Le vice-président de Dijon métropole Antoine Hoareau vient d’être nommé au bureau du comité de bassin Rhône-Méditerranée ainsi qu’au Comité national de l’eau. Celui-ci nous détaille les grands projets autour de l’eau mais pas seulement : président du CCAS, il est sur le front pour lutter contre la crise sociale qui s’aggrave. Secrétaire de la section du PS de Dijon, il œuvre également en vue des prochaines élections départementales et régionales. Interview d’un élu à l’actualité chargée…
Dijon l’Hebdo : Vous venez d’être élu au bureau du comité du bassin Rhône-Méditerranée ainsi qu’au Conseil national de l’eau. N’est-ce pas aussi une reconnaissance du travail effectué par Dijon et la métropole avec, notamment, la création de la SEMOP (société d’économie mixte à objet particulier) en charge de l’eau et de l’assainissement ?
Antoine Hoareau : « C’est certain, la SEMOP représente une véritable nouveauté pour le territoire. La métropole a toujours été présente dans les instances mais nous rentrons, cette fois, au bureau du comité du bassin et au comité national de l’eau qui affichent leur importance puisque ce sont eux qui décident de la stratégie de l’Agence Rhône-Méditerranée-Corse sur toutes les politiques publiques portées par l’Etat en terme de gestion de l’eau, de ressource et d’assainissement. La métropole retrouve ainsi une place importante. C’est une très bonne chose qui va nous permettre d’être plus au fait des différents programmes et de pouvoir être en situation d’aller chercher des financements pour nos projets ».
DLH : Justement, où en êtes-vous du projet de la méthanisation des boues de la station d’épuration hôpital ?
A. H : « Nous avons adopté ce projet au conseil métropolitain de novembre. Il représente un investissement de taille : 28 M€ HT. Nous voulons que ce soit opérationnel d’ici fin 2022. Je rappelle que le but de la méthanisation est d’utiliser les boues issues de la station d’épuration afin de créer du bio-gaz et que celui-ci soit ensuite réinjecté dans le réseau de gaz de ville de GRDF. Ce projet a donc deux vertus : limiter le rejet des boues dans le milieu naturel et réaliser une recette pour la collectivité ».
DLH : Quid également de la micro-filtration des plastiques et des micro-polluants à la sortie de la station d’épuration ?
A. H : « Ceci s’inscrit dans l’objectif général de réduction de notre empreinte carbone collective. Il faut limiter au maximum la pollution générée par l’activité humaine. Cela passe par des grandes campagnes de sensibilisation – telles qu’Ici commence la mer mais pas seulement… –afin d’éviter, dès la source, le rejet des plastiques dans nos cours d’eau et nos égouts. Ensuite, une fois que les eaux usées arrivent à la station d’épuration, l’idée est de sortir une eau exsangue de tout micro-polluant et de tout micro-plastique. Ainsi l’eau rejetée dans le milieu naturel n’aura plus l’impact de l’activité humaine. C’est un grand projet unique en Europe. Dijon sera un territoire d’expérimentation. Les études qui s’étendront jusqu’en 2024 auront pour objectif de vérifier la pertinence de la technologie avec des charbons actifs. Elle est utilisée aujourd’hui sur le traitement de l’eau potable mais elle ne l’a encore jamais été sur les eaux issues de station d’épuration ».
DLH : Tout comme à l’époque de l’hydraulicien Henry Darcy, la Cité des Ducs redeviendrait ainsi une véritable référence dans le domaine de l’eau…
A. H : « Exactement. C’est la continuité du XIXe siècle. Dijon a été la 2e ville d’Europe à avoir de l’eau potable au robinet grâce à Henry Darcy dont nous utilisons encore des ouvrages. Nous sommes ainsi en plein dans la continuité de cette histoire dijonnaise avec l’eau ».
DLH : Vous êtes également à la tête du CCAS de Dijon qui a particulièrement fort à faire dans la situation de crise sociale eu égard à la pandémie de Covid-19. Où en êtes-vous du nombre de dossiers traités par le CCAS ?
A. H : « Nous avons les chiffres 2020 et Dijon ne fait pas exception à la règle sur l’augmentation de la pauvreté que l’on constate en France et dans le monde suite à cette crise sanitaire. Le CCAS accueillait 2500 personnes en 2019 et, l’année dernière, ce nombre est monté à 3500. 1000 personnes supplémentaires ont demandé un soutien au CCAS. Les aides de subsistance accordées aux personnes en difficulté ont, quant à elle, crû de 19 %. Nous sommes dans l’action, depuis le début de la crise, avec, notamment, l’adoption d’un plan d’1,3 M€ supplémentaires au budget du CCAS qui se concrétise notamment par l’augmentation des aides de subsistance. Mais nous devons faire face à un problème de fond beaucoup plus large qui n’est autre que l’accroissement des inégalités dans notre pays. Un récent rapport d’Oxfam montre que les milliardaires se sont encore plus enrichis durant la crise. Il faut remettre de la justice sociale dans notre fiscalité. Le gouvernement actuel a supprimé l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en 2017. C’est une injustice scandaleuse ! Un autre exemple : nous étions récemment avec le maire de Dijon, François Rebsamen, au Secours populaire. Nous visitons les associations et nous ne le faisons pas seulement lors des campagnes électorales, contrairement à certains. Le Secours populaire nous a expliqué que, jusqu’en novembre, les grandes surfaces avec qui il avait l’habitude de travailler continuaient à donner. Ensuite, lorsqu’elles ont atteint leur potentiel fiscal maximal en terme de déduction d’impôts des dons effectués aux associations alimentaires, elles ont arrêté, si bien qu’en décembre il n’y a rien eu. Nous sommes dans un cynisme total de ces grandes surfaces qui ont fait des bénéfices colossaux pendant la crise. Nous nous retrouvons avec des structures qui font de l’optimisation fiscale sur le dos des plus précaires. Je ne me résoudrai jamais à cela ! »
DLH : Il faudra attendre encore quelque peu pour savoir si les élections régionales et départementales se tiendront effectivement en juin comme le préconisait le rapport Debré. Les repousser encore une fois ne mettrait-il pas à mal notre fonctionnement démocratique ?
