Le coup de gueule : Ne tirez plus sur les pianistes

 

Les médias ont fait donner les grandes orgues pour les funérailles de Joël Robuchon. Bien, très bien. Paix à son âme et souhaitons lui d’officier à la cantine du Paradis plutôt que d’assurer le coup de feu en enfer. Retournons sur terre, où il y a bel et bien des casseroles du diable dans les cuisines de certains chefs cuistots ou restaurateurs labellisés Georges-Noir ou Trois-Châteaux. Tous ne sont pas des princes au regard de leur manquement au droit du travail. Oyez justement l’appel lancé sur la toile par l’un d’entre eux pour dégoter – sans sortir un sou – un orchestre et s’assurer un « plus » commercial, en attirant une clientèle d’amateurs de jazz, de world music, etc : « Nous sommes un petit restaurant en centre-ville et nous recherchons des musiciens solo pour leur permettre de promouvoir leur musique et de vendre leur CD (…) Votre musique doit être plutôt jazz, Rock, World Music, voire métissée. Merci de répondre dès que possible ». Voilà qui s’appelle de la duplicité et de la malhonnêté criante : quid des taxes dues par le restaurateur à la Sacem sur les morceaux interprétés ?  De quel droit faire travailler des musiciens sans leur verser un cachet ? Voilà une médecine fort amère et qui est de plus en plus… administrée, semble-t-il. De nombreux artistes en sont réduits à passer par les fourches (fourchettes) caudines de certains cafetiers, bistrotiers, tenanciers de brasserie. Au XXIe siècle on aurait pu croire que les musiciens n’étaient plus des saltimbanques réduits à faire la manche. Pourquoi ne pas leur demander également de faire la plonge pour pouvoir se produire face à un public ? Il est bien connu que les musiciens connaissent la… musique. Et l’un d’entre eux, maestro de la plume, a répondu du tac au tac à cette annonce, avec ce bel allegro vivace : « Je suis un musicien doté d’une grande maison à la recherche d’un restaurateur qui viendrait chez moi pour promouvoir son restaurant, pour faire à dîner pour mes amis. Je souhaite plutôt des dîners raffinés et exotiques, avec un belle pratique de la gastronomie internationale. Merci de me répondre dès que possible. »

Voilà pour cette fable du restaurateur indélicat et du musicien malicieux. A la manière de Jean de La Fontaine, elle porte en elle-même sa morale : que ce soit en cuisine ou dans le domaine musical, tout est affaire de… batteries, de pianos, de flûtes, de diapasons, de cloches, de baguettes, de pistons, et bien entendu de virtuoses. Encore faut-il ne pas trop taper sur les doigts de ces derniers pour qu’ils jouent gratos.

M-F. Poirier