« Fin, astucieux. S’en défier »

Ainsi Napoléon qualifiait-il « le Spartacus noir » : Toussaint Louverture, chantre de la révolution haïtienne, celui en lequel Aimé Césaire reconnaissait « le précurseur » de la vague indépendantiste qui balaya 150 ans après sa mort les empires coloniaux français, britannique et portugais.

Si on connaît mal sa vie avant 1790, esclave affranchi, il acquiert vers l’âge de 30 ans une plantation. Il se révèle en 1791 comme une figure incontournable de la révolte de Saint-Domingue, ralliée en 1794 à la République Française.

Il incarne l’homme nouveau imaginé par les révolutionnaires de 1789, un homme avec ses enthousiasmes, ses contradictions et ses mystères.

Réclamant l’égalité pour tous dans une lutte sans merci qui suscita, tour à tour, étonnement et admiration, devenu gouverneur de Saint-Domingue dont la constitution « abolit l’esclavage pour toujours », il provoque la colère de Bonaparte qui, redoutant de voir naître un « empire noir » contraire aux intérêts des riches colons de la perle des Antilles, missionne le général Leclerc pour mater l’insurrection.

On doit à l’historien britannique Sudhir Hazareesingh une remarquable biographie de Toussaint Louverture publiée chez Flammarion, laquelle s'appuie pour la première fois sur les nombreux écrits laissés par un homme à la réflexion audacieuse forgée à la lecture des penseurs des Lumières.

Capturé en 1802, il est déporté en France, passant par le Château de Dijon avant de mourir de froid et de faim au Fort de Joux (Doubs), fidèle jusqu'au dernier jour aux idéaux de « liberté, d’égalité et de fraternité », léguant à la postérité une vie énigmatique sur laquelle le magnifique travail d'enquête de l’auteur vient jeter de vives lumières.

Un superbe portrait.

Pierre P. Suter

« Toussaint Louverture »

Sudhir Hazareesingh

Flammarion – 592 pages – 29 euros