François Rebsamen : « Il y a encore beaucoup de travail à faire à Dijon »

Dijon l’Hebdo : Si vous me le permettez, j'aimerais vous demander comment vous allez six mois après avoir repris vos activités à la tête de la mairie de Dijon et de la Métropole ?

François Rebsamen : « Je vais bien. Très bien même ».

DLH : Il était difficile de débuter cette interview sans évoquer d'emblée les Gilets jaunes. « Il faut savoir terminer une grève » disait en son temps Maurice Thorez... Qu'est-ce qui pourrait mettre un terme rapidement à ce mouvement social qui fait fi des partis politiques et des syndicats, et dont on peut constater qu'il n'a plus la popularité de ses débuts mais dont on ne voit pas pour autant la fin ?

François Rebsamen : « Le mot a été tellement utilisé, usé même, que j’hésite presque à le dire : décentralisation. Ca passe par un nouvel acte de décentralisation de ce pays. En clair, par la reconnaissance du rôle et de la place des collectivités locales dans le fonctionnement de la République qui ont été remis en cause, d’une certaine manière, par le Président de la République. Aujourd’hui, Emmanuel Macron semble redécouvrir les maires. Tant mieux. Mais il n’y a pas que les maires ruraux. Il y a aussi les maires urbains car la richesse, elle se produit aujourd’hui dans les villes. La ville, c’est le vivre ensemble. C’est là qu’on y apprend la diversité, le respect dans un cadre équilibré et apaisant. C’est ça l’avenir de la décentralisation mais faut-il nous en laisser les moyens plutôt que de tenter de nous étrangler. Et c’est quand même incroyable de voir que ce sont les collectivités locales qui donnent un coup de pouce au gouvernement sur le déficit... Voilà un gouvernement qui a hérité en 2017 d’une situation exceptionnelle avec un déficit de 2,7 % et, aujourd’hui, la barre des 3 % a été franchie. La France n’est pas fichue de tenir sa parole au niveau européen. »

DLH : Puisqu'on parle des collectivités locales, le mouvement des Gilets jaunes aura au moins permis de montrer à Emmanuel Macron toute l'importance qui est la leur…

François Rebsamen : « Il est vrai qu’Emmanuel Macron redécouvre un peu, seulement maintenant, les corps intermédiaires. Il va faire son show devant les maires ruraux. J’aimerais bien qu’il vienne aussi rencontrer les maires des grandes villes car on se sent abandonné. On l’a invité à venir à Toulouse à la réunion de France Urbaine en mars. J’espère qu’il répondra positivement pour débattre avec nous. Pendant 7 heures s’il le faut… Nous sommes prêts à tenir 7 heures aussi comme si c’était un exploit sportif. En chemise, sans cravate…

Or qu’est-ce qui fait aujourd’hui les contre pouvoirs dans une République ? Ce sont les collectivités locales, les élus. Les syndicats aussi. On en pense ce qu’on veut mais quand il n’y a plus de syndicats traditionnels, que se passe-t-il ? On voit apparaître de nouvelles formes de syndicalisme, souvent violentes. Sans oublier les associations qui ont été profondément touchées par la suppression des emplois aidés. On en parle peu mais cela a déstabilisé le corps associatif. »

DLH : On vous sent « fatigué » par ces manifestations hebdomadaires...

François Rebsamen : « Tout d’abord, je veux dire les choses de manière simple : « Ca suffit ! ». Ca suffit que tous les samedis, depuis quinze semaines d’affilée, les gilets jaunes viennent manifester dans le centre ville de Dijon, bloquent l’activité économique, menaçant à terme la survie des commerçants du centre ville qui ont subi une grosse perte de chiffre d’affaires. En moyenne 40 % ! C’est Denis Favier, président de Shop In Dijon, qui m’a précisé ces chiffres. Ca veut dire qu’il y en a qui ont perdu jusqu’à 70 %. Si le gouvernement ne prend pas ça en compte, il y aura rapidement des activités qui vont se retrouver au tribunal de commerce. Avec les autres maires des grandes villes, j’ai demandé à ce qu’il y ait des allègements de charges, la création d’un fonds d’indemnisation. Les représentants des associations de commerçants sont allés à Bercy. Bruno Le Maire les a entendus, plutôt écoutés, car il n’a rien répondu.

