La Société publique locale d’aménagement de l’agglomération dijonnaise (SPLAAD) représente un outil privilégié de la sphère publique pour l’aménagement du territoire et le développement de l’urbanisme. Nous avons interrogé son président, Pierre Pribetich, sur les grandes opérations, notamment en terme d’accessions abordables, qui vont sortir de terre rapidement. Mais aussi sur les enjeux environnementaux… Interview à la fois constructive et prospective sur le développement durable… mais pas à n’importe quel prix !
Dijon l’Hebdo, En matière d’urbanisme, Dijon et la métropole sont à un tournant. Quels sont les principaux enjeux d’ici la fin de l’année ?
Pierre Pribetich : « Nous avons, en effet, une procédure importante d’élaboration et de planification en cours qui verra sa finalisation avec le vote le 19 décembre par les élus métropolitains de l’ensemble du document (ndlr : le Plan local d’urbanisme intercommunal – Habitat Déplacement/PLUI-HD). Nous espérons naturellement que ce vote soit favorable, ce qui nous permettra, une fois la légalité vérifiée par la préfecture, de mettre en place les nouvelles dispositions qui donneront une autre orientation pas simplement à Dijon mais à l’ensemble des communes de la Métropole et à ses 270 000 habitants. Tous les aspects ont été intégrés : l’habitat, la mobilité mais aussi la dimension de l’environnement et de la végétalisation. C’est un dossier lourd qui se finalise ».
DLH : Quelles sont les opérations majeures qui sortiront de terre rapidement ?
P. P. : « Plusieurs grosses opérations vont voir le jour. L’une concerne la Fontaine d’Ouche et le quai des Carrières Blanches. En complément de la rénovation urbaine et de l’amélioration de la situation par des actions importantes, nous avons signé un protocole d’accord avec Constructa qui développe une stratégie afin de réaliser 300 logements. Les architectes ont travaillé, les permis ont été déposés et sont en instruction. La phase de commercialisation arrivera une fois les délais de recours des tiers épuisée, soit dans quatre à cinq mois. Il y aura dans ce projet qu’un rééquilibrage en terme de sociologie et de typologie puisque le cœur de cible, qui n’est certes pas unique, concerne les primo-accédants. Nous avons la volonté de favoriser l’accession à la propriété pour ce public mais il comprendra aussi des résidences hôtelières ou de tourisme qui permettront de diversifier l’habitat. Nous ne voulons pas d’un habitat monolithique. C’est une opération importante qui voit le jour après l’aménagement des berges du canal et qui complètera le paysage en favorisant un rééquilibrage sur les typologies de l’habitat, en complément au Plan de rénovation urbaine qui est en cours ».
DLH : Le projet La Maison dans tous ses Etats fait également partie des opérations importantes menées par la SPLAAD…
P. P. : « Dans le cadre du programme municipal, sous l’autorité de François Rebsamen, nous nous étions, en 2014, fixés comme objectif l’accession abordable avec une déclinaison pour les primo-accédants et pour une typologie variée et différente. Autrement dit soit sous forme d’appartements classiques soit de maisons individuelles. Nous avons ainsi une seconde opération appelée La Maison dans tous Etats sur Saint-John Perse. Une quarantaine de logements à la fois en locatif à loyer modéré et en accession à la propriété abordable avec du PSLA. Ce sont des maisons imbriquées avec un accès individuel et un jardin pour chacune d’entre elles. Cette opération est en cours d’élaboration et sera livrée à partir de décembre 2019 ou janvier 2020 ».
DLH : La limitation de la consommation d’espace n’est-elle pas aussi au cœur de ce projet original ?
P. P. : « Oui car ce sont 40 maisons sur 8000 m2. C’est une opération confiée à Habellis qui réalise le locatif à loyer modéré (environ 26 logements) et l’accession abordable pour les autres logements. C’est une superbe opération avec des tonalités originales : construction bois, parement irisé métallique… La maison en ville, c’est donc possible ! »
DLH : Quid du projet de maisons individuelles sur Arsenal ?
