CREDO ERGO SUM

En 1966, cher lecteur, Hervé Bazin commit une sorte d'« Indignez-vous ! » contre l'orthographe française qu'il intitula « Plumons l'oiseau ! ». Son narrateur, le très érudit professeur Patagos nous dit « Oui, je vous le demande, si WA s'écrit W-A et si ZO s'écrit bien Z-O, comment se fait-il que le nom de ce volatile s'écrive O-I-S-E-A-U... et non W-A-Z-O ? »

Au-delà des mots eux-mêmes, dans une page savoureuse, le maître rajeunit notre ponctuation en inventant le point d'ironie, le point de doute, le point de certitude ou point de conviction en forme de croix, le point d'acclamation avec ses deux bras en V, le point d'amour avec deux points d'interrogation en miroir qui forment un cœur et le point d'autorité. Ce n'est qu'au 4e siècle après J.C que Saint Jérôme, malgré les réticences des copistes, instaura à travers le latin un système de ponctuation. Mais dans la période classique les auteurs avaient pris l'habitude de ponctuer leurs phrases avec des mots de liaison, souvent des conjonctions ou des adverbes, qui avaient l'avantage d'être perceptibles aussi bien à l'oral qu'à l'écrit.

L'idéal, cher lecteur, serait de combiner le système latin avec ses mots de liaison et le système Bazin avec ses connotations très nuancées. Voici ce que cela pourrait donner dans un discours contemporain: « Je crois très profondément qu'en supprimant IENA des victoires napoléoniennes tout en gardant tous ses soldats pour ne pas en faire des grognards, nous allons construire ensemble une vraie Bérézina. C'est en croyant très profondément que je peux rebâtir Notre-Dame en cinq ans, car la foi soulève des montagnes, même si les artisans ne suivent pas. Je crois très profondément que je crois très profondément, sauf quand je pense très profondément. Parmi les mesures concrètes immédiates auxquelles je crois profondément, je demande à chaque concitoyen, surtout s'il vient de décrocher son bac pro, de se souvenir qu'il est le descendant direct du Siècle des Lumières et qu'il se doit, au nom de la transition écologique, d'entrer dans le Siècle des Leds : led social, led à l'emploi, led au logement, led à la mobilité et led à l'enfance …»

Ainsi donc, à l'aune d'un nouveau Bescherelle, le point de conviction inventé par Bazin serait systématiquement remplacé par la formule « je crois profondément que... » compatible avec toute phrase telle que « Je vous prends pour ce que vous n'êtes pas » ou « Vous allez bien m'offrir un second mandat ». On ne le dira jamais assez, cher lecteur, « Bis repetita placent »; d'autant que la soupe est bonne, j'en suis intimement convaincu... et c'est bien ça «L'Art d'être élu par les Français ! ». Or si Bazin revenait, il écrirait un second tome: « Plumons Loiseau ! ».

Alceste