(Re)découvrir Claudio Monteverdi

Claudio Monteverdi est né en 1567 à Crémone, haut-lieu de la lutherie italienne depuis la Renaissance.

Il reçoit une formation humaniste jusqu'à l'université ainsi qu'une riche éducation musicale par l'apprentissage de l'orgue, de la viole, et du chant au chœur de la Cathédrale de Crémone par Marc'Antonio Ingneri. Son maître lui inculque également le contrepoint strict et le jeune Monteverdi publie dès 1582, à l'âge de quinze ans, un recueil de petits motets sacrés.

C'est grâce à la publication de son Premier Livre de Madrigaux à cinq voix en 1587 qu'il se fait connaître en Italie et au-delà. À partir de 1590, année où son Deuxième Livre de Madrigaux est publié, Monteverdi se fait engager par le Duc de Mantoue en tant que violiste et chanteur.

La vie musicale et culturelle à la Cour de Mantoue, l'une des plus dynamiques dans l'Italie de la fin du XVIe siècle, permet à Monteverdi de côtoyer de grands artistes (dont Giaches de Wert, alors au poste de Maître de Chapelle chez le Duc, ou encore le poète Guarini qu'il avait mis en musique), mais également de voyager avec son employeur. Après sa nomination en tant que Maître de Chapelle en 1601, Monteverdi devient chef d'orchestre puis Maître de musique à la suite de Benedetto Pallavicino.

En 1605, la publication de son Cinquième Livre de Madrigaux à cinq voix provoque une polémique dans le milieu musical : Monteverdi répond au chanoine, compositeur et théoricien Giovanna Maria Artusi qui avait critiqué ses licences de son Quatrième Livre et revendique le clivage entre la prima prattica (style ancien obéissant au contrepoint rigoureux de la polyphonie du XVIe siècle) et la seconda prattica, le style nouveau. C'est dans cet ouvrage qu'il introduit la basse continue, et donc l'instrumental dans un genre essentiellement vocal jusqu'à présent, la musique étant régie par des effets devant provoquer les affects de l'âme.

L'année 1607 voit la création de son premier opéra à la Cour de Mantoue, L'Orfeo, alors que le genre n'en est qu'à ses débuts, confirmant les éléments de seconda prattica tels que le chant monodique (à une voix) accompagné par la basse continue, le rythme de la prosodie basé sur le débit parlé (le style récitatif), le style imitatif (ou stile rappresentativo, c'est-à-dire dans lequel la musique imite ce qui est dit dans le texte) ainsi que l'émergence de la tonalité. Son deuxième opéra, une tragédie en musique, est composé l'année suivante et s'intitule L'Arianna, mais seul un fragment (le lamento) nous est parvenu. Le compositeur continue à écrire de la musique religieuse, notamment en 1610 avec les Vespro della Beata Vergine (Vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie) et la Missa in illo tempore, composée dans un style plus ancien. La mort du Duc en 1612 ainsi que l'état désastreux des finances de la citée lombarde l'obligent néanmoins à quitter Mantoue.

En 1613, Monteverdi obtient le prestigieux poste de Maître de Chapelle à la basilique Saint-Marc de Venise. Il écrit beaucoup de musique religieuse et occupera ses fonctions jusqu'à sa mort, ce qui ne l'empêche pas de continuer à composer des Madrigaux (le Sixième Livre est publié en 1614, le Septième en 1619), et d'honorer des commandes de ballets et d'opéras pour d'autres villes italiennes : parmi les ouvrages achevés, Andromède en 1618-1620 pour Mantoue, Le rapt de Proserpine (1630) et Le Mariage d'Énée à Lavini (1641) pour Venise, sont aujourd'hui tous perdus. En 1632, Monteverdi est ordonné prêtre et publie ses Scherzi musicali in Stilo recitativo.

Son Huitième Livre de Madrigaux, publié en 1638, contient des madrigaux dont la composition s'étend sur plus de trente ans et sont également appelés Madrigali guerrieri e amorosi (Madrigaux de la guerre et de l'amour) : c'est dans cet avant-dernier livre que sont publiés le « Lamento de la nymphe » ou encore « Le Combat de Tancrède et Clorinde », madrigal composé en 1624 et dont l'essence dramatique réside autant dans l'écriture vocale qu'orchestrale. Le début de la décennie 1640 voit la publication du recueil Selva morale e spirituale, littéralement « Forêt morale et spirituelle » (1640-1641), ainsi que les créations des deux derniers opéras de Monteverdi.

Le Retour d'Ulysse dans sa patrie fut représenté pour la première fois en 1641 au Théâtre San Cassiano, le premier établissement d'opéra public et payant inauguré en 1637, tandis que Le Couronnement de Poppée, créé au Théâtre Santi Giovanni e Paolo qui avait ouvert ses portes en 1639, fut composé pour le Carnaval de Venise de 1642-1643.

Monteverdi meurt en novembre 1643, et son nom tombe peu à peu dans l'oubli après les publications posthumes d'une Messe à quatre voix et Psaumes de une à huit voix (1650) et de son Neuvième Livre de Madrigaux (1651). La redécouverte de son œuvre s'opère au milieu du XXème siècle, notamment à l'initiative de Nicolas Harnoncourt.