Dijon arme sa police le soir

Dijon rejoint les garnisons de villes armant leur police municipale. Tout en dévoilant le recrutement de 30 agents supplémentaires dans les deux ans à venir – ce qui portera l’effectif total à 100 –, le maire François Rebsamen a annoncé l’armement létal de l’équipe de nuit de la police municipale. Une décision inhérente « à l’évolution de la société ! »

Dans un premier temps, ce sont les policiers municipaux de l’équipe de nuit qui bénéficieront d’une arme létale. Une évolution d’importance en matière de tranquillité publique à Dijon…

C’est dans les locaux de la Police municipale de Dijon que le maire, François Rebsamen, et sa première adjointe, Nathalie Koenders, ont dévoilé l’acte II de la tranquillité publique. Au-delà du symbole, l’annonce était de taille : la capitale régionale rejoint l’importante garnison de villes de l’Hexagone ayant décidé d’armer leur police municipale (62%). Et ce, rendant efficient ce qui était inscrit noir sur blanc dans le programme municipal de la liste « Dijon c’est capitale ». La proposition 89 du défi destiné à « favoriser encore et toujours le quotidien des Dijonnais » prévoyait, en effet, de poursuivre le recrutement et la professionnalisation des policiers municipaux et d’étudier les conditions d’un armement létal. Au terme d’un débat identique à celui de 2015, où, à l’époque, la conclusion avait été tout autre, mais « depuis, la société a évolué », le premier magistrat et son équipe ont décidé de franchir le pas, en dotant, dans un premier temps, d’arme létale l’équipe de nuit de la Police municipale. Composée à l’heure actuelle de 12 agents, son effectif sera amené à être revu à la hausse, eu égard aux futurs recrutements dévoilés également à cette occasion. Tout comme dans l’acte I de la tranquillité publique, 30 policiers municipaux supplémentaires sont annoncés dans les 2 à 2,5 ans à venir. Un premier recrutement de 15 personnes sera engagé d’ici le 1er semestre 2021 et ce n’est que lorsque celui-ci aura été satisfait et qu’« une formation importante adaptée aura été dispensée » que les armes létales feront leur apparition. Les horaires de l’équipe de nuit présente actuellement de 17 h 36 à 1 h 20 pourront également subir des modifications.

Contrat de sécurité renforcé

A terme, Dijon disposera ainsi de 100 policiers municipaux afin de « garantir la tranquillité publique, la sécurité publique restant du domaine de l’Etat », comme l’ont précisé, de concert, les deux édiles, à la veille d’élaborer un nouveau contrat local de sécurité renforcé avec l’Etat.

Les Villes se livrant une rude bataille en matière de recrutement dans le domaine, une révision statutaire et une revalorisation salariale des policiers municipaux dijonnais ont également été annoncées.

Le maire n’a pas manqué à cette occasion de dévoiler les chiffres de la délinquance : « En septembre 2020, 441 atteintes aux biens ont été enregistrées contre 375 à la même période l’année précédente. Les atteintes à l’intégrité physique sont quant à elles de 160 contre 122. On voit bien qu’il y a une évolution assez importante de faits qui sont souvent de la petite délinquance : occupation de halls d’immeuble, dégradations, injures… Ces délits méritent d’être réprimés ». Non sans fustiger la réduction des effectifs de la Police nationale sous Nicolas Sarkozy : « Je rappelle qu’il il a supprimé 13 000 postes. Sous François Hollande, on a recréé 7 000 postes affectés principalement à la lute contre le terrorisme. Le trou est resté, et depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, l’embauche se poursuit. Dans la Loi de Finances, 1 300 postes sont ainsi prévus ».

Longtemps pressenti au ministère de l’Intérieur place Beauvau avant d’occuper le ministère du Travail sous François Hollande, François Rebsamen a écrit une nouvelle page de l’histoire (sécuritaire) dijonnaise…

Camille Gablo

 

François Rebsamen : « Nous sommes vigilants »

François Rebsamen, maire de Dijon : « Les capacités d’action de la police municipale seront renforcées. Cela suppose un investissement plus marqué de la prévention de la délinquance et de la citoyenneté et un renforcement des relations avec les services de l’Etat, que ce soit la préfecture, la police nationale, le parquet et l’Education nationale. L’acte I en 2015 avait déjà entraîné une réorganisation très importante avec une professionnalisation du personnel, la mise en place d’une équipe de soirée, et le développement de la vidéoprotection. Nous avons aujourd’hui 140 caméras et s’il faut les renouveler ou les développer nous le ferons. L’orientation de cet acte II est l’augmentation des effectifs de la police municipale. Je rappelle que les troubles de la tranquillité publique relève de la police municipale pendant que la sécurité publique relève, quant à elle, du pouvoir régalien de la police nationale. Lorsque des villes s’engagent dans le développement de leur police municipale, en corollaire, c’est parfois la réduction de la police nationale. Ce n’est pas le cas à Dijon où nous avons obtenu un renforcement de la police nationale de 20 postes sur le terrain : 15 sont déjà là et 5 autres arriveront prochainement. Nous sommes vigilants. Ce sera l’occasion de renouer un nouveau contrat local de sécurité renforcé avec l’Etat. Sachez qu’une compétition féroce existe entre les villes pour le recrutement des policiers municipaux. Il faut une revalorisation de leur métier, des moyens optimum de fonctionnement – ce qui est le cas à Dijon. Je le répète souvent : en matière de tranquillité publique, tout commence par la prévention. Je n’ai pas polémiqué pour polémiquer lorsque j’ai dit qu’il était regrettable que le Département de la Côte-d’Or n’assume pas ses fonctions en matière de prévention spécialisée. Elle n’existe plus dans notre métropole du fait de cette décision. On bascule très vite ensuite dans la dissuasion qui n’est autre que la présence de policiers, de bleus sur le terrain. Ensuite, il faut que la sanction soit là et aille vite. J’ajoute enfin que la réparation des victimes passe aussi par l’information à la population des arrestations ou des sanctions ».

Nathalie Koenders : « La société a évolué »

Nathalie Koenders, 1re adjointe, déléguée à la transition écologique, au climat et environnement, à la tranquillité publique et l’administration générale : « Nous allons augmenter les capacités d’action avec le recrutement de 30 policiers supplémentaires pour atteindre un effectif de 100 policiers municipaux dans les 2 à 3 ans. Nous lançons le recrutement dès demain. Nous avons souhaité une révision statutaire et une revalorisation salariale de cette profession, avec une augmentation en moyenne de 80/90 € par mois. Concernant l’armement létal, nous nous étions déjà interrogés sur cette question en 2015 et nous avions décidé, après plusieurs ateliers, que ce n’était pas opportun à l’époque. La société a évolué, le contexte a changé et il a été décidé l’armement létal, dans un premier temps, de l’équipe de soirée de la police municipale pour faire face à d’éventuelles problématiques. Ce n’est pas anodin d’avoir une arme sur soi et cela demandera une formation poussée. Un accompagnement psychologique est, notamment, programmé. Nous réfléchissons également à les faire travailler plus tard afin de faire correspondre leurs horaires avec la vie nocturne. La sécurité doit rester du domaine de l’Etat, aussi faut-il co-construire Etat-municipalité-justice cette sécurité à laquelle les Dijonnais aspirent tous ! ».