La représentation d’une femme nue allongée sur un lit placé devant ou surmonté d’un rideau est un motif récurrent de la peinture occidentale.
Tout le monde a en mémoire les œuvres de Titien (la Vénus d’Urbin), de Velasquez (la Vénus au miroir), d’Ingres (la Grande Odalisque et son pendant disparu la Dormeuse de Naples) ou encore plus près de nous la toile de Manet (Olympia) peinte en 1863 et aujourd’hui exposée au musée d’Orsay à Paris.
Le musée des Beaux-Arts de Dijon possède une toile de ce genre attribuée à un peintre probablement originaire d’Hollande du Nord et dont le nom figure dans le registre de la Cour de Rodolphe II, empereur du Saint Empire romain germanique à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, comme notre peintre Dirk de Quade van Ravesteyn.
Le nu exposé à Dijon compte certainement parmi les plus troublants quoique le modèle paraisse surtout feindre le sommeil pour exposer à notre regard toutes les beautés de son corps et ses somptueux pendentifs.
Si les peintres ont souvent joué avec la distance que permettait le recours à la mythologie, ici comme chez Titien, point de Vénus mais une femme probablement de retour du bain, au repos et parée de ses plus beaux bijoux dont un extraordinaire collier formé de médaillons sertis de perles, de saphirs et de rubis, descendant de l’épaule gauche pour enserrer la taille.
Il existe un pendant à ce tableau exposé à Vienne où ils demeurèrent en vis à vis jusqu’à 1809. C’est Vivant Denon qui les sépara alors pour exposer au Louvre l’œuvre qui fut, ensuite, envoyée à Dijon en 1812.
Il est possible, par ailleurs, que la toile « dijonnaise » ait fait partie des collections de Rodolphe II car les deux pendants étaient en effet caractéristiques du goût maniériste apprécié à la Cour de Prague.
Pierre P. Suter