L’association des grandes villes de France, France Urbaine, a fait paraître un communiqué en réponse à l’État qui nous annonce qu’il n’a plus un sou. Je suis quand même assez surpris par ce type de réponse. On chiffre à peu près, aujourd’hui, les demandes des villes à 30 millions d’euros et on nous dit : « Voilà 3 millions d’euros » qui ne sont en réalité que des récupérations de crédits qui viennent d’ailleurs. 3 millions d’euros qu’on aurait le droit de dépenser à la condition d’en mettre également 3 nous-mêmes… France Urbaine n’est évidemment pas satisfaite, et moi non plus à Dijon, des réponses du gouvernement. »

DLH : Dans ce contexte, que reprochez-vous à Emmanuel Macron ?

François Rebsamen : « Premièrement, il faut d’abord faire un constat : le Président de la République a été quasi KO pendant un mois et demi. Du 15 novembre à fin décembre, on ne l’a pas entendu. Or il fallait s’exprimer à ce moment-là. Laurent Berger, de la CFDT, avait tendu la main pour proposer une grande conférence sociale. Pas de réponse ! D’autres organisations syndicales ont même évoqué un grand « Grenelle » social.

Et pendant ce mois et demi, les violences se sont installées. Chaque samedi. Pas de la part des gilets jaunes eux-mêmes à ce moment-là mais des casseurs anarcho-libertaires et d’extrême droite qui savent assez bien d’ailleurs, quand ils veulent casser, se rapprocher quoiqu’ils en disent. Je pense que le gouvernement s’est dit « Ca va passer et ça va se terminer avant les fêtes avec les mesures annoncées ». Des mesures trop tardives qui ne répondent que très partiellement aux attentes des gilets jaunes. Car leur demande première, c’est la justice sociale et la justice fiscale. Or il faut être un gouvernement amateur pour, en même temps, augmenter la CSG pour les retraités, y compris les petits retraités, et faire cadeau au 1 % des plus riches de leur impôt de solidarité sur la fortune. Sur ce dernier point, ce devait être, à mon avis, pour le Président de la République l’occasion de « rembourser » ceux qui l’avaient soutenu pendant la campagne électorale. Mais faire les deux concomitamment, c’était forcément provoquer une réaction immédiate car ce pays est viscéralement attaché à la justice, à l’égalité. Et le sentiment d’injustice a été le point de départ de tout. Après, il y a d’autres raisons. Elles sont différentes. Elles existent : la fracture territoriale, par exemple, qu’il ne faut pas la nier. Mais aussi la hausse de la fiscalité écologique au moment où le prix de l’essence et du diesel était au plus haut… Beaucoup de maladresses.

Fin décembre, le Président de la République a tenté de reprendre la main. Il y est un peu arrivé avec le Grand Débat. Une formule intelligente, j’en conviens. Ce qui lui permet aussi de faire campagne pour les Européennes à peu de frais et de restaurer son image profondément altérée. »

DLH : Aviez-vous ressenti les prémices d'un tel malaise lors de votre passage au ministère du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social ?

François Rebsamen : « Non. Je suis convaincu que la deuxième erreur du Président de la République, c’est de ne pas avoir pris en compte les corps intermédiaires. De ne plus leur faire confiance. Penser que la verticalité jupitérienne d’Emmanuel Macron suffirait à avoir une relation directe avec le peuple, dans un fonctionnement quasi-monarchique, est tout à fait contraire à l’esprit du dialogue social. »

DLH : La violence s'est invitée de façon quasi-systématique dans les manifestations des Gilets jaunes : policiers et gendarmes agressés, voitures brûlées, mobilier urbain cassé... Pourquoi ne pas demander purement et simplement l'interdiction des manifestations dans le centre ville ?

