Découverte d’une œuvre : Les Planètes (1914-1917) de Gustav HOLST

Les Planètes est un immense poème symphonique en sept mouvements du compositeur britannique Gustav Holst composé durant la Première Guerre mondiale et tendant à exprimer une vision astrologique des planètes du système solaire, chacune caractérisée par son titre faisant référence implicitement à la mythologie gréco-romaine. Successivement : Mars, celui qui apporte la guerre (mouvement composé en 1914 !), Vénus, celle qui apporte la paix, Mercure, le messager ailé, Jupiter, celui qui apporte la gaieté, Saturne, celui qui apporte la vieillesse, Uranus, le magicien et Neptune, le mystique. Chacun de ces mouvements contraste musicalement avec le précédent, rendant l’œuvre particulièrement attachante. Ce poème symphonique mobilise un énorme effectif orchestral et un important chœur féminin qui chante hors scène lors du dernier mouvement.

Mars, celui qui apporte la guerre
Le 1er mouvement commence avec une mesure à 5 temps, sur un rythme ostinato des timbales, des harpes et des violons frappant les cordes col legno (avec le bois de l’archet). Le 1er motif est introduit par les 3 bassons, le contrebasson et les cors V et VI. Après un crescendo de tout l’orchestre, le 2e thème est introduit aux trombones puis aux cors. L’intensité de la pièce augmente au fur et à mesure. Après un retour en force du 1er motif, la pièce s’achève sur un accord grave fortissississimo.
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er mouvement est très chaotique et inhumain, telle une marche guerrière céleste, les dissonances, la violence rythmique, renvoient très nettement à la guerre (Mars étant le dieu romain de la guerre). Par son imagerie involontairement cinématographique très accessible et surtout contemporaine (utilisation prépondérante des percussions), Holst a influencé nombre de compositeurs de musiques de films, la plupart ayant une formation classique (John Williams étant probablement le plus connu de tous). Des extraits de Mars, celui qui apporte la guerre ont été utilisés dans des bandes-annonces au cinéma, démontrant la puissance et l’efficacité d’une écriture en dehors des schémas classiques de construction musicale.

Vénus, celle qui apporte la paix
Le 2e mouvement contraste avec la rage du premier. Les notes ascendantes du cor annoncent dès le début une pièce de lumière et de paix. Après quelques mélodies jouées par différents instruments de l’orchestre, un violon solo joue un air très doux. Tous les violons répètent alors la mélodie, comme un écho. Après des variations sur la mélodie, les notes descendantes du cor se font entendre à nouveau. La mélodie du violon revient un peu avant la fin qui prend un peu d’ampleur pour la première fois du mouvement.

Mercure, le messager ailé
Le 3e mouvement joue un peu le rôle de scherzo très dynamique. Après une courte introduction sur des croches rapides, la 1e mélodie est introduite par un hautbois et un cor anglais. Suivent divers épisodes mélangeant cette mélodie et un 2e motif introduit tout de suite après le premier. Le mouvement se termine sur un accord bref.

Jupiter, celui qui apporte la gaieté
Tout comme Mercure, Jupiter commence rapidement, avec des cordes rapides d’où émerge une première mélodie syncopée. Un peu plus loin, la trompette et les bois font entendre une fanfare qui est ensuite reprise par les autres instruments de l’orchestre. Un ritenuto amène un 2nd thème avant que le 1er thème syncopé revienne. Après une augmentation de la tension, le calme revient avec le plus célèbre air de Holst, communément appelé « L’Hymne de Jupiter ». Les 3 premières mélodies se font réentendre.

Saturne, celui qui apporte la vieillesse
Ce mouvement débute très sombrement, les flûtes et les harpes marquant le rythme de la marche du temps. La contrebasse annonce tout d’abord la vieillesse, reprise par les violons puis le hautbois dans une intensité croissante jusqu’à ce que la jeunesse disparaisse dans un éclat de panique. Le mouvement se termine tranquillement, comme une acceptation de ce qui est inéluctable. Saturne était le mouvement préféré de Holst.

Uranus, le magicien
Le mouvement commence sur une sorte d’incantation de 4 notes qui annonce le magicien. Le mouvement qui suit est une danse qui va en s’intensifiant jusqu’à ce que la harpe rappelle doucement le thème du début et finit sur une véritable explosion de tout l’orchestre qui résonne en écho dans l’immensité. Ce mouvement n’est pas sans rappeler L’Apprenti sorcier de Paul Dukas (1897), notamment joué dans le film Fantasia de Walt Disney.

Neptune, le mystique
Le 7e et dernier mouvement est la pièce la plus impressionniste de Holst. Les instruments semblent errer dans le vide sans qu’aucun thème défini, comme dans les autres mouvements, ne prenne forme. Un chœur de femmes hors-scène se fait entendre, sans paroles. Ce son semble lointain, céleste. La clarinette émet un motif repris par les violons jusqu’à ce qu’un accord arrête brusquement la musique. Les harpes et le célesta annoncent la fin de l’œuvre, laissant la place à un long decrescendo des voix de femmes a cappella semblant se perdre dans l’infini.

Gustav Holst commence à écrire ce poème symphonique à l’âge de 40 ans. L’œuvre a été écrite entre 1914 et 1917, et créée à Londres le 29 septembre 1918, sous la direction d'Adrien Boult. À la suite de l'échec de The Cloud Messenger en 1913, Holst est invité en villégiature chez son ami Balfour Gardiner. La même année, son ami, le compositeur Arnold Bax et son frère Clifford les rejoignent afin d'apporter leurs lumières sur la composition et l'orchestration. Les frères Bax vont lui parler d’astrologie mais surtout vont dégager l’idée de la personnification de chaque planète du système solaire. Cette personnification apportera à chaque planète une humeur différente. Gustav Holst fera de chaque planète une partie de son poème symphonique. Cela eut pour effet de motiver et d'encourager Holst davantage. En effet, il n’avait jamais fait l’expérience d’une telle composition.

Le premier mouvement Mars fut composé juste avant le début de la Première Guerre mondiale (1914). Il s'agit, pour Holst, d'exprimer plus son sentiment d'une fin du monde, qu'une réaction face à la tragédie de la guerre. Le troisième mouvement Mercure, composé en dernier, sera dicté en grande partie à des proches collègues, à cause d'une névrite au bras droit, et sera achevé en 1916. Holst rangera ses partitions après les avoir terminées, croyant que personne ne pourrait monter en temps de guerre une œuvre demandant un aussi grand orchestre.

En septembre 1918, Balfour Gardiner loue le Queen's Hall pour une représentation semi-privée. Le chef Adrian Boult n'aura que deux heures pour répéter cette pièce très complexe, ce qui fera dire plus tard à Imogen Holst, la fille du compositeur :

« Ils (les deux à trois cents amis et musiciens qui étaient venus écouter) trouvèrent les clameurs de Mars presque insupportables après quatre années d'une guerre qui se poursuivait. […] Mais c'est la fin de Neptune qui fut inoubliable, avec son chœur de voix féminines s'évanouissant au loin, jusqu'à ce que l'imagination ne pût faire la différence entre le son et le silence ».