Requiem de Mozart

Parce que Mozart est mort en le composant, son Requiem est entré dans l’histoire auréolé de légendes. Mais au-delà de tous les mythes, la beauté de l’œuvre demeure. Grave, solennelle, transcendanteVoici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’ultime composition de Mozart qui sera interprétée le samedi 19 octobre à lAuditorium de Dijon à 20 heures par le Collegium Vocale 1704 dirigé par Andreas Staier.

En 1789, les problèmes s'accumulent pour Mozart. Si deux ans auparavant son Don Giovanni a triomphé, les temps ont changé à Vienne, et le compositeur nest plus à la mode. L’époque nest pas favorable aux arts : suite à la Révolution française, les tensions montent en Europe et lAutriche se prépare à la guerre. La culture est la première à en pâtir : le nombre de concerts baisse de moitié et Mozart est criblé de dettes. En 1790, lempereur dAutriche et protecteur du compositeur, Joseph II, meurt, et peu à peu le nouvel empereur marginalise Mozart, notamment en raison de ses liens avec la franc-maçonnerie.

Voici ce qu’écrit Mozart à son père Léopold, quatre ans avant d’écrire le Requiem :

« Comme la mort [...] est lultime étape de notre vie, je me suis familiarisé depuis quelques années avec ce meilleur et véritable ami de lhomme, de sorte que son image non seulement na pour moi rien deffrayant mais est plutôt quelque chose de rassurant et de consolateur ».

Ce calme face à la mort, on le retrouve tout au long du Requiem, messe pour les morts qui oscille entre accents terribles et tendres mélodies apaisantes et mélancoliques. Dautant quen 1791, cela fait plus dun an que Mozart est gravement malade. Persuadé davoir été empoisonné à lAqua Tofana (un poison très lent) et sentant sa fin proche, cest peut-être son propre Requiem, son propre hommage, que Mozart écrit, sa dernière confidence.

1791. Une année aussi exceptionnelle que funeste pour Mozart. En plus de sa Cantate maçonnique et de lopéra La Clémence de Titus, il compose deux de ses œuvres majeures : La Flûte enchantée, un opéra-bouffe merveilleux et initiatique, et son fameux Requiem, une oeuvre entourée de légendes et laissée inachevée par sa mort à 35 ans seulement, dans la pauvreté et la maladie.

Mozart doit aussi se séparer de son mentor et ami, « papa Haydn ». En effet, un directeur de théâtre vient proposer aux deux compositeurs un contrat très avantageux à Londres. Mais contrairement à Haydn, Mozart refuse et reste à Vienne. Souhaite-t-il se venger de tous les outrages quil y a subis ? Se sent-il déjà trop malade pour partir ? Dans tous les cas, Mozart est dans la période la plus sombre de sa vie. Comme l’écrit un de ses biographes, Jean Blot, « aborder lhistoire du Requiem, cest déjà entrer dans lagonie ».

Avec 16 autres cadavres

Le véritable commanditaire de cette messe des morts serait le comte Franz von Walsegg-Stuppach. Adepte des supercheries, le comte prétend composer lui-même des œuvres quil fait jouer lors de concerts privés mais qui ne sont en fait que des copies de partitions déjà existantes. Pour honorer la mémoire de sa jeune épouse disparue et se faire passer une fois de plus pour un compositeur de génie, il commande anonymement à Mozart une messe des morts. Le jeune compositeur commence à faiblir et doit terminer dautres partitions, mais la somme promise par le comte le pousse à se mettre à la tâche.

La veille de sa mort, le 4 décembre 1791, une première répétition est organisée au chevet de Mozart avec trois chanteurs, que le compositeur accompagne à lalto. Trop malade pour continuer, il interrompt la répétition et fait venir son ancien élève, Süssmayer, pour lui indiquer comment finir son œuvre. A minuit, le « divin Mozart » meurt. Il est enterré dès le lendemain dans une fosse commune du cimetière de Saint-Marc à Vienne, avec 16 autres cadavres.

Parler du Requiem de Mozart nest pas tout à fait exact. À sa mort, seules deux parties sont (quasiment) achevées : lIntroït et le Kyrie. Le reste demeure à l’état d’ébauche, avec seulement les voix et quelques indications. Le fameux Lacrimosa, qui suscite tant dadmiration, est en réalité extrêmement lacunaire, et sinterrompt au bout de huit mesures seulement. On raconte que lors de la répétition qui eut lieu la veille de sa mort, Mozart, arrivé à la 8e mesure du Lacrimosa, fondit en larmes, devinant quil sagissait là des dernières lignes de musique quil écrivait.

Après la mort de Mozart, sa femme Constance hérite des dettes de son mari. Elle demande alors à deux anciens élèves de son mari de finir la partition : Joseph Eybler puis Franz Xaver Süssmayr. Le comte von Walsegg (qui a commandé loeuvre) ny verra que du feu et donnera à Constance un gros cachet, très attendu.

Tout a été pensé pour que l’œuvre soit comme la mort elle-même : à la fois pathétique et terrifiante, calme et terrible. Tout tremble dangoisse, de fièvre et dimpatience. Lultime composition de Mozart touche au sublime.