P. P. : « La troisième opération est, en effet, située sur ce quartier d’avenir. Nous avons fait évoluer ce projet qui rencontre un succès de plus en plus grand. Il faut dire qu’il est très bien placé, proche du centre ville, à quelques minutes du tramway, près de la cité internationale de la Gastronomie. Nous allons réaliser une importante opération de 100/150 maisons individuelles, afin, là aussi, de favoriser l’accession abordable. Nous sommes véritablement là dans l’accompagnement… »
DLH : La SPLAAD est également présente dans l’entrée Sud de la Métropole…
P. P. : « La SPLAAD est présente avec l’opération des Vergers du Sud sur Chenôve. Celle-ci est d’une complexité réelle mais elle verra le jour parce que nous allons nous donner les moyens d’aboutir. Comme nous l’avons toujours dit, nous allons conserver l’ancien hangar de la STRD et rebâtir toute une stratégie urbaine. Le maire, Thierry Falconnet, souhaite que la population soit experte de son quotidien et participe afin d’éviter les erreurs commises précédemment. Ce sera plus long eu égard à la problématique de la ligne haute tension… Mais nous travaillons aussi à tout ce qui concerne Central Park de Chenove ainsi que sur les zones Beauregard, etc. »
DLH : D’autres opérations devraient aussi faire parler d’elles…
P. P. : « Nous avons, en effet, trois opérations pour lesquelles il est trop tôt pour communiquer. Je ne vous donnerai que leurs noms : Bruges II, Garden State et Terrot Town. Elles sont en phase d’élaboration… »
DLH : « Garden State… » C’est certes le titre d’un film mais ce nom montre que les jardins – et, de facto, l’environnement – sont au cœur de votre stratégie urbanistique ?
P. P. : « Il faut que l’environnement soit au cœur de tout mais avec la volonté d’avoir des opérations viables et vivables. C’est à dire que les coûts de maintenance soient bien projetés. Il ne faut pas que l’on ait des idées certes intéressantes mais à des coûts exorbitants. Prenons le domaine de la stratégie du rafraîchissement : celle-ci doit être menée mais il faut rappeler que l’urbanisme des pays chauds n’est pas le même que celui des pays tempérés. Ainsi il faudra peut-être s’habituer, à terme, à avoir des rues moins larges pour éviter la propagation de la chaleur. Il faudra opter pour des murs végétaux pour lesquels il faudra s’interroger sur qui paye les coûts. C’est une stratégie qu’il faut anticiper, préparer mais aussi bien mesurer et calibrer. Et ce, afin d’éviter des dérives budgétaires. Je suis en phase à 1000% avec les murs végétaux mais je sais qu’ils nécessitent des sommes importantes. Ce sont des systèmes d’arrosage et je connais également beaucoup de projets avec des fontaines qui ne fonctionnent pas. Il faut donc faire attention ! »
DLH : A votre avis, quels changements notoires concerneront à terme des villes comme la nôtre qui n’échapperont pas au réchauffement climatique ? Pour la première fois, on l’a vu en juin, la canicule a frappé avant la fin de l’année scolaire…
P. P. : « Nous n’avons pas, comme je le disais, un urbanisme d’une ville chaude, telle Séville par exemple. Nous avons de grandes artères, etc. A un moment donné, il faudra nous interroger : doit-on aller vers un urbanisme des villes du Sud, ce qui peut se concevoir. Mais il faut qu’il y ait une acceptation de la typologie des petites rues, qui génère, entre autres, des problèmes de sécurité. Dans les venelles de Naples, les habitants ne se sentent pas réellement en sécurité. C’est complexe mais nous devons y réfléchir ».
DLH : Restons sur le thème du développement durable. Durant cet été, les travaux ont battu leur plein afin d’agrandir le réseau de chaleur urbain qui, en 2023, devrait atteindre 120 km et desservir 55 000 équivalents logements…
P. P. : « L’habitat est pensé de façon transversale. Il faut à la fois diminuer le coût de l’énergie – c’est l’objet du réseau de chaleur urbain – et faire baisser le besoin en énergie – c’est l’objet de la transition énergétique des bâtiments. Il faut, dans le même temps, prendre en compte le rafraîchissement. Comment les architectes conçoivent-ils des bâtiments qui ne nécessitent pas d’appareillage électrique afin d’éviter des surconsommation les jours de canicule ? Cela exige aussi une technicité maîtrisée par les concepteurs mais aussi des savoir-faire accrus pour les entreprises. Il ne faut pas non plus que les bâtiments soient trop technologiques afin que tous puissent savoir les utiliser. Ce sont de véritables bouleversements et, comme tous les bouleversements, il faut que la société se donne les moyens de les intégrer. Je ne suis pas sûr que l’on soit tous conscients du gap à franchir pour permettre d’avoir un autre fonctionnement des villes. Il faut avancer en ayant tout cela en tête ! »
Propos recueillis par Camille Gablo





