Retour sur les élections municipales… de 1965, quand élection rimait avec… peloton

Toute ressemblance avec des personnages concourants en 2020 ne saurait être que fortuite… selon la formule de circonstance que tout un chacun connaît. A l’heure des élections municipales, nous vous proposons de revenir sur la dernière élection dijonnaise remportée par le Chanoine Kir. Et ce, en publiant la Une d’un journal satirique de l’époque, où il était tout autant question de politique que de course cycliste… Tel est notre remède – l’humour – afin que l’épidémie de Coronavirus ne vienne pas faire gonfler l’abstention !

Ces 15 et 22 mars 2020, Dijon écrira de nouvelles pages de son histoire politique. Vous avez pu découvrir dans notre précédent numéro un supplément spécial sur ces échéances plaçant les projecteurs sur les différentes forces en présence. Eu égard à notre périodicité, nous ne reviendrons pas, cette fois-ci, sur les choix qui s’offrent à vous mais, dans la dynamique citoyenne que nous avons toujours eu chevillée au corps (et à la plume), nous ne pouvons que vous inciter à aller voter. En rejoignant les bureaux de vote ou bien par procuration… Et ce, afin que le Coronavirus ne fasse pas une victime collatérale supplémentaire : à savoir la participation… Aussi, dans le climat anxiogène que nous connaissons actuellement et sur lequel nous ne souhaitons pas nous étendre afin de ne pas contribuer à gripper un peu plus le système, la rédaction de Dijon l’Hebdo a fait le choix de vous faire… sourire. Et ce, en revenant sur mars 1965 et la dernière victoire du chanoine Kir dans la cité des Ducs ainsi que l’article afférent publié dans un journal satirique local : Vu et Entendu. Ce mensuel n’a eu qu’une brève existence – 6 petits mois au total – et avait fait de la subjectivité son fonds de commerce puisque l’on retrouvait dans son comité de rédaction un certain… Jean-François Bazin, engagé à l’époque aux côtés des Gaullistes qui n’avaient d’autre but que de faire tomber le Chanoine de son autel municipal qu’il a occupé, rappelons-le, 22 ans, 11 mois et 2 jours. Le même Jean-François Bazin, qui fut, après l’ère de Robert Poujade – lui aussi était déjà présent dans cette course municipale de 1965 comme n°3 de la liste gaulliste –, le premier à chuter en 2001 face à un certain… François Rebsamen. Le directeur gérant de cette publication n’était autre que l’huissier de justice Roland Soulard et les rédacteurs s’appelaient aussi à l’époque Alain Mignotte, Dominique Gros ou encore René-Alexandre Spitz, qui nous a confié une anecdote sur cette époque où les bons mots faisaient florès : « Comme jeune pigiste pour le quotidien local, j’étais amené à rencontrer régulièrement le Chanoine. Et, à chaque fois, celui-ci me disait : Bonjour mon jeune ami, je vous connais, donnez-moi votre nom… »

La logorrhée truculent La logorrhée truculente – et c’est un euphémisme – du Chanoine qui avait imposé son style – et nous ne parlons pas que de sa « soutane de course qui s’arrêtait aux genoux » – à Dijon mais aussi au palais Bourbon où il est encore à ce jour le dernier prêtre parlementaire (de 1945 à 1967), se prêtait, une chose est sure, à la satire. Outre le lac ainsi que l’apéritif éponymes (paradoxalement, ce grand amateur de vin était à l’origine de… l’eau à l’entrée de Dijon mais pas du célèbre blanc-cassis que l’on doit en réalité à l’un de ses prédécesseurs, Henri Barabant), nombre de formules du Chanoine ont forgé sa légende. Ainsi, alors qu’il était sifflé par les grévistes de l’usine Terrot à Dijon, il leur lança : « Je savais que le rouge faisait peur aux taureaux mais je ne savais pas que le noir faisait gueuler les vaches… » Ou encore, à un député communiste qui l’invectivait sur sa foi, refusant qu’on pût croire en Dieu sans l’avoir jamais vu, il aurait répondu de façon triviale : « Et mon cul, tu l’as pas vu, et pourtant il existe ! » Allez, nous vous en livrons une dernière afin de ne pas être trop long : lorsque le président de son parti, Roger Duchet, lui proposa de rejoindre le Sénat afin de libérer son siège à l’Assemblée nationale, il lui rétorqua : « Le Sénat au Chanoine, pourquoi pas l’Hospice ! »  Nous pourrions également évoquer le feuilleton rocambolesque de sa rencontre avec le premier secrétaire du Kremlin, Nikita Khrouchtchev, ou encore ses « célèbres gueuletons organisés à l’Hôtel de Lassay » sur lesquels Jacques Chaban-Delmas a tout de même écrit dans ses mémoires. Là aussi les réparties devaient fuser… tout comme durant les campagnes municipales que ce grand Résistant abordaient comme de véritables combats. Il n’était ainsi pas toujours bon de vouloir croiser le fer avec lui… Mais revenons à son dernier tour de piste municipal en 1965. Nous écrivons tour de piste à satiété puisque vous découvrirez, dans la page ci-contre, que le Journal Vu et Entendu s’est amusé à commenter cette élection tel le grand prix cycliste de la ville de Dijon avec ses deux étapes. Il faut dire que le nom du Chanoine s’y prêtait particulièrement puisque l’anagramme de Kir renvoyait à un grand coureur belge, Rik Van Looy, qui avait inscrit son nom au sommet du palmarès du Championnat du monde ou encore de superbes classiques comme Paris-Roubaix, Milan-San-Rémo ou Liège-Bastogne-Liège (voir ci-dessous).

