Rémi Delatte : « Oublions cette idée de me voir tête de liste à Dijon »

Elections européennes, travail des parlementaires, élections municpales… Rémi Delatte en profite pour le redire dans cette interview : il n’envisage pas de conduire la liste de la droire et du centre aux prochaines élections municipales à Dijon. Le député (Les Républicains) de la 2e circonscription de Côte-d’Or entend s’impliquer dans cette consultation et pense que la victoire n’est possible qu’en réalisant une large plate-forme autour d’un corpus d’idées prenant en compte le bien vivre ensemble.

Dijon l’Hebdo : 34 listes présentes aux élections européennes, qu'est-ce que cela vous inspire ?

Rémi Delatte : « C’est difficile à comprendre mais c’est peut-être lié au fait qu’on ne parle de l’Europe qu’au moment des élections européennes. L’Europe, elle est souvent critiquée, voire même vilipendée. Beaucoup pensent qu’elle est un frein, une entrave au bon fonctionnement des choses. Normal donc que chacun essaie de pousser ses idées. Il y a aussi le fait que la Présidentielle a été l’occasion pour Emmanuel Macron de pulvériser les partis de gouvernement, à droite bien sûr mais surtout à gauche où l’on constate la multiplication des partis. C’est dommage. On n’est pas vraiment dans l’idée d’une grande Europe, dynamique, dans l’esprit de ce qu’avaient imaginé les pères fondateurs. »

DLH : Cette Europe que l’on vit aujourd’hui est-elle en danger ?

R. D : « L’Europe est très clairement en danger. Elle rentre trop dans des décisions technocratiques. On perçoit mal son poids au quotidien sauf au travers des contraintes qu’elle impose. Des contraintes qui sont d’ailleurs perçues comme éloignées de l’essentiel. Son fonctionnement ne donne pas un pouvoir suffisant au Parlement européen même s’il y a déjà eu des évolutions. Et surtout, il n’y a pas cette cohésion entre les pays européens et plus particulièrement sur les grandes politiques d’immigration, sociale et même économique. On est aujourd’hui dans le chacun pour soi. C’est certainement lié au fait que l’Europe a grandi trop vite et qu’on est aujourd’hui trop nombreux. Par ailleurs, je ne suis pas sûr que l’on ait bien évalué toutes les conséquences du Brexit. »

DLH : Du coup, l’élection européenne, c’est une forme d’exutoire ?

R. D : « C’est effectivement le risque. D’une manière générale, on s’aperçoit que, souvent, les scrutins intermédiaires, entre les élections présidentielles, sont souvent des exutoires. Une façon d’exprimer un rejet du pouvoir en place. Je suis d’autant plus soucieux de cette situation qu’on voit le Président de la République descendre, pour l’occasion, directement dans l’arène. Ce n’est pas sa place. Il devrait rester au dessus de la mêlée. Mais Emmanuel Macron se plaît à montrer que l’enjeu tourne autour d’un duel entre Madame Le Pen et lui. Du coup, le vote se traduira par une position pour ou contre Emmanuel Macron. On est donc bien loin de ce qui devrait nous intéresser en premier lieu : la construction européenne et le courage de porter un véritable projet. »

DLH : Le score dans les sondages pour les européennes de la liste LREM, inférieur au 1er tour de la Présidentielle et à sa plus basse popularité, augure-t-il d'un mandat qui va être de plus en plus difficile pour Emmanuel Macron ?

R. D : « C’est certain. Le fait de dire : « Je veillerai à ce que le Rassemblement national ne soit pas en tête » montre bien qu’Emmanuel Macron résume le scrutin à un duel avec Madame Le Pen, évacuant au passage l’ensemble des autres listes. Si La république en Marche arrive en seconde position, ce sera pour lui un échec cuisant. »

DLH : En troisième position dans ces sondages, la liste LR de François-Xavier Bellamy perd , elle aussi, des points. Stabilisée à 14% depuis quelque temps, elle est désormais créditée à 12,5% des intentions de vote. Comment expliquez-vous ce score aussi faible ?

R. D : « Il est meilleur que ce qu’il a été au départ. J’ai l’impression que François-Xavier Bellamy redonne des couleurs aux Républicains et c’est tant mieux. »

DLH : Avec 12,5 %, les couleurs sont quand même pâles ?

