniqueur des Grandes Gueules sur RMC, Maxime Lledo, qui a publié début mars aux éditions Fayard « Génération fracassée », nous devrons, au moment de faire le bilan du Covid-19, évoquer les « Gueules cassées » de la génération estudiantine 2020

Maxime Lledo, qui dénonce « le discrédit dont souffre les jeunes de la part des sachants qui ne cherchent pas les solutions concrètes pour que sa génération puisse sortir de limpasse », commence, quant à lui, son ouvrage en paraphrasant un certainCharles Aznavour : « Je vous parle dun temps que les plus de 20 ans ne peuvent pas connaître ! » C'était « Hier encore… »

Camille Gablo

Sondage réalisé par l’Université de Bourgogne

17 450 réponses

Souhaitez-vous pouvoir revenir suivre vos cours en présentiel ?

Non : 8 787

Oui : 8 663