Tous au cirque du jeudi !

18 heures. Jeudi de l’an II Covid. Un show grimaçant et ambigu se joue façon culbuto sur les écrans TV : l’adjudant-chef Jean Castex figure en tête du générique avec toute la troupe habituelle, dont le porte-drapeau Olivier Véran, notre ministre de la Santé dopé aux vitamines de l’autosatisfaction. Pourvu d’un diplôme de médecin neurologue, celui-ci a fort peu exercé. Il a tout de suite eu le flair, au sortir de ses études, de s’investir jusqu’au nombril dans les laboratoires de la vie associative médicale en Isère. Et hop là-boum ! Le voilà s’élançant dès lors de cet excellent tremplin pour une trajectoire politique qui l’a conduit à la députation en 2015. Son hobby ? Mettre la santé publique et l’univers hospitalier en équations. Pas du tout - mais alors pas du tout - le genre du bonhomme à donner dans l’humanisme et dans l’empathie pour le malade …

Applaudissons d’ailleurs des deux mains son numéro de jongleur. Car jeudi après jeudi, Olivier Véran améliore ses performances au rodéo des graphiques, des courbes, des statistiques ainsi que dans ses équations à X inconnues au sujet des centres de vaccination en surchauffe – inaccessibles à bon nombre de citoyens âgés ou en santé très précaire. Qui lui demandera ainsi qu’à ses comparses des comptes pour la magie pernicieuse à faire sortir un lapin du chapeau, au cirque du jeudi soir ?

La gestion chaotique de la pandémie par les staffs ministériels s’accompagne de bien des mensonges d’Etat : il suffit d’examiner d’un œil critique tous ces graphismes en trompe-l’œil destinés à maquiller l’incurie, les valses-hésitations de l’Exécutif. Une preuve entre mille ? En proclamant haut et fort la création de 400 postes administratifs dans les ARS (Agences régionales de santé) -dont on a pu déplorer la lourdeur administrative ainsi que la paralysie affligeante de leurs cadres - Olivier Véran s’est abstenu de s’interroger sur le bien-fondé d’une décision inappropriée au vu des résultats minables de ces structures obsolètes, voire inopérantes, que sont les ARS. Il s’est bien gardé également d’annoncer dans la foulée qu’il maintenait le cap des fermetures de lits en secteur hospitalier public : le Grand Est fait les frais de cette stratégie dramatique et condamnable au regard de l’actualité du coronavirus depuis le 1er confinement de mars 2020 ! Les maires de Dijon et de Besançon viennent de monter au créneau dans un récent communiqué, exprimant leur indignation face à une campagne de vaccination entravée par un manque de doses de vaccins dans les centres installés de leurs cités. Que dire du fait que le Ministre n’a pas pris à bras-le-corps – alors qu’il s’y était engagé après avoir succédé à Agnès Buzyn - la situation erratique du personnel soignant en France ? Une majorité d’infirmières et d’infirmiers abandonnent la profession ou partent exercer à l’étranger au bout de cinq ans accomplis en milieu hospitalier public français. On mesure l’immensité à tous les niveaux d’un tel gâchis alors que ces professionnels ont effectué 3 ans d’études – voire 5 ans pour se spécialiser.

Autre point névralgique : l’allégeance aux sphères politiques d’un grand nombre de professeurs de médecine, de chefs de service de CHU ou de mandarins de tout poil. En se baladant depuis un an d’un plateau de télé à l’autre afin de disserter sur les tenants et aboutissants du coronavirus, ces pontes du scalpel, du stéthoscope et de la médiatisation se taillent à bon compte une notoriété auprès des élus nationaux ainsi qu’auprès des responsables des collectivités territoriales. Ces grandes manœuvres via la télé leur permettront de se voir attribuer plus aisément – et non au pro rata d’une compétence prouvée - qui, un scanner, qui, un équipement dernier cri… Il règne dans tout ce monde-là une omerta dommageable pour les patients. Nous en payons le prix fort à l’heure actuelle. Mais selon la formule en usage dans la profession, « Cher Confrère, merci d'admettre la Santé publique en urgence...» 

Marie-France Poirier