Le capitalisme selon Régis Meney : Veau d’or et vaches grasses

Regis Meney, professeur d’anglais dijonnais à la retraite, dramaturge à ses heures et auteur de sept pièces de théâtre, dont l’une fut jouée au Festival d’Avignon, romancier de surcroît, vient de compléter son carquois d’homme curieux de tout et jamais blasé avec un talent d’essayiste que l’on soupçonnait, mais qui n’avait pas été révélé au grand jour. C’est chose faite désormais avec « Capitalisme culturel et décadence ou la Revanche du Veau d’Or » paru aux éditions L’Harmattan.

Le titre de ce petit opuscule paraît dérangeant, et il l’est en partie ! Dès les premiers chapitres l’évidence est là: nous vivons une crise de la démocratie, et le débat intellectuel et culturel connaît un état d’étiage exacerbé par un capitalisme du divertissement et une idolâtrie pour les produits baptisés « culturels » – Internet, jeux vidéo, fictions du virtuel, etc. En esprit laïc habité par une spiritualité, Régis Meney dresse le constat suivant: « Avec l’effacement de la foi et le recul des utopies politiques, le public a perdu ses étoiles polaires. Face au silence et au vide, ce qui dissipe et trompe notre angoisse, c’est le tapage clinquant que projette le capitalisme culturel, cette foire aux distractions que je compare au culte du Veau d’Or ».
Quid alors du libre arbitre laissé au quidam pour exercer son esprit critique et ses facultés de décrypter le monde, s’interroge le Dijonnais ? Quid des façons de consommer les bonbons numériques, les plaisirs culturels, les faux-semblants des réseaux qui ne font jamais mordre dans la pomme du savoir ou de la clairvoyance, tant ils sont du côté du manche du capitalisme beau-penseur ? Dans un tel contexte que nous apporte cet essai commis sur les GAFA ou leurs capitaines d’industrie, véritables Aaron des Temps actuels, l’auteur nous apporte-t-il un éclairage original ou salvateur ? Oui et non
Oui, car Régis Meney retrace de façon convaincante l’historique de l’essor des biens de consommation culturels, le reliant à Mai 68. Oui, quand il insiste sur l’urgence à susciter l’éveil d’une écologie de notre mental en parallèle avec la sauvegarde de la planète. Oui, quand il dénonce « la facilité, l’absence de dépassement » qui menacent la matrice de la cohésion sociale et engendrent « des déficits d’identité ».
Petit bémol cependant à propos du décryptage que Régis Meney fait d’une partie des découvertes technologiques ou des événements de la moitié du 20e siècle ou plus proches de nous, car il use de raccourcis historiques ou de raisonnements parfois discutables : notamment l’épisode de De Gaule en Allemagne… Bémol encore, lorsqu’il écrit que nous devons réguler notre consommation de biens ou de services culturels : c’est là une injonction lancée à la légère face au lavage de cerveaux opéré avec brutalité par les bulldozers de toute cette sous-culture de masseEnfin, que dire de la conclusion finale de l’ouvrage : « Vive l’écologie mentale ! Les Verts avec nous ! Sus au Veau d’Or ». Un peu élémentaire de la part de l’auteur ex-prof d’anglais, mon cher Watson !

Marie France Poirier