Une pièce de théâtre qui donne le sourire

« Tokamak » est une représentation théâtrale novatrice qui va bientôt se rejouer, et peut-être même se muer en plusieurs projets…

Sur une petite scène toute proche du public, vingt jeunes évoluent comme une tribu d’indiens et cherchent ensemble le chemin d’une vie plus légère. Rapidement, on perçoit une tirade plus timide, parfois une élocution difficile, parfois pas, puis une hésitation. C’est que parmi ces vingt comédiens, dix-sept le sont pour un soir tandis que les trois autres sont des professionnels. Ces dix-sept jeunes de 13 à 17 ans sont handicapés mentaux et ont invité, avec l’aide d’un metteur en scène, trois étudiants en théâtre à monter ensemble une pièce.

Six mois et une trentaine d’heures de répétition plus tard, le résultat est une heure d’un jeu explosif entre les trois acteurs, Marius, Sixtine et Saïd, et la petite tribu, tous affairés à la recherche d’un « tokamak ». La question se pose devant le handicap mais elle s’adresse à tout le monde et représente même un défi aussi personnel qu’universel : se réinventer, s’affirmer, oser le changement, délaisser ses vêtements trop pesants, s’ouvrir à soi-même et « ouvrir ses clapets ».

À la fois doux et fougueux, drôle et touchant, le texte est un savant mélange d’émotions doublé d’une mise en scène audacieuse, entre créations vidéos signées Clara Vidal-Rosset et chorégraphie de Frédéric Cellé, de la compagnie théâtrale le Grand Jeté. 

À l’origine de l’écriture il y a Guy Martinez, metteur en scène et comédien, qui rencontre en 2018 les jeunes de l’IME (Institut Médico-Éducatif) lors du festival « Itinéraires Singuliers », et entrevoit leur capacité d’imitation et d’improvisation. Il leur propose donc un projet théâtral : « J’ai eu envie d’inverser ce qu’il se fait habituellement, ce ne sont pas les jeunes en situation de handicap qui ont été intégrés mais bien eux qui ont intégré trois acteurs non handicapés pour une expérience commune. Nous avons ensuite mobilisé des organismes et reçu l’aide entre autres de la Mutualité Française et l’Agence régionale de Santé. Ce que j’ai voulu enfin, c’est poétiser la fragilité, ne surtout pas la gommer, les ados étaient donc libres avec leurs incertitudes, on a travaillé en sachant que chacun peut avoir un moment de faiblesse une fois sur scène, l’un ou l’autre prend alors le relai et ça ne pose aucun problème. Unifier le travail a été un peu difficile car ils ont tous un handicap différent mais sinon ils adorent le jeu et l’expérience a donné une énergie formidable à tout le monde, aux jeunes comme au public ».

Guy Martinez prévoit également des représentations avec plusieurs publics différents et les trois acteurs, Marius, Sixtine et Saïd souhaitent même tourner ce spectacle.

À découvrir à la MJC de Chenôve le 14 mai à 15 heures. Réservation conseillée : 03.80.52.18.64.

Caroline Cauwe

Crédit photo : Philippe Blanc