Deux lycéens dijonnais racontent leur confinement

Juliette, élève en Première à Charles-de-Gaulle et Tom, élève en Terminale à Montchapet, nous racontent leurs huit semaines de confinement, entre scolarité à distance, relations sociales et projets d’avenir.

Dijon l’hebdo : Qu’est-ce qui a été difficile pendant ces huit semaines ?

Juliette : « L’angoisse des cours, je suis dans une filière avec beaucoup de compétition (OIB section internationale) et les profs nous ont bombardés de devoirs. La pression est devenue grandissante avec les semaines, ajoutée à celle des diverses décisions qu’on apprenait au compte goutte ».

Tom : « Je n’ai pas été particulièrement stressé par les cours mais plutôt par le virus, j’avais peur pour mon entourage. Par contre, j’ai trouvé vraiment long de ne pas voir les copains pendant tout ce temps et puis, pour les Terminales, c’est étrange d’avoir terminé notre scolarité avec cette période. En mars, on pensait revenir au lycée trois semaines plus tard et finalement on n’y retournera probablement pas ».

DLH : C’était comment de n’avoir subitement plus d’horaires ni de trajet tout en continuant à étudier ?

Juliette : « Au début on a pris ça comme des vacances donc je me couchais très tard mais j’ai vite vu que se lever deux minutes avant un cours n’était pas idéal, donc les horaires habituels se sont remis en place. Avec les différents rendez-vous audio ou vidéo donnés par les profs, le rythme est finalement le même, malgré une sensation de dimanche répété ».

Tom : « Oui beaucoup d’adultes nous ont pensé en vacances mais nous avons eu suffisamment de devoirs pour ne pas nous ennuyer et, en Terminale, personne n’a pris les mois précédant le bac à la légère : les notes et appréciations de ces dernières semaines comptent, pour le contrôle continu comme pour les dossiers ».

DLH : Est-ce que ce fonctionnement a changé la relation professeurs / élèves ?

Juliette : « Oui assez, on les voyait en vidéo, avec parfois le chien qui aboie derrière ou l’enfant qui débarque, et puis j’ai trouvé plus facile d’envoyer un mail pour demander des précisions plutôt que poser la question devant tout le monde, donc le rapport était plus individuel. Pour une de mes amies, ce système a même permis une réconciliation avec l’apprentissage ».

Tom : « Mais tous les profs n’ont pas eu la même conduite. Certains nous contactaient quotidiennement tandis que nous n’avons plus de nouvelles de certains autres… Sans connaître la raison, on n’ose pas demander ».

DLH : Est-ce que cet événement a changé vos projets d’études ou d’avenir lointain ?

Tom : « Pas pour moi, je comptais entrer en fac de gestion à Dijon et je garde cette même idée ».

Juliette : « Oui assez. J’ai trouvé cette période angoissante donc je me suis intéressée de plus près à mon avenir, j’ai regardé des sites comme « inspire orientation » ou « study advisor » qui nous permettent d’échanger avec des étudiants et de vraiment nous renseigner. C’est comme ça que j’ai découvert des parcours originaux comme certaines filières à l’étranger qui me tentent beaucoup et puis surtout, depuis longtemps je voulais être ingénieure dans l’aérospatial et j’envisage maintenant des secteurs moins scientifiques ».

DLH : Et votre rapport à la société ou au monde ?

Tom : « Je me tiens beaucoup plus au courant des informations, oui. Avant je ne suivais rien et maintenant je regarde quotidiennement les statistiques concernant le virus et les informations plus générales sur internet. J’ai aussi compris qu’on ne pouvait rien prévoir puisque les différents gouvernements n’étaient pas prêts pour un événement pareil ».

Juliette : « Les grands enjeux m’ont paru vraiment réels donc je compte faire plus attention à ce qui touche à l’environnement ».

DLH : Comment s’est passée la cohabitation permanente avec votre famille ?

Tom : « Je devais passer du logement de mon père à celui de ma mère chaque semaine puisque mes parents sont séparés, donc ce point là était contraignant mais sinon il n’y a pas eu de problème ».

Juliette : « Chez moi non plus, par contre pas mal d’amis ont trouvé oppressant d’avoir les parents toujours sur le dos, même si leurs parents ont sûrement pensé la même chose… »

DLH : Qu’est ce qui vous a le plus manqué ?

Tom : « M’aérer, faire du sport. Les deux ou trois premières semaines, je me suis laissé aller puis j’ai eu besoin de me dépenser à nouveau donc avec une application je faisais chaque jour du renforcement musculaire ».

Juliette : « Me promener librement ».

DLH : Qu’est ce qui s’est révélé positif ?

Juliette : « Je n’ai jamais autant lu, j’ai notamment dévoré Pagnol. Je me suis aussi mise à la cuisine et à la peinture grâce à Pinterest et j’adore ! »

Tom : « J’ai recommencé à lire aussi et j’ai entrepris des travaux chez moi, en ce moment de la peinture, ce que je n’ai jamais pensé faire en temps normal ».

DLH : Qu’avez-vous fait en premier le jour du déconfinement ?

Juliette : « Je suis sortie sans attestation… »

Tom : « J’ai retrouvé des copains mais avec précaution, nous avions tous un masque et bien sûr pas de serrage de main ou de bises, seulement des « check coudes ».

Propos recueillis par C. C