David Butet : « Nous avons une responsabilité territoriale »

 

Élu Président du Medef 21 en mai dernier, David Butet a présenté, en cette rentrée, le programme qui guidera son mandat de 2018 à 2021.

 

Dijon l’Hebdo : Vous avez récemment dévoilé le programme du Medef 21 pour les trois années à venir, quelles en sont les grands principes ?

David Butet : « Ce programme est en effet le schéma directeur pour ma mandature, de 2018 à 2021. Nous l’avons appelé le « V.R.A.I Medef 21 » et « V.RA.I » est un acronyme pour « vision, réflexion, action et innovation ». Nous allons donc déployer cette « Vision » grâce à trois leviers que sont la réflexion, l’action et l’innovation. Tout cela est axé autour d’un sujet que j’avais évoqué lorsque j’ai été élu, il s’agit d’aider la croissance des entreprises en Côte-d’Or, mais aussi la croissance du territoire en termes d’attractivité. »

 

DLH : Qu’est-ce que cela va changer concrètement au sein du Medef ?

D. B : « L’organisation du Medef va être scindée en trois grandes entités, d’abord la « réflexion », il s’agira d’anticiper la croissance. On va donc mettre en place 5 commissions prospectives, ça n’existe pas aujourd’hui dans un Medef territorial. Je souhaite que l’on travaille sur les 10 à 20 ans à venir pour l’on ait des perspectives sur des sujets comme les mandats, le développement, le juridique ou les compétences.

Comment faire pour capter à l’avenir les compétences sur notre territoire ? Cela implique de faire venir des écoles, des nouvelles formations par exemple. Il y aura aussi une réflexion sur la diversité, cela va de la parité dans les entreprises à l’intégration des jeunes de quartiers ou des migrants. Nous voulons aller très loin sur ces sujets là. Il ne faut jamais oublier qu’une entreprise est aussi appelée société, le reflet d’une société est donc dans une entreprise. Il faut s’emparer de ces sujets, ce n’est pas que l’apanage et le lot des politiques.

Nous devons en tant que syndicat patronal, faire contribuer tous les chefs d’entreprises pour réfléchir au territoire de demain et évidemment à la croissance économique. L’entreprise crée l’emploi, le pouvoir d’achat donc elle sert les citoyens. Cette première étape est dans la prospective, dans la recherche appliquée, avec des travaux en groupes sur des sujets très globaux… Nous allons tâcher de créer quelques outils, peut-être des fiches ou des livres blancs, des écrits sur la suite que l’on peut imaginer, des propositions concrètes qui pourront émaner de ces recherches. C’est ce travail qu’il faut faire.  ».

 

DLH : La seconde entité qui constituera le Medef sera celle de l’action, quels seront les services proposés aux adhérents ?

D. B : « Le second volet que nous avons appelé « Action » consiste à faciliter la croissance. Ce sont les actions du quotidien du Medef, on va retrouver le service juridique, nous sommes à disposition des adhérents lorsqu’il y a un besoin, le service RH, le service réseau, pour faire se rencontrer des gens qui plus tard pourront faire du business ensemble. On a ajouté des choses qui n’existaient pas avant, comme le service recrutement. Nous n’allons pas devenir une agence de recrutement mais créer les conditions suffisantes pour faire venir encore une fois des compétences sur le territoire. Un cadre que l’on fait venir dans une entreprise ne se déplace pas seul, il a souvent un époux ou une épouse, des enfants. Comment peut-on en collectif, grâce au Medef, faire en sorte que l’époux ou l’épouse ait un job à son arrivée ? On fait passer son CV, on fait un peu de cooptation pour aller plus vite. Si le cadre en question n’a pas de solution pour sa famille, il préfèrera refuser de venir. On ajoute aussi le service financement, un vrai sujet que l’on voit auprès des entreprises, adhérentes ou non. La question est « Comment financer sa croissance ? ». C’est une bonne nouvelle mais il y a beaucoup, presque trop, de solutions : les banquiers, les fonds d’investissement, les financements participatifs… Le Medef propose d’agréger tous ces leviers afin de trouver un équilibre, le meilleur financement pour chaque cas, puisqu’il n’y a pas de recette miracle. Il y aura enfin le service formation, un sujet que je souhaite aussi porter. J’estime que les chefs d’entreprise et collaborateurs doivent apprendre à se former en continue, tout au long de leur vie. On est dans un pays où le diplôme est roi alors que dans les entreprises anglo-saxonnes, la formation se fait en permanence. c’est ce qui permet une agilité de transformation de métier à laquelle nous serons tous confrontés. »

