L’amour et la mort

Les Dissonances et David Grimal ont choisi d’explorer, pour leur premier concert de la saison 2019/2020, les liens indissolubles qui unissent les deux grands mystères de l’existence humaine : l’amour et la mort. Rendez-vous le samedi 21 septembre à lAuditorium de Dijon.

Créé en 1865 à Munich, le Tristan und Isolde de Wagner marque un point de non-retour dans l’expression exacerbée du sentiment amoureux et introduit une première fissure dans le système tonal. Cette « action en trois actes » est la mise en musique d'un poème que Wagner avait lui-même écrit d'après la légende médiévale celtique de Tristan et Iseut. Composée entre 1857 et 1859, l'œuvre est souvent considérée comme l'une des plus importantes du théâtre lyrique occidental.
Inspiré en partie par l'amour de Richard Wagner pour la poétesse Mathilde Wesendonck, Tristan et Isolde est la première œuvre créée sous le patronage du roi Louis II de Bavière. En se tournant vers l'ouest et ses mers déchirées, Wagner offre un drame qui, fondé sur une idée unique, se contorsionne sur lui-même en une passion d'une telle intensité qu'elle ne peut qu'aboutir à une fin tragique qui, plus qu'un renoncement, est une délivrance. Tristan et Isolde est l’un des meilleurs exemples du projet wagnérien de transformer l'opéra en drame musical. Le Prélude du premier acte est devenu une pièce orchestrale à part entière, aussi célèbre que prestigieux. Tendu comme une arche répétant inlassablement la blessure d’amour, le désir inassouvi et le morbide épuisement de sens en quête d’absolu, le Prélude qui ouvre donc la partition, en demeure un emblème bouleversant et aussi irrésistible qu’au premier jour.
Il ne trouve la résolution apaisée de ses tourments exaspérés et de sa soif inextinguible d’infini qu’à la toute fin de l’œuvre, dans une transfiguration d’amour par laquelle Isolde rejoint son amant dans l’éternité et la mort. Romain Rolland écrivait : « Le poème de Tristan et Isoldepasse les autres poèmes de l’amour comme l’œuvre de Richard Wagner dépasse celle des autres auteurs de son siècle : de la hauteur d’une montagne ».

Une sublime partition

Les conséquences musicales de cette sublime partition qui bouleversent à jamais l’univers sonore n’en seront tirées qu’une cinquantaine d’années plus tard par Arnold Schoenberg et son saut dans l’atonalité. Mais l’iconoclaste n’était pas né de rien : il avait lui aussi, comme Tristan et Isolde, goûau philtre qui mêle, en son étrange calice, amour et mort.

En témoigne ce Pelléas et Mélisande de 1905, qui sonne comme l’ultime rougeoiement d’un romantisme crépusculaire, et annonce, comme l’opéra de Debussy à venir, l’aurore d’un nouveau monde et d’une nouvelle esthétique.

L’immense chef d’orchestre et compositeur bavarois Richard Strauss avait suggéré à son collègue viennois Schoenberg d’écrire un opéra inspiré par Pelléas et Mélisande à un moment où ils ne connaissaient pas encore l'opéra novateur de Debussy. Schoenberg préféra élaborer  un poème symphonique en suivant assez scrupuleusement les étapes de la pièce et en l’enrichissant subtilement d’un travail thématique varié. Il conçut sa partition en un seul et immense mouvement dans lequel l’analyse distingue cependant les quatre parties traditionnelles.
La musique de ce poème symphonique tente de concilier, d’une part un aspect illustratif, descriptif même, et d’autre part, une volonté symphonique que traduit son exigence formelle, son attention architecturale, tout en utilisant des cellules mélodiques brèves aisément identifiables reliées aux personnages et aux situations.