François Rebsamen : « C’est une question qui a été posée. Les Gilets jaunes se scindent en petits groupes et sont ainsi devenus de plus en plus mobiles. Et il n’y a pas assez de forces de l’ordre pour les empêcher de pénétrer dans le centre ville. J’ajoute que cela ne changerait rien.

Un maire d’une grande ville a demandé au gouvernement s’il ne serait pas opportun de décréter l’état d’urgence. Ca montre bien l’exaspération des maires qu’ils s’appellent Alain Juppé, à Bordeaux, Jean-Luc Moudenc, à Toulouse, Gaël Perdriaux, à Saint-Etienne, le maire de Rouen… et je m’inclue évidemment dans ce mouvement.

Il faut rétablir l’ordre. Moins il y en a et plus se concentrent des gilets jaunes radicalisés qui viennent se rajouter à ces casseurs que l’on connaît. Le problème, c’est que policiers, gendarmes et CRS sont épuisés. Je salue leur action. Contrairement à ce qu’ont pu écrire certains journalistes, je suis très vigilant sur le respect des libertés individuelles mais je dis que la première violence, c’est celle des manifestants qui jettent des pavés, des cocktails molotov… Je rappelle qu’ils ont essayé de mettre le feu à la mairie, qu’ils ont attaqué la Préfecture, la gendarmerie… qu’ils aimeraient bien attaquer, s’il le pouvaient, le commissariat… Ce sont tous les symboles de la république et de l’ordre qui sont leurs cibles.

Je combats la politique économique qui est menée en ce qu’elle est libérale anglo-saxonne mais je respecte profondément la personne du Président de la République. Et quand je vois les injures et les insultes que profèrent les gilets jaunes, je suis outré. On voit se développer des propos qui n’ont pas leur place dans la République française. La haine s’installe et quand elle s’enkyste cela m’inquiète tout particulièrement. »

DLH : Pour Dijon, quel est, pour l'instant, le coût de ces violences ?

François Rebsamen : « La somme est importante. Début février, elle représentait environ 700 000 euros. Les heures supplémentaires de nettoyage du samedi soir par les employés de la Métropole, les transports en commun qui ne fonctionnent plus, les aides indispensables apportées aux commerçants... En février, il n’y aura pas de droit de terrasse qui leur sera demandé. Et peut-être même en mars s’il le faut. Tous ne sont pas touchés de la même manière mais cette mesure, elle se doit d’être générale, même si j’ai une pensée particulière pour les commerçants de la place de la République et de la rue de la Préfecture qui sont quasiment dans l’incapacité de travailler. Mais l’État doit aussi répondre présent en mettant en place un fonds d’indemnisation. Maintenant si l’État n’a plus d’argent, ça devient grave... »

DLH : Qui va payer la note ? Les Dijonnais au travers de leurs impôts ?

François Rebsamen : « Effectivement, ce sont les contribuables dijonnais et métropolitains. Si la police est municipale à Dijon, les agents de nettoyages dépendent de la Métropole. La délégation de service public pour les transports en commun, le stationnement, c’est aussi la Métropole. On voit bien qu’il y a des pertes de recettes qui nous pénalisent. Sans compter les rentrées fiscales comme celles apportées par les terrasses. »

DLH : Vue de l'extérieur, cette violence fait peur. Avez-vous mesuré son impact sur la fréquentation touristique à Dijon ?

François Rebsamen :« Pas encore mais on sent l’impact. Heureusement pour nous, janvier et février ne sont pas les mois qui attirent le plus de touristes à Dijon. Avec les beaux jours qui reviennent, l’activité touristique est un élément important de la vie économique de notre ville. Je reste persuadé qu’avec la réouverture du musée des Beaux-Arts, avec On Dijon qui va se mettre en place, on va récupérer cette activité touristique à condition bien sûr que cessent ces manifestations le samedi.