 

DLH : Vous avez aussi souhaité miser sur l’innovation pour ce programme…

D. B : « Le dernier grand pôle est en effet l’« Innovation », qui signifie aussi « inspirer la croissance ». L’idée est ici de développer des projets concrets et précis. Nous passerons donc nous, Medef, des conventions de partenariat avec des projets existants pour les soutenir. Ça veut dire que nous les mettons à disposition de nos adhérents et nous les invitons à s’inscrire dans leur développement, parce qu’ils ont une expertise, des connaissances. Un projet peut aussi constituer des leviers de croissance pour ces entreprises. Il y aura 6 grandes familles de projet que nous avons choisi selon l’ADN du territoire de la Côte-d’Or, des filières d’excellence. Ça ne signifie pas qu’il n’y aura que ces projets et ces filières, c’est un simple focus pour les trois années à venir. On trouve donc l’agroalimentaire, l’environnement, le numérique, la santé, le tourisme et le vin.

Ces 6 groupes pourront ensuite labelliser des projets. Ils seront encadrés par un élu et un adhérent, nous travaillerons de concert à la fois pour la labellisation et pour mener le projet à son terme. Il y a beaucoup de projets, publics ou privés, qu’importe,  l’important est de savoir comment redorer l’identité du département grâce à eux, augmenter les possibilités d’implantation d’entreprises sur notre territoire et bien sûr l’installation de personnes.

Cette nouvelle organisation suppose un rapprochement un peu plus fort avec les fédérations professionnelles, les institutions publiques, la région, le département, la métropole… On va labelliser des conventions de soutien et être dans le concret, le pragmatique. »

 

DLH : Que peut apporter le Medef à ses adhérents ?

D. B : « Je suis adhérent au Medef depuis 11 ans, je vois une opportunité importante dans l’adhésion à un syndicat patronal qui est de pouvoir partager avec l’ensemble de la communauté entrepreneuriale des problématiques, chose que l’on ne peut pas faire seul. Le Medef permet surtout à des entreprises de tous niveaux de croître ensemble sur des projets. Les grandes entreprises ont de toutes façons besoin des petites pour se développer. Les commandes viennent d’elles mais ce sont beaucoup de PME qui travaillent pour un projet. Il faut que l’on réussisse à mailler, à fédérer, que le Medef soit un peu le décrypteur des possibles de manière très concrète. Nous sommes aussi là pour aider nos adhérents à faire du business, mais pas que, on les soutient aussi sur des problématiques juridiques, sociales, environnementales. Nous devons être l’opérateur qui facilite la vie de nos adhérents. L’un des leviers de développement passe aussi par ce que j’ai appelé le parrainage ou tutorat, je pense qu’il est beaucoup mieux qu’un nouvel adhérent soit accueilli par un parrain qui le connaît très bien. Il sera guidé et accompagné, parce que lorsqu’on arrive dans un syndicat comme celui-ci, on ne sait pas vraiment tout ce qui s’y passe. C’est une garantie aussi de pérennité des adhérents et de l’intérêt qu’ils trouvent à être présents.  »

DLH : L’enjeu de ce programme est-il de capter davantage d’entreprises, de toutes tailles ?

