Dijon l’Hebdo : L’Inde à Dijon pendant une douzaine de jours, c’est assurément un joli coup. Comment fait-on pour convaincre les autorités d’un pays qui compte plus d’un milliard d’habitants de venir faire sa promotion dans un événement comme la Foire internationale et gastronomique ?
Jean Battault : « Il y a plusieurs choses à mettre en avant. Tout d’abord, l’Inde a une action très volontaire en matière de tourisme et tout particulièrement en direction de la France. Ensuite, des foires grand public de l’importance de Dijon, il n’y en a pas beaucoup. Ce qui a facilité les choses, c’est la rencontre de l’homme clé qui nous a ouvert l’Inde et tout un cercle relationnel. J’ai mis dans la boucle mon ami sud africain Michael Fridjohn qui m’a permis le contact avec Reva K. Singh, fondatrice et rédactrice en chef du magazine « Sommelier India », plus importante publication en Inde sur les vins. Nous avons aussi suscité l’intérêt de Grover Vineyards, une des affaires indiennes de premier rang qui exporte 30 % de sa production. Vous le voyez, cette belle opportunité d’inviter l’Inde est liée à des rencontres confortées par notre réseau qui nous permet de passer d’un pays à un autre en sonnant toujours aux bonnes portes ».
DLH : Quelles sont les facettes de l’Inde que les visiteurs pourront découvrir lors de cette Foire internationale et gastronomique ?
J. B : « On pourra découvrir des produits artisanaux traditionnels. Je pense notamment aux statuettes et statues en bronze, un alliage dont l’Inde est le plus gros producteur. Nos visiteurs trouveront également des tapis en soie du Cachemire, différents vêtements et tissus, des écharpes, des châles Pashmina, des peintures sur soie, différents objets de décoration mais aussi des pierres semi-précieuses telles qu’on peut les découvrir dans tous les temples, les résidences des maharadjahs.
Côté restauration, toutes les spécialités culinaires de l’Inde seront présentes. Il y aura aussi un salon de thé qui permettra de savourer un thé au lait ou aux épices accompagné de pâtisseries, dans la pure tradition du pays. Sans oublier la musique et les danses traditionnelles du Rajasthan et danses bollywood, des défilés de tenues indiennes ».
DLH : Et le commerce dijonnais prendra cette année les couleurs de la Foire ?
J. B : « C’est le fruit d’un partenariat renforcé avec Shop in Dijon. Je me permets d’insister sur ce point car voilà un moment que j’incite la ville commerçante à se mettre au ton et au rythme de la Foire gastronomique. Nous y parvenons cette année avec bon nombre de magasins qui vont relayer l’événement au travers d’une animation et d’une décoration particulière. C’est un vieux rêve qui devient réalité ».
DLH : Parmi les temps forts de la foire, le salon Vinidivio qui accueillera des vignerons indiens. Pour beaucoup, ce sera une surprise de découvrir qu’il y a du vin dans ce pays qui manie les paradoxes… Du rouge et du blanc.
J. B : « Rien ne prédispose l’Inde de par ses sols et son climats à faire du vin. Encore bien moins pour ce qui concerne sa tradition alimentaire : le nombre de consommateurs atteint tout juste les 26 millions de personnes. Les indiens boivent essentiellement du whisky, de la bière et du gin. Mais le vin est devenu un must international qui fait que l’Inde n’a pas manqué de s’y intéresser. Et avec elle de grandes marques internationales comme Pernod-Ricard et Moet et Chandon qui sont aujourd’hui des acteurs importants sur le marché en proposant des produits d’excellente facture.
DLH : Ces vins, vous les avez goûtés, comment les trouvez-vous et à quel autre vin vous fait-il penser ?
J. B : « S’ils ne sont pas forcément très longs en bouche, j’ai trouvé ces vins tout à fait acceptables. On trouve un sauvignon très bien fait, bien supérieur à certains sauvignons australiens et néo-zélandais de réputation internationale. Prenons en compte que l’Inde est quasiment à l’an zéro pour faire du vin. Il y aura forcément des évolutions dans les modes de culture, l’adaptation des cépages ».
DLH : Justement, quels sont les principaux cépages ?
J. B : « Les principaux cépages du vignoble indien ont été importés de l’étranger. En rouge, ce sont le cabernet sauvignon, le pinot noir, le merlot, le shiraz et le zinfandel. Pour les blancs, le chardonnay, le chenin, le sauvignon, la clairette et l’ugni.
DLH : Quelles sont les principales régions viticoles ?
J. B : « L’Inde dispose d’un peu plus de 130 000 hectares de vignes. Le climat chaud et humide permet de faire deux vendanges par an. La production se répartit principalement sur six régions situées sur la côte ouest du pays. Il faut également mentionner le développement de nouveaux vignobles dans l’ouest himalayen du nord de l’Inde.
DLH : La cuisine indienne sera évidemment présente à la Foire. Comment la qualifieriez-vous ?
J. B : « La cuisine indienne a une offre extrêmement large avec une très belle diversité d’ingrédients et une abondance de légumes. Les visiteurs seront surpris ».
DLH : Quels sont les plats qui vous séduisent le plus ?
J. B : « J’ai particulièrement apprécié les lentilles blondes ».
DLH : En Inde, le quotidien demeure imprégné d’une alchimie de traditions, de croyances et de spiritualité. Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans ce pays que vous connaissez bien pour y avoir fait du commerce, qui abrite plus d’un milliard d’habitants ?
J. B : « La culture du vivre ensemble. Il y a une véritable acceptation de la culture des autres dans un pays où, sur le papier, des hommes ont tout pour s’affronter. C’est une fédération d’états, une démocratie qui va contre l’idée chinoise que pour réussir avec une masse de population énorme il faut en passer par un système dictatorial. J’ai pu noter combien les Indiens étaient fiers de leur pays.
DLH : L’Inde a célébré le 2 octobre dernier le 150e anniversaire de la naissance de Gandhi. Comment expliquez-vous le fait que « l’apôtre de la non-violence » est toujours aussi présent dans les esprits des Indiens ?
J. B : « C’est le même phénomène que pour Nelson Mandela ou encore Martin Luther King. Ce sont des gens qui ont permis de vrais tournants avec une vision prospective, avec des qualités d’humanisme et de coeur semblables à celles de Saint-Vincent de Paul. Normal donc que la référence à Gandhi apparaisse partout en Inde. »
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