Les gens ont peur de venir au centre ville le samedi. D’ailleurs les commerçants m’ont dit qu’il y avait des changements d’habitude. Les Dijonnais viennent souvent faire leurs courses le samedi matin. Et, à 13 heures, c’est ville morte dans l’hyper centre.

Il y a même des habitants de la place de la République qui me demandent si les gaz lacrymogène répandus chaque samedi ne sont pas mauvais pour la santé. Et ils n’ont pas tort de me poser ces questions-là. »

DLH : Vous qui êtes un fervent défenseur du « vivre ensemble », vous avez été forcément marqué par d'autres violences marquées cette fois par les insultes proférées à l'encontre d'Alain Finkelkraut, les actes antisémites en série, les églises profanées... Que faudrait-il faire pour que notre société retrouve son homogénéité d'antan ?

François Rebsamen : « L’homogénéité d’antan, elle remonte à loin. C’est sûr qu’il y a eu des périodes de meilleure cohésion sociale. Ce qui m’accable, on ne peut pas dire les choses autrement, c’est qu’on n’ait pas pu extirper véritablement l’antisémitisme de la pensée de nos concitoyens. C’est effrayant de voir qu’il y a des gens qui, encore aujourd’hui, ose s’en prendre aux boucs émissaires, au Juif en lui-même. Et je ne mélange pas ceux qui critiquent la politique d’Israël par rapport à la Palestine avec ceux qui ont au fond d’eux mêmes cette haine d’antisémitisme et de racisme. Ces comportements ont toujours été intolérables pour moi et aujourd’hui encore plus.

Les actes que vous évoquez posent la question de l’Education. C’est invraisemblable qu’au sortir de l’éducation obligatoire, en France, pourtant bien dispensé, il puisse y avoir des gens qui portent tant de haine en eux. J’ai été très marqué quand j’étais jeune, élève au lycée Montchapet, par le film Nacht und Nebel(Nuit et brouillard). Je m’en souviens encore. C’est bien d’apprendre la Marseillaise à l’école, mais sincèrement je pense que la projection de ce film devrait être obligatoire à un moment de la scolarité. L’école a cette responsabilité. »

DLH : Rejoignez-vous Alain Juppé quand il évoque le « discrédit » jeté sur les hommes politiques et la « stigmatisation des élites » ? Comme lui, constatez-vous que l'esprit public est devenu délétère ?

François Rebsamen : « Oui, bien sûr. On est d’ailleurs nombreux à penser ça. La mise à l’écart par Emmanuel Macron des corps intermédiaires contribue au discrédit général des élus. Ca existait déjà sous Hollande, sous Sarkozy également. Il est un peu facile de fustiger les élus qui dépensent. Comme si l’État était formidablement géré au contraire des collectivités locales. En donnant des boucs émissaires à la société au sens large, on rompt le consensus républicain. On a besoin d’élites évidemment et ce n’est pas contraire à l’égalité. L’égalité, c’est de donner à tous les mêmes chances. »

DLH : A la différence d'Alain Juppé qui quitte Bordeaux pour rejoindre le Conseil constitutionnel, vous ne semblez pas vouloir baisser les bras. La présentation de vos vœux, en janvier dernier au Zénith, a été pour vous l'occasion de faire un véritable plaidoyer pour le mandat de maire. Une fonction élective que visiblement vous n'abandonnerez pas en mars 2020 ?

François Rebsamen : « Récemment, dans un diner réunissant des chefs d’entreprises, j’ai dit que rien n’était décidé et qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire. Chacun interprète cela comme il veut mais pour le moment s’il y en a qui sont déjà la tête dans les élections, moi je suis dans l’action. Mon prédécesseur est parti à l’âge de 73 ans. Je me dis que ça donne encore un peu de temps... »

DLH : Cette ville, vous l'avez transformée depuis votre élection en 2001. Les réalisations ont été nombreuses dans tous les domaines. Personne ne peut le contester. Aussi celui ou celle que les Dijonnais désigneront au terme des prochaines élections municipales risque de s'ennuyer un peu... ?