D. B : « On capte déjà tous les types d’entreprises, le Medef de territoire de la Côte-d’Or ne comporte par d’entreprises du CAC 40 donc le mythe de la très grande entreprise au Medef n’existe pas. Nous fédérons 90 % des PME et même des TPE. On va par contre tâcher de s’adresser à nos adhérents en fonction de leur statut. Cela ne veut pas dire que l’on donne différemment à l’un ou à l’autre, c’est le reflet du fait qu’une grande entreprise ne vient pas du tout chercher la même chose dans le syndicat patronal qu’une TPE. Nous allons créé des services associés avec des packages adaptés à chaque typologie d’adhérent : les grandes, les PME et les TPE. On proposera des clefs de lecture différentes à chacun. L’ambition est de développer le réseau, d’avoir plus d’adhérents directs au sein du Medef territorial, car plus nous sommes nombreux et plus nous sommes forts et puissants pour créer et soutenir des choses. On a ainsi une représentativité de syndicat patronal plus importante auprès de toutes les instances et quand on prend le porte-voix, on est écouté différemment. »

 

DLH : Quelle influence entretient le Medef 21 sur le territoire de la Côte d’Or ?

D. B : « On a mis en place un rapprochement avec la CPME, l’UPP et la CMA, qui s’appelle Impact 21. Pour moi, c’est essentiel car cela nous permet de mettre en place des binômes député – chef d’entreprise. Ainsi on explique au député, on traduit tous les impacts d’un projet de loi quel qu’il soit sur l’entreprise. On peut donc même avoir de l’influence sur l’écriture d’amendements qui permettent la facilitation du développement des entreprises ou de l’employabilité. On a la chance d’avoir sur notre territoire des élus En Marche plutôt proches du pouvoir qui permettent d’aller assez vite sur certains sujets. L’influence peut aussi être territoriale, avec la préfecture ou le département sur des sujets clefs, elle est nécessaire. Plus nous serons d’entreprises fédérées au sein de ce syndicat pour cela, et plus les politiques nous écouteront. On va représenter un nombre d’emplois très important.

Le Medef propose beaucoup de services et c’est aussi un désenclavement car le chef d’entreprise est très souvent seul, l’occasion de se retrouver entre pairs. Le fait de travailler sur de la prospective et sur l’influence avec les instances, c’est véritablement du concret, on commence à penser l’application au quotidien sur notre territoire de ce que l’on veut faire. Je pense que nous avons aussi une responsabilité territoriale, c’est nous qui embauchons et développons les activités ici. On doit travailler sur la conservation des entreprises sur le territoire et ensuite sur la manière d’en attirer davantage. C’est une logique qui dépasse le cadre seul de l’entreprise, il faut qu’il y ait les infrastructures qui vont avec, le numérique par exemple doit être partout. Il faut donc agir de concert avec nos politiques pour mettre cela en place, quelles que soient les orientations, nous sommes apolitiques. Les services publics doivent travailler avec nous pour présenter des offres suffisantes pour que les entreprises puissent s’implanter. »

DLH : Avec ce programme 2018-2021, vous allez dépasser les frontières de l’entreprise pour vous impliquer réellement dans la croissance du territoire. Est-ce ce rôle que vous voulez désormais offrir au Medef ?

D. B : « Nous allons proposer des recommandations qui vont en effet bien au-delà de notre structure telle qu’elle était organisée jusqu’à aujourd’hui. Chaque Medef territorial est une association indépendante et souveraine qui agit comme elle l’entend. C’est sous l’impulsion des élus et de son président qu’elle est organisée. J’ai une vision différente car j’ai eu l’occasion d’être dans beaucoup de Medef, dans différentes régions, j’ai eu deux mandats au Medef national, je connais bien cet organisme et son organisation et il vrai que je lui reproche parfois d’être trop peu pragmatique. Pour le ramener sur le terrain et faire des choses, il faut réfléchir en amont et ne pas être uniquement dans la réaction, il faut anticipe ce qu’il se passe. C’est ce qu’il manque aujourd’hui pour avoir une réelle influence sur le territoire. Je ne parle de lobby mais bien d’une influence liée à l’ADN du territoire et son devenir. »

Propos recueillis par Léa Chauchot