Le confinement se conjugue… avec l’école à la maison

Depuis la fermeture des établissements scolaires le lundi 16 mars, les domiciles parentaux se sont transformés aussi en salle de classe. Cela concerne, dans l’Académie de Dijon, plus de 260 000 élèves. Que vos enfants soient dans le premier degré, au collège ou au lycée, vous devez toutes et tous vous transformer, durant cette période difficile de confinement, en maître ou en professeur. Et ce n’est pas toujours chose aisée. Témoignages… des deux côtés de l’ordinateur !

Peut-être avez-vous vu sur les réseaux sociaux ce message devenu viral : « Et si ce n’était pas les profs qui étaient le véritable problème ! » Un peu d’humour dans ce monde de brutes, enfin, plus précisément, dans cette guerre contre le Coronavirus, ne nuit pas… Après plusieurs heures à avoir tenté, tant bien que mal, de se substituer aux enseignants pour beaucoup de parents (si vous nous dites le contraire, c’est que vos enfants font partie de ceux qui préfèrent s’assoir aux premières places dans la classe plutôt qu’au fond, confortablement installés au chaud près du radiateur !), vous jugerez cette boutade numérique fort à-propos ! Depuis la fermeture de tous les établissements scolaires, et afin d’éviter le décrochage, les enfants sont contraints de faire l’école à la maison. Et les parents de les encadrer… Ce qui n’est pas toujours chose aisée lorsque certaines de nos chères têtes blondes ou brunes, maniant elles aussi l’humour, évoquent « les Coronovacances ! » Dans cette période fortement anxiogène pour nos jeunes, qui, comme tous les psychologues le rappellent, sont de véritables « éponges », il est du rôle des parents de les rassurer, de les occuper mais aussi de les faire travailler. Un triptyque pas toujours simple à réaliser. Et c’est un doux euphémisme… surtout pour les adultes qui, dans le même temps, font partie de ceux qui continuent leurs activités professionnelles, sur leur lieu de travail ou bien à leur domicile… Il n’est pas toujours aisé de faire quitter à leur progéniture la TV, leur tablette ou encore leur console (où, s’ils jouent en ligne, ils retrouvent leurs camarades d’école pas toujours très studieux non plus) pour rejoindre la classe maison.

D’aucuns ont vécu, à l’origine, les affres des connexions sur les plateformes numériques scolaires, jonglant, par exemple, entre les sites Eclat BFC et Pronote. Beaucoup ont subi, depuis la mise en place de tous les dispositifs d’enseignement à distance, des bugs et les énervements qui ont suivi. Depuis Plutarque et la philosophie grecque (ceci doit être plutôt le programme de terminale), la patience est certes considérée comme la mère des vertus… mais cette expression est souvent mise à mal par la réalité quotidienne. Un exemple que nous a glissé l’une de nos lectrices assidues : « La professeur d’anglais de mon fils Gabin, actuellement en 5e au collège Carnot, a adressé à ses élèves une traduction à réaliser. Cela a pris la forme d’une bande son dans la langue de shakespeare de quelques minutes. Les coupures de connexion se sont succédées, si bien que nous avons mis plus de 2 heures pour traduire un texte très court. C’était un véritable sacerdoce pour lui comme pour moi. Et je dois vous avouer que nous avons été contraints d’abandonner l’exercice… »

Un message poétique

De l’autre côté de l’ordinateur, les enseignants, qui se mobilisent au quotidien pour la réussite de l’école à distance, subissent aussi souvent les foudres de la technologie. La même parente d’élève tient à nous adresser cette fois-ci un mail qu’elle a reçu de la prof de français de son fils. Celle-ci se reconnaîtra à n’en pas douter : « Une précision d’importance : hier, j'ai oublié de citer la tourterelle, j'ai l'impression qu'elle m'en veut. A l'heure où je vous écris, elle roucoule, je me demande si elle ne se prend pas pour la nouvelle sonnerie. Il faudra peut-être y penser… Je dois vous avouer que ce matin je me suis un peu énervée, ma messagerie s'interrompant toujours au milieu d'un message important, bien sûr. J'ai donc quitté mon bureau quelques instants pour me détendre, enfin, me détendre… la tourterelle a fini par m'agacer elle aussi. Bref, je suis rentrée chez moi et j'ai trouvé un trésor ! Un livre… J'y ai lu une petite fable qui m'a accompagnée toute la journée… » Et ce professeur de poursuivre : « Il y a un temps pour étudier. Si ce temps passe, cela ne rentre plus, le cerveau sera cuit. Quand on fait un couscoussier, on perce les trous avant que la terre soit cuite. Une fois qu'elle est cuite, si vous voulez faire un trou, elle se casse. Il faudrait méditer cela… » Non sans conclure : « Eh oui, c'est à votre âge que l'on apprend le mieux, alors ne vous privez pas… Au fait, celle ou celui qui trouve l'auteur de cette jolie fable gagnera une petite récompense ! » Nous ne savons pas si l’un de ses élèves a solutionné cette énigme mais nous voulions, avec ce message qui fait la part belle à la poésie, avoir une pensée pour tous les professeurs et les parents, désormais (un peu) professeurs, en cette période de confinement. En guise de conclusion, n’oubliez pas les récréations… Et n’attendez pas toujours que les tourterelles roucoulent pour cela !

Camille Gablo

 

La nouvelle vie des parents… confinés

Comme beaucoup de parents, Bénédicte et Jérémie, installés dans la métropole dijonnaise, revêtent au fil de la journée les costumes d’instituteurs et de compagnons de jeu. Avant que le confinement ne soit ordonné, ce père (prévoyant) a acquis une Xbox afin de partager, avec son fils aîné, William, âgé de 3,5 ans, quelques moments virtuels ludiques. Au rayon des distractions (après avoir bien évidemment rempli les rayons alimentation), les consoles sont devenues les produits stars du confinement : pour preuve, après les ordinateurs, les consoles et les jeux vidéos représentent la seconde catégorie sur laquelle se sont rués les Français par le biais des achats en ligne. Pour l’instant, la Xbox n’est pas encore devenue la star de cette maison de l’agglomération, William préférant les dessins animés. Ou encore l’atelier art plastique organisé chaque matin par la maman grâce auquel il peut exercer ses talents de peintre en herbe. Pour ce qui est de l’enseignement à distance, la directrice de l’école maternelle leur a adressé un programme qu’ils suivent. La balade par jour, à quelques pas du domicile comme il se doit dans le respect des mesures de confinement, est également entrée dans les coutumes de cette famille, qui utilisent aussi les réseaux sociaux pour s’évader. Dans un groupe familial, ils (re) mettent des anciennes photos de vacances… afin de se rappeler aux bons souvenirs. Un moyen de conserver le lien tout en suscitant des sourires dans cette maison, où un autre enfant, beaucoup plus jeune puisqu’il n’est âgé que de quelques mois – Eddie pour ne ne pas le citer –, occupe également fortement le quotidien de ces parents, qui, comme leur progéniture, ont entamé depuis le 17 mars à midi une nouvelle vie. En attendant, comme tous, le retour à la normalité… d’avant le coronavirus !