« Homme de cirque » La dernière course municipale du Chanoine Kir fut particulièrement rude, ses adversaires dont vous pourrez deviner les noms dans l’article ci-joint mettant en cause sa gestion municipale. Ses attaques récurrentes contre le gouvernement de De Gaulle, qui n’était pas tendre non plus envers lui en le qualifiant notamment d’« homme de cirque », ont également rendu cette campagne des plus mouvementées. Les Gaullistes, avec une liste menée par le docteur Royer, lui aussi ancien Résistant, sur laquelle figurait en 3e position Robert Poujade, ne réussirent pas à empêcher son ultime échappée. L’union de la gauche (PCF, SFIO) derrière le tandem formé par le socialiste Robert Forterre et le communiste Marcel Caignol, demeura, elle aussi, dans le peloton des battus. Très loin au demeurant devant le pharmacien Claude Bourillot (soutenu par l’extrême droite). Le fait qu’il soit le mari de l’actrice Michèle Mercier n’empêcha pas celui-ci de monter dans la voiture-balai.

C’est ainsi – avec 50,47% des suffrages – que le Chanoine s’imposa sur la ligne d’arrivée des municipales de 1965. A 89 ans, il montra qu’il avait encore le coup de pédale facile… Et ce ne furent pas ses concurrents politiques qui eurent raison de son endurance mais un escalier, qui, en avril 1968, causa sa perte… S’ils sont férus de politique, les plus anciens auront qui sait, les 15 et 22 mars, une petite pensée pour l’éternel Chanoine Kir et sa non moins célèbre Citroën DS. Et s’ils sont adeptes des Forçats de la Route, ils se souviendront, peut-être, du grand coureur Rik Van Looy… En voiture, à vélo (apparemment c’est très tendance actuellement) ou à pied, c’est ainsi que nous vous invitons à aller voter…

Camille Gablo

 

Elections municipales de 1965

1er tour

La liste menée par le Chanoine Kir arrive nettement en tête avec 41,5% des suffrages exprimés

La Gauche (PCF/SFIO), menée par Forterre était en seconde position avec 28,2% La liste gaulliste du docteur Royer regroupe 22%

La liste de Claude Bourillot soutenue par l’extrême droite est nettement battue avec 7%

La liste Bourillot se retire sans consigne de vote. La liste du docteur Royer se maintient

2e tour

3 listes en présence (Kir/ Forterre/ Royer). La liste du Chanoine Kir l’emporte avec 50,47% des voix et enlève tous les sièges Peu après, le Chanoine Kir est réélu maire avec 27 voix et 9 bulletins blancs

Rik Van Looy

Les amateurs de la petite Reine se souviennent sans conteste du coureur belge Rik Van Looy. Il faut dire que de 1950 à 1970 ses qualités de rouleur et sa pointe de vitesse dans les sprints faisaient fureur. Il fut notamment deux fois champion du monde sur route (1960 et 1961), trois fois vainqueur de la grande classique Paris-Roubaix (1961, 1962 et 1965). Il s’imposa aussi sur Milan San-Rémo (1958) et Liège-Bastogne-Liège (1961)… Son palmarès compta également 37 étapes dans les grands tours… sur pas moins de 482 victoires au total.