Dansons avec Alcina

Opéra en trois actes (HWV 34), troisième des opéras de Georg Friedrich Haendel inspirés de l’Orlando furioso (1516) – chants VI et VII – de L’Arioste (1474 – 1533).

L’Arioste s’était lui-même inspiré de l’Orlando innamorato de Matteo Maria Boiardo (1441 – 1494).

Le livret d’Alcina, dont l’auteur est inconnu, a comme source indirecte l’Alcina delusa da Ruggiero, écrit en 1725 par Antonio Marchi pour Tomaso Albinoni, représenté au théâtre San Cassiano de Venise, puis repris au théâtre San Moise, en 1732, sous le titre Gli avvenimenti di Ruggiero. Entre-temps, le livret avait été remanié par Antonio Fanzaglia pour l’Isola d’Alcina de Riccardo Broschi, représenté à Rome en 1728, et repris en 1729 à Parme sous le titre Bradamante nell’isola d’Alcina. Le livret d’Alcina s’inspire directement de celui de Fanzaglia. Terminé le 8 avril 1735, il fut créé à Londres le 16 avril 1735, pour la première saison du théâtre de Covent Garden.

L’œuvre connut dix-huit représentations et clôtura la première saison, le 2 juillet 1735. Carestini, en dépit de son refus initial de chanter l’aria Verdi prati, réemporta un grand succès. Marie Sallé fut également très remarquée, mais son costume de travesti fit scandale. On jouait l’opéra d’Alcina, dont le sujet est tiré de l’Arioste. Mlle Sallé avait composé un ballet dans lequel elle se chargea du rôle de Cupidon, qu’elle entreprit de danser en habit d’homme. Cet habit, dit-on, lui sied mal, et fut apparemment la cause de sa disgrâce. Cet insuccès provoqua son retour en France en juin 1735. Haendel reprit Alcina pour la nouvelle saison, après un an d’interruption, le 6 novembre 1736, pour trois représentations, dans une version raccourcie et sans ballet. Une nouvelle reprise eut lieu le 10 juin 1737, pour deux représentations. Reprise à Brunswick en février 1738, en partie en allemand, et en août 1738. Le manuscrit autographe est conservé à la British Library de Londres, et il existe des copies manuscrites à Hambourg, Cambridge, Londres et Manchester.

« L’enchanteresse Alcina attire les hommes sur son île magique où elle les transforme en rochers, ruisseaux ou bêtes sauvages. Elle tient ainsi en son pouvoir le chevalier Ruggiero, mais pour la première fois, en est tombée amoureuse. Bradamante, la fiancée de Ruggiero, qui voyage à sa recherche en se faisant passer pour Ricciardo, accompagnée de Melisso, ancien tuteur de Ruggiero, débarque dans l’île d’Alcina. Elle est accueillie au palais par Morgana, sœur d’Alcina, promise à Oronte, chef des armées de la magicienne, qui s’éprend du pseudo Ricciardo. Oronte s’en aperçoit et convainc Ruggiero qu’Alcina est amoureuse de Ricciardo. Melisso délivre Ruggiero du pouvoir où le tient Alcina, et feint d’être toujours amoureux d’Alcina. Ruggiero prépare sa fuite avec Bradamante, et Alcina, qui a perdu ses pouvoirs, ne peut s’y opposer. Les hommes ensorcelés retrouvent leur forme originelle ».

Alcina est avec Orlando et Ariodante le troisième opéra de Haendel inspiré du Orlando Furioso de l’Arioste. Le livret, qui est une sorte de variante du mythe de Circé, est basé sur celui de L’Isola di Alcina, une œuvre que Riccardo Broschi (le frère de Farinelli) fit représenter à Rome en 1728 et dont Haendel eut vraisemblablement connaissance lors de son voyage en Italie, l’année suivante.

A la différence d’Ariodante, qui se situe davantage sur un plan humain, Alcina est un opéra merveilleux qui abonde en transformations magiques et en effets surnaturels qu’adorait le public de l’opéra baroque.

Le choix d’une œuvre riche en effets de cette sorte était aussi dû au fait qu’à l’époque où il l’écrivit, Haendel, après les saisons au Haymarket et aux deux Royal Academy of Music, venait de s’installer au Théâtre Royal de Covent Garden et que ce théâtre était dirigé par John Rich, un homme qui accordait un soin particulier à la réalisation de ses spectacles.

Par ailleurs, ce théâtre disposait d’une machinerie particulière, qui renforçait l’illusion scénique et faisait participer le public plus intimement à l’action. Tout était donc réuni pour offrir un spectacle fastueux et, de fait, l’œuvre obtint un accueil triomphal.


Sur le plan musical, Alcina s’apparente à l’opera seria, c’est-à-dire à un genre qui fait se succéder des airs reliés par des récitatifs. A chacun des personnages, Haendel offre des pages brillantes, destinées à mettre en valeur la virtuosité vocale des chanteurs et les différentes facettes de leur talent. Le rôle de Ruggiero, initialement écrit pour un castrat, est interprété aujourd’hui par un mezzo-soprano. C’est pour lui que le compositeur écrivit l’air célèbre  « Verdi prati », que Giovanni Carestini, le castrat alto qui créa le rôle, refusa dans un premier temps, parce qu’il le trouvait indigne de son talent. Quant au rôle-titre, particulièrement riche et émouvant, il montre une femme dans la splendeur de sa séduction, mais aussi dans les affres du désespoir amoureux et de l’abandon.

Alcina fut l'un de ces premiers opéras « nouvelle manière », et le commentaire de Fanny Burney — « un opéra avec lequel Haendel semble avoir vaincu tous ses adversaires » — témoigne du succès du compositeur à adapter son style au nouveau goût du public de l’époque.