Marie-Claude Pascal s’en est allée. On ne verra plus la jolie silhouette de cette femme charmante dans les rues du Vieux-Dijon qui fut son amour, sa passion et l’objet de toutes ses recherches historiques. Partager sa compagnie lors de l’une des journées du Patrimoine en septembre, c’était un vrai bonheur. Oui, un grand bonheur de l’esprit, un plaisir plein d’alacrité que de découvrir sous sa houlette tel ou tel détail architectural ou sculptural d’un escalier rue de la Chouette, ou encore l’histoire intime d’un bel hôtel particulier du quartier des Antiquaires.
Plus d’une fois, les Dijonnais l’ont aperçue – elle était à l’époque Conservateur du Vieux-Dijon – au détour de la Place des Cordeliers, de la petite rue François Rude, ou encore rue des Verriers faisant visiter notre ville à des célébrités – l’ex-reine de Thaïlande, Madame Chirac, Claudia Cardinale etc. Il fut un temps où le Figaro Magazine avait consacré une page aux réalisations qu’elle avait menées avec brio au sein des parcs et jardins, en faveur également de la préservation de notre bâti ancien. Sur les photos qui illustraient cet article, on l’y voyait radieuse avec sa fille chérie Julie, au pied du Grand Théâtre.
Marie-Claude aimait les enseignes qui signalent la spécialité des commerces depuis le haut Moyen-Age. Elle avait entraîné de nombreux commerçants dans cette réhabilitation, qu’elle avait impulsée avec une petite touche de modernité, voire d’humour. Au fil des années, ceux-ci avaient su apprécier ses conseils : l’un pour la peinture de sa devanture en bois, un autre pour une configuration nouvelle de son magasin…
D’ailleurs, elle était femme à adorer passer le plus souvent possible rue Pasteur, afin de s’amuser à regarder le carrelage absolument trognon de petits cochons roses-bonbon d’une ex-charcuterie – aujourd’hui transformée en simple pas-de-porte. Une grande familiarité avec les siècles passés, des études universitaires d’Histoire l’avaient incité à écrire une série de plaquettes sur Dijon côté ville/côté jardins qui fait date, séduit le lecteur tout comme le touriste par une qualité d’écriture remarquable ainsi qu’une érudition. Marie-Claude avait par son intelligence quelque chose qui faisait lien avec les esprits des 17ème et 18ème siècles, ainsi que leurs cabinets de curiosités.
Au milieu de ses chats qu’elle a tant aimés – de Maspéro à Fyotine en passant par Lady – elle a conçu de nombreux albums illustrés par Pierre Duc. Connaissant sa griffe, la presse locale n’hésitait jamais à la solliciter pour publier un de ses contes de Noël toujours savoureux, magiques… Marie-Claude était née en Algérie ; elle en avait gardé une nostalgie douce et douloureuse. Tous les ans, elle séjournait dans la maison de famille qu’elle possédait à Narrosse : elle en aimait la simplicité harmonieuse ainsi que celle de la campagne de la Chalosse, toute proche. Dijon l’Hebdo a publié un de ses écrits dans le numéro du 10 juin dernier. Le lire ou le relire, c’est se souvenir d’une personnalité qui tissait et retissait des lianes entre le Dijon d’hier et celui à venir …
Une légende sans fin
Marie-Claude Pascal était très versée dans la connaissance de la flore ainsi que dans celle du monde animal. Pas étonnant qu’elle ait eu à cœur de faire procéder à un moulage de l’original de la jolie chouette en pierre qui niche dans l’un des flancs de l’église Notre-Dame. L’initiative procédait d’une grande sagesse. En tant que conservateur du Vieux-Dijon, Marie-Claude l’avait prise sous son… aile. Et elle savait donc mieux que quiconque toutes les vicissitudes qui s’abattaient sur le sort du petit oiseau : la statue pouvant être dérobée par des admirateurs compulsifs, et – autre cas de figure – subir les dégradations dues à l’intérêt… tactile que des Dijonnais ou des touristes lui portent, pensant réaliser un vœu en la caressant. On doit à Marie-Claude cette belle idée de chouettes de substitution qui permet ainsi de perpétuer une légende sans fin. Romancière dans l’âme, elle avait fait de la chouette ainsi que des personnages du Jacquemart de Notre-Dame les héros de ses contes pour enfants.
Marie-France Poirier
L’hommage de François Rebsamen
« C’est avec émotion que j’ai appris le 12 juin dernier, le décès tragique de Madame Marie-Claude Pascal, conservateur du patrimoine en chef et historienne de l’art. Elle fut à la ville de Dijon, inspecteur du secteur sauvegardé, du 1er avril 1982 au 2 janvier 2010, date à laquelle elle fit valoir ses droits à la retraite. Dijon a été l’une des rares, voire la seule ville de France à compter parmi son personnel, un tel poste.
Mme Pascal eut la lourde tâche de conserver à notre secteur sauvegardé, l’un des plus vastes de l’hexagone, son caractère unique et son identité. Elle effectua sur le terrain un remarquable travail d’information et de prévention indispensable à la défense de notre patrimoine. Son rôle n’était pas de censurer ou d’interdire, mais d’indiquer ce qui est possible, ce qui est obligatoire et ce qui est recommandé.
Garante du patrimoine, elle veilla à l’application de la réglementation en concertation avec l’Architecte des Bâtiments de France, les institutionnels, les maîtres d’ouvrage publics et privés, et en collaboration très étroite avec les services du Pôle urbanisme et de l’architecture de la Ville.
Sa fonction pouvait s’assimiler à celle d’un médiateur. Elle faisait preuve de doigté, de persuasion, mais aussi d’une certaine fermeté lorsque les circonstances l’exigeaient.
Son rôle ne fut pas seulement de protéger, mais aussi de faire connaître notre patrimoine local, de le rendre accessible par une action permanente de pédagogie, à l’image de la traditionnelle remise des primes du secteur sauvegardé dont elle fut l’animatrice.
Mme Pascal démontra, tout au long de sa carrière, que la conservation du patrimoine n’est pas un obstacle au développement de notre ville, si elle s’accompagne d’une image et d’une pratique vivante.
La ville de Dijon lui rend hommage ».





