La Bonne Note : Pygmalion, les mystères de la création

 

Pygmalion (ou Pigmalion conformément à la graphie du XVIIIe siècle) est un « acte de ballet » composé par Jean-Philippe Rameau sur un livret de Ballot de Sauvot.

Cette œuvre a été créée le 27 août 1748 à l'Académie royale de musique (Opéra de Paris). Elle est généralement considérée comme le meilleur « acte de ballet » de Rameau (et de loin, selon Cuthbert Girdlestone). Ces pièces concises combinent spectacle, musique et danse qui ont fleuri au milieu du XVIIIe siècle en France, où elles s’intégraient dans de copieuses soirées de l’académie mêlant divers compositeurs sur un même thème général.

Pygmalion brille tout particulièrement par son ouverture, évoquant de façon très suggestive, les coups de ciseau du sculpteur façonnant la statue, ainsi que par plusieurs airs et chœurs (« L'Amour triomphe, annoncez sa victoire ... ») ou ariettes (« Règne, Amour, ... »).

Si dans Pygmalion, l’action reste simple et linéaire, elle n’en offre pas moins une richesse de sentiments et de situations -  désespoir, jalousie, éveil à la vie amoureuse et triomphe de l’Amour -  qui sont autant d’occasions  pour Rameau de montrer sa maîtrise et son talent pour imiter la nature et susciter les affects jusqu’à l’illusion parfaite.

Pygmalion et la tragédie lyrique Castor et Pollux, furent les œuvres lyriques de Rameau le plus souvent représentées pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle. La première reprise moderne eut lieu en 1913 ; une autre représentation eut lieu en 1952 au château de Grammont et depuis lors, Pygmalion est régulièrement revenu dans le répertoire des compagnies lyriques.

Ballot de Sauvot s'inspira, pour son livret, d'un livret d'Antoine Houdar de la Motte (Le Triomphe des Arts) mis en musique par Michel de la Barre en 1700.

L'intrigue est directement tirée de la légende de Pygmalion telle que rapportée par Ovide dans Les Métamorphoses : le sculpteur Pygmalion délaisse son amante Céphise et tombe amoureux de son œuvre ; la statue se change en une très belle femme qui prend vie progressivement, déclare sa flamme au héros et tout se termine — comme le veut le genre — par des danses célébrant le triomphe de l'Amour.

C’est le mythe de l’artiste par excellence.

Celui qui avait renoncé à l’amour et aux femmes se pâme désormais pour une chose qui ne peut le payer en retour.

Mais l’Amour veille, et à vrai dire manigance : pour réaliser son vœu de créer par ses dons l’être le plus aimable, il lui fallait le secours d’un Art dont seul Pygmalion était capable.

Eveillée à la vie, la Statue s’anime, s’éprend et se donne à son créateur, tandis que la suite de l’Amour entreprend de lui enseigner toutes les grâces, avant de célébrer la gloire de ce dieu qui n’est « occupé qu’à combler nos désirs. »

Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée ont su s’entourer une fois encore d’une distribution de premier ordre : Magali Léger donnera chair et voix à la statue amoureuse, et le jeune ténor belge Reinoud Van Mechelen succombera à ses traits sans céder à ceux redoutables du rôle.

La chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, connue pour ses spectacles à l’invention débordante, signera la mise en scène de cette parabole.

 

Rendez-vous les 23 et 25 mai 2018 à l’Auditorium de Dijon à 20 heures et le dimanche 27 mai à 15 heures où sera présentée cette fable édifiante qui met en abyme les mystères de la création.

 

Alain Bardol