François Rebsamen : « J’ai pensé ça il y a un moment mais il y a encore tellement de choses à faire pour améliorer la qualité de la vie. D’abord, je voudrais préciser une chose : vous m’avez rarement entendu critiqué, sauf quand on m’y poussait, ce qu’avait fait mon prédécesseur. Quand on arrive dans une mairie, et ce que je dis vaut aussi pour Emmanuel Macron, on met forcément ses pas dans ceux du prédécesseur. On prend le bilan qu’on vous a laissé. Le respect démocratique impose de ne pas s’étendre dessus. Donc celui ou celle qui me succédera un jour devra poursuivre ce que nous avons lancé dans les grands secteurs. »

DLH : Qu'est-ce qu'il faudrait pour que Dijon soit encore plus agréable à vivre ?

François Rebsamen : « J’ai trois – quatre grandes préoccupations. Le problème n’est pas de savoir s’il faut faire une quatrième tribune, un stade de foot supplémentaire, une patinoire… Quand les besoins s’imposent, les villes le font. La question, ce sont les grandes priorités qui vont venir. Je crois qu’on a jeté les bases d’une ville écologique et ça couvre beaucoup de champs : le projet TIGA sur l’alimentation durable en 2030 dans une Métropole qui a été perçu d’une manière exemplaire à Paris, avoir des énergies propres et non polluantes comme la méthanisation, la ferme solaire, la réflexion sur l’hydrogène, la piétonisation qui améliore la qualité de l’air au centre ville… Tous ces grands projets devront être poursuivis. Vous voyez il y a encore beaucoup de travail et j’ai quelques idées de ce qu’il faudrait faire. »

DLH : Des nouvelles lignes de tram… Est-ce possible ?

François Rebsamen :« Bien sûr et cela fait partie de la politique écologique. Il faudra aussi continuer à développer la pratique du vélo, la marche à pied -c’est bon pour la santé- et la piétonisation y concoure. Je signale que nous avons très peu de jours de pollution à Dijon. C’est une des 22 métropoles où il y en a le moins. Comme c’est celle où il y a le moins d’embouteillages. Il faudra aussi continuer à planter des vignes, développer une agriculture responsable. Tout ça n’était pas inscrit en 2001 et c’est devenu une urgence en 2020. »

DLH : Où en est-on avec la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin et avec les recours dont elle est l'objet ?

François Rebsamen : « Cela avance mais hélas plus lentement que prévu à cause des recours. Dans la tête des banquiers, notamment, cela constitue un frein incontestable car ils se disent « on ne sait jamais »… J’ai beau leur dire qu’il y a 99 % de chance que cela se passe bien mais pour un banquier 1 % de risque, c’est souvent trop. C’est comme ça les banquiers. Il y a eu encore un nouvel appel déposé par mon opposant, le président d’« Agir contre Dijon ». La rapporteur a rendu ses conclusions : rejet de tous les moyens évoqués par l’opposant systématique à la ville et condamnation à 1 500 € d’amende, au titre des frais irrépétibles. C’est même très rare qu’un tribunal administratif ou une cour d’appel condamne un requérant à une telle somme. Je me suis abstenu de tout commentaire tant que le jugement n’est pas publié. J’ai été extrêmement surpris de voir que ce monsieur se permette de commenter une décision de justice qui pourrait lui être défavorable en annonçant qu’il avait gagné. Là, ça devient un problème psychologique. Ce comportement traduit une fébrilité incroyable.

Notre projet, pour sa qualité, est reconnu au niveau européen. Ce n’est quand même pas un conseiller municipal d’opposition qui va empêcher la ville de se développer et de porter ses propres valeurs, les arts, au sens large, la culture, la gastronomie. »

DLH : La construction d'un Parc des Expositions en périphérie comme le souhaite Jean Battault, président de Dijon Congrexpo, est-elle envisageable dans les prochaines années ?