A. H : « Je souhaite véritablement qu’elles puissent se tenir au mois de juin car il ne faut pas mettre la démocratie sous cloche ! La pandémie ne doit pas servir de prétexte à l’impossibilité de l’expression démocratique des citoyens. Nous avons vu le Portugal qui a voté pour élire son président et son gouvernement. C’est, au demeurant, un socialiste qui a été reconduit parce qu’il fait un travail formidable. La crise sanitaire n’a pas empêché la bonne tenue de ce scrutin ».
DLH : Ne craignez-vous pas tout de même une nouvelle abstention record ?
A. H : « A chaque élection, il y a la crainte de l’abstention. Elle arrive ou elle n’arrive pas, cela dépend des enjeux. Là, nous sommes sur deux scrutins très différents : les départementales, un scrutin très local, avec souvent des conseillers départementaux très connus sur leur territoire, et les régionales, qui ont un retentissement national. D’ailleurs, les médias nationaux ne parlent que des régionales, alors que les compétences des Départements mériteraient qu’ils s’y intéressent. Car nous sommes dans les compétences sociales et, en ce moment, nous en avons bien besoin ».
DLH : Parlons déjà des départementales. Il y aura une grande absente, Colette Popard, qui a annoncé qu’elle mettait un terme à sa carrière politique…
A. H : « J’ai été ému lorsque qu’elle a rendu sa décision publique parce que Colette Popard est une militante de la première heure du PS. Elle a adhéré à la fin des années 70 et a été de tous les combats. Elle a toujours été une grande militante et surtout une femme qui portait ses convictions. Que ce soit la lutte contre les injustices et les inégalités, la place de la femme dans la société et la politique… C’est effectivement un moment de la vie politique : Colette Popard arrête et transmet le flambeau ».
DLH : Et qui, dans vos rangs, portera ce flambeau ?
A. H : « Le temps viendra des annonces, nous sommes pour l’instant dans une phase de travail et de réflexion. Il y a un très bon bilan des élus des Forces de progrès face à un François Sauvadet qui a souvent été dans la caricature, dans l’invective. Malgré cela, l’opposition a toujours été constructive, a porté des propositions, a fait des amendements à chaque budget pour montrer qu’une autre politique était possible en Côte-d’Or. Et, en particulier, s’intéresser en priorité aux compétences du Département et aux personnes les plus fragiles, avant d’aller faire du saupoudrage ou d’autres choses que les compétences propres du Département. Nous valoriserons le bilan des Forces de progrès et il y a aura un vrai projet et des femmes et des hommes pour le porter. Tout vient à point à qui sait attendre ! »
DLH : La présidente de région Marie-Guite Dufay a annoncé qu’elle ne se prononcerait que fin mars sur ses velléités de se représenter ou non. Est-ce que ce ne sera pas trop tard, sachant qu’à droite mais aussi au Rassemblement national les postulants sont d’ores et déjà en campagne ?
A. H : « Elle est dans son propre calendrier et elle a raison. Aujourd’hui, nous vivons une crise économique et sociale grave et les Régions ont un rôle déterminant à jouer. Elle est dans l’action quotidienne. Le temps de la campagne viendra, les temps du bilan et du projet viendront… Les élus régionaux sont au travail aujourd’hui et c’est ce qu’on leur demande ! »
DLH : Si l’on en croit tous les sondages, la gauche divisée n’aurait aucune chance aux élections régionales. Défendez-vous l’union du PS avec les Verts pour ces échéances ?
A. H : « Oui. Il faut une union de la gauche mais pas à n’importe quel prix ! Cela vaut pour les régionales mais aussi pour les départementales. Il faut une alliance qui se fasse avant tout sur la base d’un programme de mandat. C’est ce qui a permis à la majorité extrêmement hétéroclite de tenir au conseil régional depuis 2015. Et ce, alors même que nous avons connu nombre d’évolutions politiques. Ce qui compte, c’est le fond. Une élection, ce n’est pas un concours, c’est l’avenir d’un territoire, d’un canton, d’un département, d’une région, de la France. Je suis pour une alliance large, surtout que la Bourgogne Franche-Comté a une spécificité que l’on ne mesure peut-être pas assez. C’est l’une des régions de France qui pourraient basculer au Front national. Je me refuse d’imaginer cette hypothèse, de voir notre région se replier sur elle-même, de la voir porter des politiques d’exclusion. Il faut au contraire des politiques progressistes qui permettent d’améliorer le quotidien des habitants. La question d’un grand arc républicain est essentielle contre le Front national. Et l’on se demande même parfois si la droite n’est pas plus à l’extrême droite que l’extrême droite elle-même. Notre objectif est de travailler et d’arriver à cet accord. J’espère que chacun mesurera la responsabilité qu’il aura en cas d’échec dans une région pouvant basculer à la droite extrême ou à l’extrême droite ! »
Propos recueillis par Camille Gablo





