Haro sur la censure : vive l’éthique !

L’affaire Sarah Abitbol infiniment dévastatrice, douloureuse et tragique qui secoue le monde sportif - plus particulièrement le patinage de haut-niveau - ne doit pas susciter l’amalgame avec d’autres faits qui, périodiquement, font les gros titres pour des raisons politiques plus ou moins frappées au coin de l’obscurantisme ou du laminoir de la pensée dite « correcte » !

Ceci dit, moi, Marie-France Poirier, suis journaliste, et aime mon métier. Je prends acte du réveil massif des consciences indignées dès qu’une institution, un quidam s’expriment sur l’œuvre cinématographique de Roman Polanski, et lui confèrent le qualificatif de génie, au même titre qu’un Milos Forman. Je considère que le dernier film sur l’Affaire Dreyfus est remarquablement abouti, tant au niveau de la mise-en-scène, de la direction d’acteurs, de la clarté dans la relation de faits complexes, que dans l’objectivité observée par le cinéaste. J’ai passé le bac de philo une fois, et je ne me livrerai pas à mon âge à une dissertation sur la thématique suivante : « Faut-il juger un livre, un film, un tableau en fonction de la morale en vogue à un temps T de notre histoire ? Tout permettre à un créateur ? Doit-on séparer une œuvre de son auteur ? Ou, à contrario, penser qu’il y a symbiose entre un artiste et sa création ? »

Chaque époque ne juge-t-elle pas un écrivain, un peintre, un metteur-en-scène en fonction de critères reconnus un jour, vite devenus caduques le lendemain. J’ai vécu une grande partie de ma jeunesse, inculquée de cet adage : « On ne fait pas de la littérature avec de bons sentiments » ! Or, les ligues de vertu féministes viennent de franchir un nouveau seuil dans l’hystérie, à la publication des douze, puis des seize nominations du « J’accuse » de Polanski aux prochains Césars. Halte-là ! Ces passionaria, émules de « Balance ton porc », s’érigent en censeurs (faut-il dire : censeuses ?), allant parfois jusqu’à empêcher l’accès de salles de cinéma. C’est odieux et méprisant pour les femmes ou les hommes à qui ces Caton en jupons – abusant de leur accès facile aux médias – dénient le droit de penser, d’apprécier ou de juger par soi-même. Il me semblait que l’époque des directeurs de conscience était révolue.

A balayer rapidement une toute petite partie de la littérature, de la peinture, ou des arts, il est aisé de se rendre compte que de grands noms comme le musicien Gesualdo, Le Caravage, Rabelais, le Marquis de Sade, Casanova, Bellemer, Egon Schiele, Balthus, Schubert le génial qui n’aimait fréquenter que les prostituées, Mozart divin et diabolique, Picasso le Centaure, Charles Bukowski ou encore Francis Bacon, Jean Cocteau, André Gide, Henri de Montherlant, Anaïs Nin – tiens ! une femme - n’étaient pas « clean ». Quel mot aseptisé ! Je pose la question : faut-il brûler, détruire leurs œuvres comme dans le film « Farenheit 451 » ? Comment 2020 jugerait-il ces films qui ont marqué les années 60/70 : « Dernier Tango à Paris » ou le magnifique « Decameron » de Pier Paolo Pasolini ?

Avant de conclure mon propos, un mot sur le film américain « Scandale » qui dénonce les déviations sexuelles avérées d’une partie de la hiérarchie masculine de TV Fox News Chanel : le scénario ne donne pas dans la nuance. Tous les rédacteurs en chef ne sont pas des prédateurs et les femmes journalistes des top-modèles arrivistes, prêtes à tout pour avancer dans la carrière, quitte ensuite à porter plainte. Une journaliste de terrain ne fait pas forcément le trottoir. Une journaliste de télé ou de presse écrite possède son libre-arbitre. Même dans un contexte de suprématie de la gent masculine dans la presse, on peut toujours refuser une promotion canapé. Bien sûr, ça ne fait pas avancer une carrière, mais - fort heureusement - cela ne l’a fait pas forcément reculer ! Ou… abandonner !

Marie-France Poirier