François Rebsamen : « Jean Battault devrait se présenter aux élections à Dijon pour pouvoir réaliser ses rêves. Je ne prends pas ses désirs pour des réalités. Même si moi je crois à la réalité de mes propres désirs. Je suis convaincu que la chance de notre ville, c’est d’avoir un palais des congrès et un parc des expositions au centre ville et non pas à l’extérieur. Si Jean Battault veut un grand parc des expositions ailleurs qu’au centre ville, qu’il fasse un programme municipal dans lequel il fera figurer cette construction d’un montant d’environ 50 millions d’euros. Il consommera des terres agricoles que moi je veux protéger. »

DLH : Et quelle est votre position dans le projet privé porté par Thierry Degorce de construire une salle dédiée, entre autre, aux deux clubs qu'il préside, la JDA basket et la JDA hand ball ?

François Rebsamen : « C’est un dossier intéressant. Je ne veux pas m’opposer à une professionnalisation accrue d’un club dirigé par quelqu’un de tout à fait respectable. La Métropole est prête à l’aider pour trouver un terrain sur lequel serait construite cette « Arena ». La seule condition que je pose, c’est que ça ne coûte rien à la collectivité. Par ailleurs, je ne veux plus de m² de centre commercial. »

DLH : Un tel projet n'est-il pas de nature à vider de sa substance le palais des Sports qui perdrait ainsi les matchs de deux clubs importants à Dijon ?

François Rebsamen : « Il n’y a pas que ces deux clubs. N’oublions pas le Dijon Métropole Hand Ball qui pourrait accéder à l’élite. Le hand fait partie de l’histoire sportive de Dijon. Et le Palais des Sports est encore en situation d’accueillir, avec un parking, 4 200 personnes. Toutes les villes n’ont pas un tel équipement que je dois à mes prédécesseurs. Il y a des travaux d’entretien et de rénovation à faire. Ils sont programmés. »

DLH : Où en êtes-vous du transfert des compétences entre le Département et la Métropole. Etes-vous tombé d'accord avec votre collègue François Sauvadet ?

François Rebsamen : « Non. Nous ne sommes pas arrivés à nous mettre d’accord au 31 décembre dernier. La loi va s’appliquer. Sous l’égide du préfet, des discussions ont lieu pour estimer, compétence par compétence, ce qui va être transféré à la Métropole avec le personnel et les moyens financiers afférents. On me dit qu’en France, on serait les seuls, avec Saint-Etienne, à ne pas avoir trouvé les bases d’un accord. Si ce n’a pas été simple partout, chez nous, ça été très difficile.

Le personnel du département qui va être transféré à la Métropole sera aussi bien traité qu’il l’était jusqu’à présent. Je voudrais le rassurer. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir. D’ailleurs les personnels sociaux du département et ceux de la Ville se connaissent très bien. Laissons faire la loi et ce que dit l’État. »

DLH : Depuis le 31 décembre, le compte à rebours est lancé, sous le passage du Roy, à l’entrée de l’escalier d’honneur pour signifier aux Dijonnais et aux touristes qu’un grand événement se prépare : la réouverture intégrale, le 17 mai prochain, du musée des Beaux-Arts de Dijon. En quoi ce projet se révèlera-t-il comme éminemment urbain ?

François Rebsamen : « Le musée des Beaux-Arts de Dijon est un des plus beaux de France par l’ampleur de sa collection. On peut le considérer comme un écrin. Un écrin dans un écrin, le centre ville classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Un patrimoine historique classé qui n’a heureusement jamais, jusqu’à présent, subi d’outrages ou de dégâts majeurs au travers des siècles. Nous avons aujourd’hui un devoir, c’est d’embellir encore plus ce centre ville à travers une piétonisation que l’on pourra découvrir également à partir du 17 mai. Tout cela, c’est le coeur du coeur de la ville. C’est profondément urbain. Projet urbain certes, mais aussi et surtout projet culturel. Et la ville, c’est la culture. »

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre