POM-POM-POM-POM… !

Quoi de neuf ?  Beethoven ! En France et à l’étranger, toutes les grandes salles de concerts se préparent déjà à célébrer, en 2020, les 250 ans du compositeur. Un anniversaire monstre !

Pour un orchestre symphonique en 2020, le grand sourd demeure la colonne vertébrale du répertoire, et l’intégrale des symphonies tout à la fois un Everest à escalader et un retour aux fondamentaux.

Ce n’est pas une question de difficulté technique, à une époque où les formations de deuxième division maîtrisent sans obstacle majeur les changements de rythme de Stravinsky et Bartok, autrement périlleux que l’écriture beethovénienne.

Il s’agit bien plus de s’interroger sur le juste style. 

Lorsqu’il a dirigé l’intégrale Beethoven avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris, Philippe Jordan a commencé par une question à ses musiciens : « Allons-nous faire plutôt Karajan ou Harnoncourt ? ».

Aujourd’hui, la palette esthétique est considérable. A tout seigneur tout honneur, le Philharmonique de Vienne s’est construit dès l’origine comme héritier des premiers interprètes de Beethoven : à sa fondation en 1842, il comptait encore dans ses rangs deux musiciens qui avaient participé à la création de la 9e.

Les Wiener donnent une nouvelle intégrale tous les dix ans avec un chef différent : pour2020, c’est Letton Andris Nelson qu’ils ont plébiscité.

On le connaît encore mal en beethovénien, l’occasion de vérifier s’il concilie aussi bien que récemment encore à Leipzig le grand son symphonique large et ample chéri des Viennois et leur capacité à privilégier le chant et la danse à l’architecture germanique.

Cette dernière caractérise le jeu romantique de la Staatskapelle Berlin, où Daniel Barenboïm privilégie une sonorité sombre et mate, appuyée sur les basses, au profit d’un Beethoven plus massif et prométhéen, que Paris entendra aussi.

Ces différences auront-elles encore un sens en 2020 ?

Impossible aujourd’hui d’ignorer le mouvement de retour aux instruments d’époque : cordes en boyau, flûtes en bois, cors et trompettes naturels, petites timbales en peau, pour lesquels écrivait le compositeur.

On perçoit alors mieux la proximité de Beethoven avec Mozart, mort huit ans avant la composition de sa Symphonie n°1, et Haydn, encore en vie pendant celles des six premières.

Reste la voie intermédiaire : celle que proposera Yannick Nézet-Séguin avec le Chamber Orchestra of Europe. Des instruments modernes, mais un effectif allégé et une étude approfondie des sources pour éviter de wagnériser Beethoven : c’est ce qu’on appelle aujourd’hui les interprétations « historiquement informées ».

Devrait en résulter, comme dans leur Schumann ou leur Mendelssohn, un jeu plus vif, nerveux et transparent.

Et au-delà de ces questions d’école, il sera intéressant de scruter le regard individuel d’interprètes d’aujourd’hui sur ces partitions anciennes de deux siècles : pour une fois un doublon à la Maison de la Radio, puisque la Neuvième y sera donnée par Emmanuel Krivine avec l’Orchestre National de France, et par Mikko Franck avec le Philharmonique de Radio France.

Le meilleur moyen pour mettre à l’épreuve la capacité de ces tubes archi-rebattus  à nous surprendre en permanence.