Les brèves de Jeanne Vernay

Castex version Tintin

Certes, la Covid 19 et le mythe noir qui l’auréole ne prêtent pas à rigoler. Mais - me direz-vous - essayons l’humour qui a sauvé de bien des situations ! Prenons notre actuel locataire de Matignon. Quand il est en grande forme, il devient une sorte de Dupont-Dupond dignes des meilleurs Tintin. Donc, notre Jean Castex national, alias Monsieur Déconfinement-Reconfinement s’est illustré avec les propos suivants à la mi-octobre : « Le meilleur moyen, euh ! le meilleur moyen, oui je dis : le meilleur moyen de ne pas aller à l’hôpital, euh ! oui, c’est de ne pas tomber malade ! » Notre 1er Ministre, dont on nous répète qu’il a fait l’ENA, a donc tout d’un brillant penseur… Je trouve qu’il a l’art de débiter des platitudes. Seul, son accent du sud-ouest parvient à lui conférer un chouïa de relief. S’il m’est permis de formuler un vœu, j’aimerais qu’il cesse de jouer les pères fouettards. C’est insupportable d’être pris pour des sales gosses qui se moucheraient trois jours de suite dans le même Kleenex et qui n’auraient toujours pas saisi la dangerosité du Coronavirus.

Docteur Knock

Toujours à inscrire dans la rubrique « Cette pandémie qui nous fait des niches », voici la perle que la cousine de ma voisine de palier a reçue d’un laboratoire. La brave dame avait chopé une fièvre carabinée et une toux inquiétante qui l’ont conduite à consulter son toubib. Devant l’état de la patiente, celui-ci lui prescrit un test, histoire de vérifier si oui ou non il y a présence de la Covid. La parente de ma voisine qui habite le fin fond de l’Ardèche a dû se rendre trois fois au labo le plus proche. Ce qui lui a valu de faire au total quelque 120 kilomètres avant de pouvoir se faire tester. Une fois la chose enfin faite, on lui précise qu’elle recevra un courrier d’ici à 5/6 jours. Quelle ne fut pas sa surprise de lire les résultats dûment signés du médecin, patron du laboratoire d’analyses : « Vous êtes négative à ce jour. Mais vous pouvez avoir été infectée ultérieurement » (sic). Moralité de ce petit fabliau : l’Esculape ardéchois devrait peut-être se shooter à la vitamine C et au carotène de la sémantique ! Allez docteur Knock, dites 33 et on n’en reparlera plus…

Fleur bleue

Je n’aime pas vraiment les séquences pub à la télé, toujours criardes et racoleuses. Mais depuis que nous sommes à nouveau entrés dans le huis-clos Covid-19, je les vois sous un jour plus positif : les spots des annonceurs de biscuits, de pizzas, de spaghettis, de sorbets, d’Ajax ammoniaqué ou non, de produits adoucissants-lessive super douillets et tutti quanti nous proposent des séquences de vie où tout le monde se tient au coude-à-coude sans distanciation sociale, où on s’embrasse à bouche-que-veux-tu. Ca fait rêver ! Quant aux « réclames » (comme on disait jadis) pour les automobiles, elles ne lésinent pas sur les scènes torrides et passionnées dans des paysages loin de chez soi absolument fantastiques. Et avec Johnny Deep au volant. Et là, je craque et je confesse mon côté fleur bleue, ma soif d’évasion vers l’irréel du présent… Comme quoi, le confinement vous transforme la psyché !

La leçon

A la suite de ma première sortie au galop pour faire des courses de première nécessité dès le lendemain du reconfinement, je suis rentrée chez moi attristée de voir à nouveau les boutiques quasi toutes fermées. J’imagine les drames, les détresses qui sont désormais le lot de nombreux commerçants. Je pense à tous ces coiffeurs, restaurateurs, ces détaillants qui ont réalisé de gros efforts de réaménagement de façon à accueillir les clients dans le respect des normes sanitaires depuis des mois. A quoi bon chercher qui est le ou les responsables de la propagation de la pandémie ? Il n’y a peut-être pas vraiment de coupable si ce n’est qu’un virus peut damer le pion à l’humanité toute entière. A méditer…

Vivre livre et libre !

Premier samedi du « reconfinement ». La déplorable nouvelle vient de tomber. Nous voilà tous privés de livres, na ! Je partage tout à fait la détresse des libraires qui ont déployé des trésors d’ingéniosité pour respecter les normes de sécurité sanitaires et se trouvent pourtant contraints à baisser le rideau. Hélas, dans les cahiers de doléances que leurs représentants professionnels ont fait parvenir illico presto aux sphères Elysée/Matignon, ceux-ci exprimaient leur indignation face au maintien des espaces-librairie des grandes ou moyennes surfaces. Ca n’a pas fait un pli : les préfets sont montés au créneau et ont fait fermer les rayons-livres de Carrefour, Super U, Leclerc, Monoprix etc. Nous sommes désormais plongés dans un climat digne du film « Fahrenheit 451 », où un autodafé géant a eu la peau du moindre livre… J’interprète cette nouvelle privation comme le signe d’une nouvelle violence morale perpétuée à l’encontre des femmes et des hommes amoureux fous des bouquins. Une certaine tolérance aurait eu davantage de classe : on aurait pu entrevoir tout au bout de ce tunnel de Coronavirus un brin d’humanisme !