R. D : « C’est vrai que ce n’est pas un score qui est de nature à nous satisfaire. N’oublions pas que les Républicains sont tombés de haut au moment de la Présidentielle. On a besoin de reconstruire et je regrette qu’on prenne autant de temps. Il faut se remettre dans un travail de fond, arrêter de regarder ce qui se passe à droite et à gauche. Cessons aussi d’être contre tout. Qu’on le veuille ou non, il y a parfois des aspects positifs dans la politique d’Emmanuel Macron. Le problème que je lui reconnais, c’est qu’il ne va jamais au bout des choses. Je le dis souvent, il a l’intention, la bonne idée, mais il n’a pas le résultat. »

DLH : Prolongement du Grand Débat, Emmanuel Macron promet une baisse de l'impôt sur le revenu. Comment peut-il la financer ?

R. D : « La dette n’a pas baissé, elle a augmenté de 100 milliards d’euros en deux ans. Je ne vois pas baissé non plus la dépense publique. Elle est de 1 300 milliards. On voit bien que l’économie patine. La relance n’est pas là. Emmanuel Macron va donc avoir du mal à financer une baisse des prélèvements obligatoires sans augmenter le déficit public qui va repasser au dessus des 3 %. Il y a là une véritable inquiétude même si, sur le fond, il a raison. Une fois encore, les intentions sont là mais je doute du résultat car il n’a pas les moyens. l’équation va être compliquée.

Il y a des niches fiscales sur lesquelles il faudra certainement accepter de revenir. On est tous d’accord pour la simplification et la diminution de l’impôt, mais on veut tous aussi bénéficier des avantages… Tout cela est compliqué. »

DLH : Une proposition de loi de programmation et de sécurité intérieure de votre collègue Eric Ciotti suggère de consacrer 15 milliards d'euros sur six ans aux forces de l'ordre. Est-ce la seule réponse efficace que vous faites aux agressions dont sont victimes chaque samedi policiers, gendarmes et pompiers ?

R. D : « La situation est dramatique. On voit bien cet enkystement de cette crise des Gilets jaunes qui se reproduit de samedi en samedi depuis six mois. Une situation dont on ne voit toujours pas trop l’issue dès lors que les annonces que le Président de la République a pu faire ne sont pas de nature à interrompre le mouvement.

Je participe à la commission d’enquête des moyens octroyés aux forces de sécurité dont les travaux seront rendus au début de l’été. Je suis de l’avis d’Eric Ciotti et j’ai accepté de co-signer sa proposition de loi pour dire que des des moyens manquent au niveau de nos forces de police et de gendarmerie. Des moyens humains, bien sûr. On paie là les erreurs qui ont été faites en son temps avec la diminution des effectifs aussi bien en gendarmerie qu’en police. Des moyens en matériels qui faciliteraient les missions de sécurité.

Et puis il y a quelque chose d’essentiel à faire pour conforter nos forces de police et de gendarmerie, c’est de leur redonner le crédit qui doit être le leur. Ces forces ont été malmenées, confrontées à des scènes de violence et de haine qui sont inacceptables. Je pense qu’il faut plus de fermeté et de rapidité dans la réponse judiciaire et j’avais souhaité qu’on renforce les peines en matière de délits d’outrage. »

DLH : Dès lors faudrait-il doter les policiers municipaux de nouveaux pouvoirs pour soulager la police nationale ?

R. D : « La police municipale est un élément de proximité qui fait partie de la chaîne de sécurité. C’est l’occasion, aujourd’hui, de revoir son statut et ses missions. Je pense notamment à l’accès à certains fichiers, à la prise des identités… Réfléchir aussi à son armement qui est un élément de sécurité pour elle-même et dans le cadre du travail qui est à réaliser. »

DLH : Voilà déjà deux ans qu'Emmanuel Macron a été élu. Comment ressentez-vous l'ambiance au sein de l'Assemblée ?

R. D : « Curieusement, je la trouve meilleure. Au départ, et je l’avais exprimé dans ces colonnes, j’ai été très surpris par cette hégémonie des néo-députés qui pensaient représenter le « nouveau monde » et qu’ils allaient gérer la situation tout seuls, sans nous. Aujourd’hui, l’humilité a retrouvé, en partie, les rangs de la majorité. J’ai le sentiment que les députés LREM ont davantage envie de coopérer. A titre individuel, c’est ce que je ressens. C’est un peu moins vrai sur le plan collectif. »

DLH : Une majorité toujours « godillot » ?

R. D : « Trop « godillot » même. Quelques uns ont essayé de se démarquer, de ne pas suivre avec application la ligne de leur groupe… Ils ont été invités à prendre la sortie. »

DLH : Accusez-vous toujours la majorité  « En Marche - Modem » de rejeter des mesures sous le seul prétexte qu’elle n’en a pas eu l’idée en premier ?

R. D : « Toujours. J’ai un exemple très précis : le texte que nous avons présenté sur le statut du sapeur pompier volontaire. Un sujet pour le moins consensuel qui aurait du nous rassembler mais qui n’a malheureusement pas fait l’objet d’un vote des représentants de la République en Marche. Ils ont refusé la discussion du texte au prétexte qu’ils allaient eux-mêmes faire une proposition. Avec eux, ce n’est jamais le moment. C’est décevant. »

DLH : Que devient l'autre proposition de loi que vous avez co-signée : réindexation des retraites, suppression de la hausse de la CSG pour tous les retraités, maintien définitif de la prime annuelle défiscalisée pour les salariés…

R. D : « Hélas, même traitement ! Et pourtant quand on entend Emmanuel Macron, il est plutôt rassurant, ouvert, disposé à prendre en compte nos remarques… La réalité est tout autre. »

DLH : Les élections municipales approchent et la situation à Dijon est toujours aussi confuse avec des candidats potentiels à droite et au centre qui peinent à trouver l'union nécessaire ? Comment voyez-vous évoluer cette situation ?

R. D : « Une élection municipale, c’est une alchimie subtile entre une équipe, une tête de liste, un projet… et surtout un climat de confiance, qu’on établit ou pas, avec nos concitoyens. L’élection municipale, c’est l’élection de proximité par excellence. Je dis souvent que le maire, les élus municipaux sont les élus de premier recours. C’est une véritable adhésion, une véritable complicité qui doit s’établir entre les candidats et les électeurs.

Les élections municipales, elles seront de moins en moins politiques. Ceux qui réussiront sont ceux qui seront capables de rassembler. Ce ne sont pas Les Républicains qui pourront gagner tout seuls. J’en suis persuadé. Quand bien même ils auraient un candidat de grande qualité. La victoire, elle ne peut s’obtenir qu’au travers d’une large plate-forme autour d’un corpus d’idées, prenant en compte le bien vivre ensemble.

Dijon est une ville qui a des infrastructures importantes, de qualité, mais qui manque d’un projet de vie. C’est ce projet de vie qu’il faut proposer à nos concitoyens. Un projet pouvant les amener à rêver d’une ville plus sereine, plus fluide, plus harmonieuse où la qualité de vie dominera. »

DLH : Vous évoquez une large plate-forme. Faut-il en déduire qu’une association avec La République en Marche est envisageable à Dijon ? Cette même République en Marche dont vous venez de dire qu’elle ne vous écoutait pas à Paris…

R. D : « Encore une fois, je dis qu’il ne faut pas qu’on s’en tienne aux drapeaux des partis politiques. Il faut rassembler les énergies, les intelligences… qu’elles soient issues de La République en Marche, de la société civile, des centristes, des Républicains. Nous devons arriver à dépasser tout ça et à créer un collectif qui soit capable de proposer un projet moderne pour les prochaines municipales. Je souhaite que ma famille politique y ait toute son influence, et même imaginer qu’elle ait la tête de liste. »

DLH : Si la décision vous revenait de désigner une tête de liste à droite à Dijon, quelle serait-elle ?

R. D : « Je peux avoir des avis très personnels mais, en la matière, il faut jouer collectif. C’est le principe même de ma philosophie. Je sais, par ailleurs, qu’un processus de désignation du candidat pour les Républicains a été engagé par les instances locales. Cela devra de toute façon s’intégrer dans le dispositif national qui prévoit que c’est la commission nationale d’investiture qui décidera.

Comme député, je ne reste pas inactif sur le sujet. D’abord parce que je travaille beaucoup pour Dijon. Il me semble l’avoir prouvé dans bien des secteurs, notamment dans le domaine de la santé et des projets d’investissements de l’université. C’est pour moi très important d’être dans cette convergence de vues entre les attentes de nos concitoyens et les acteurs de la vie municipale ».

DLH : Et ce travail pour Dijon ne trouverait-il pas son aboutissement dans une candidature aux prochaines élections municipales ?

R. D : « La loi est claire : il n’y a plus de cumul des mandats. Je suis député jusqu’en 2022. Oublions cette idée de me voir tête de liste à Dijon. Je suis dans une position d’ouverture et de confiance dans ce qu’on peut construire pour Dijon. Et je vais bien sûr y contribuer. »

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre