LA LETTRE DES PIQÛRES

Ma chère maman, ce petit mot pour te dire que j'ai eue mon bac. Je ne sait pas si j'en ai le niveau, car j'ai eu beaucoup de chance. En devoir sur table de la salle à manger, je suis tombé sur le texte des Porc-épics de Schopenhauer pour mon commentaire filosophic. J'ai eu 17, ce qui me done le bac haut les mains grasse au coefficient des marées.

Permets-moi de te narrer compendieusement cette parabole extraite des Parerga et Paralipomena que ma grande sœur me lisait avant de m'endormir: « Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, nous explique le philosophe, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières." Force est de constater, poursuivis-je, que dans notre société, toute empreinte de solidarités égoïstes, la politesse, premier signe de fraternité, est malmenée. Ainsi "bonjour, merci, pardon, s'il vous plaît !" semblent appartenir à des pratiques d'un autre temps. Les grandes surfaces l'ont bien compris et chaque vendeuse, chaque caissier, vous reçoit désormais avec un "Bonjour" liminaire parfaitement artificiel et télécommandé par des directives : est-ce une attente de retour, une « captatio benevolentiae », un exemple à suivre, un pacte de non agression ? "L'enfer, c'est les autres" nous disait Sartre. On est arrivé à ce point qu'on est prêt à marcher sur les autres, à les gruger dans une queue, à les bousculer devant une porte, à les pousser dans les transports et trop souvent à leur mettre une main aux fesses. Le "ouais" a remplacé le "oui"... Grossièreté et manque d'éducation sont aujourd'hui matérialisés par des écouteurs bien enfoncés dans les oreilles pour se prémunir de ce que dit l'autre, voire de ce qu'il est. J'ai terminé mon propos en faisant un parallèle avec la pandémie récente. La bonne distance, qu'on appelle curieusement distanciation sociale, commence par ce que dit Shopenhauer … mais, comme le rappelle Jean-Jacques, la société corrompt l'homme.

Trèfle de plaisanterie, bone maman, maintenan que j'ai mon bac, je peux redevenire moi-même. Je suis pour le contrôle continue à la maison cause qu'en cas de trou dans la mémoire on peux zyeuter Wikipédiatre. En plus on peux regardée la ministre de la culture au milieu des histoires de cul des Grosses têtes, on peux mettre Sibeth en replay sur Nostalgie, on peux kiffer la danse de Balkany qui chie sur la Justisse, on peut voir les magistrats barbouzes d'hier aquittés par leur garde des « seaux d'hommes égaux morts » come disaie Prévert, lui qui tirat tant sur eux à boulay rouges. Le blême dans tous ça, c'est qu'on a finie par avoire des masques pour la Covide mais qu'on a toujours rien contre les piquants des guignols.

Alceste